Au troisième jour du procès de la nébuleuse conspirationniste et antisystème réunie autour de Rémy Daillet dans les années Covid, le tribunal correctionnel de Paris a interrogé Lola, mère de la petite Mia, qui était à l’origine du rapt de la fillette placée par les services sociaux chez sa grand-mère, en 2021. La jeune femme assume avoir voulu récupérer son enfant.

Au tribunal judiciaire de Paris, Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 18:40 | mis à jour aujourd'hui à 18:41 - Temps de lecture :

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« Désolée, j’ai la tchatche », constate-t-elle d’elle-même. C’est avec un intense désir de dire « toute la vérité », en tout cas la sienne, que Lola Montemaggi a pris la parole ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris, qui la juge depuis mardi avec le groupuscule conspirationniste de Rémy Daillet pour avoir fomenté en 2021, dans les Vosges, le rapt de sa fille Mia, confiée à sa grand-mère par la justice. « C’est le moment où je peux m’exprimer, pour que le cauchemar s’arrête », se persuade-t-elle.

Assise à la barre, la jeune femme de 33 ans déroule le récit d’une colère sourde contre les services sociaux, la justice, sa mère et les médias, au cours d’un interrogatoire courtois mais éprouvant. « Il y a eu beaucoup d’erreurs, de mensonges et de malveillance pour me faire passer pour une folle », accuse la jeune femme blonde au physique de « fil de fer », qui cherche à plusieurs reprises du regard son avocate.

Lola Montemaggi, ici à son arrivée au tribunal judiciaire de Paris avec son avocate, a été interrogée durant plusieurs heures à la barre. Photo EBRA/Aurélien Poivret

Lola Montemaggi, ici à son arrivée au tribunal judiciaire de Paris avec son avocate, a été interrogée durant plusieurs heures à la barre. Photo EBRA/Aurélien Poivret

« Tombée dans le vortex des gilets jaunes »

L’histoire qu’elle développe commence à l’automne 2020, en pleine crise sanitaire mondiale. « Je suis tombée malade à 26 ans et j’ai frôlé la mort », commence la prévenue dont la vie est alors jalonnée de violences conjugales et de petits boulots. Est-ce le Covid qui la frappe ? Elle ne semble pas envisager cette hypothèse mais elle se souvient d’avoir été « alitée six mois, seule à souffrir », et « en errance médicale ». « Naïve », « sensible à l’injustice » - et sans doute fragile derrière un discours dur et abondant -, Lola Montemaggi est « tombée dans le vortex des gilets jaunes » et ce fut un « éveil de conscience » sur « un monde de fous furieux ». Et notamment sur l’Aide sociale à l’enfance (ASE) où, bien au-delà de carences et difficultés documentées, « il se passe l’horreur ».

La jeune Vosgienne ne parle pas de réseau structuré de pédocriminalité. Plutôt d’une « gangrène dans la politique française, et dans les services sociaux également ». Mais elle est persuadée que c’est parce qu’elle a « dénoncé l’ASE » sur YouTube que la garde de sa fille, alors âgée de 8 ans et déscolarisée, lui a été retirée. « Quelqu’un m’a dit que si j’ouvrais ma bouche comme ça, il y avait un risque… », se souvient-elle, droite dans ses bottes mais reconnaissant avoir « le profil idéal d’une complotiste ».

Lola Montemaggi explique alors avoir voulu partir « en camping-car » avec Mia, pour lui faire « l’instruction à domicile » entre quelques missions d’intérim, et c’est sa propre mère - « manipulatrice et menteuse » - qui l’aurait « balancée » aux services sociaux pour récupérer sa garde, ordonnée par la justice en janvier 2021, au risque d’un placement ensuite en foyer. « Je comprends qu’elle se soit demandé ce qu’il se passait, mais ma vie est détruite depuis », analyse la jeune femme, dont les deux enfants sont aujourd’hui placés.

Placée « légalement mais pas légitimement »

« À ce moment-là, il n’y avait qu’une seule solution, assure la prévenue, c’était d’aller chercher ma fille et refaire ma vie dans un pays sans accord avec la France. » Sur les forums en ligne, elle est vite orientée vers Rémy Daillet - « jamais je n’avais entendu parler de lui avant » - et son équipe, pour mettre en place la « restitution » de la fillette à sa mère, le 13 avril 2021. « Quelque chose de bien », croit-elle encore aujourd’hui, convaincue que sa fille avait été placée « légalement mais pas légitimement ».

Les « vérités » qu’elle tient à dire, c’est notamment que sa fille était « vaccinée » et qu’elle n’était « pas malade » ni « sous-alimentée », comme elle l’a entendu dire. « Je suis mince comme un clou depuis toujours, et ma fille est comme ça, décrit-elle. Elle est toute fine, mais elle n’a jamais raté un repas de sa vie. » « Votre amour et votre attachement à Mia n’ont jamais été remis en cause », tempère le président du tribunal. « Ça n’enlève pas le malheur et le désastre qui se passe », répond sèchement l’intéressée, qui dit vouloir ressortir « libre » de son procès. Elle ajoute : « Avec mes enfants. »

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