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C’est un chaud lundi de juin. David « Papa Da » Lemire et Guillaume « Papa Gui » Gingras attendent leurs fils au retour de l’école. Cette journée a des allures de vacances. Après une petite crème glacée rafraîchissante, direction le parc du quartier. Les garçons se disputent le rôle de tenir M. Croquette en laisse. Papa Da prononce la formule magique qui règle les conflits : roche, papier, ciseaux, allumette… Le sort décide que l’aîné conduira M. Croquette à l’aller tandis que le cadet le fera au retour.
Une histoire émouvante
David a toujours eu l’intention de fonder une famille. Lors du deuxième rendez-vous avec celui qu’il vient tout juste de rencontrer, il met franchement les cartes sur table. Je veux juste te dire, moi, je veux des enfants. Guillaume ne s’était jamais vraiment posé la question. D’abord déstabilisé par cet aveu, il s’est donné le temps d’y réfléchir sérieusement. Neuf mois plus tard, il décide d’embarquer dans cette aventure.
Selon la Coalition des familles LGBT+, les quatre principaux moyens pour les parents issus de la diversité d’avoir des enfants sont : la gestation pour autrui (GPA), l’adoption, l’insémination et la famille d’accueil.
Le couple s'inscrit au programme Banque mixte de la DPJ, que Guillaume connaissait. Ma tante est passée par là avec ses deux fils qu'elle a adoptés aujourd'hui. Le couple passe à travers tout un processus qui peut s’avérer assez intrusif : rencontres, formulaires, enquête de police, etc. Ils nous connaissent sous toutes nos coutures, résume-t-il.

Au Québec, la loi reconnaît juridiquement les familles homoparentales depuis 2002.
Photo : Radio-Canada / Luc Lavigne
Le couple avait commencé le processus en novembre, il s’attendait à accueillir leur ou leurs enfants l’été suivant. Mais, au printemps, Guillaume reçoit un appel du centre jeunesse qui l’informait que non seulement le couple avait obtenu son accréditation, mais aussi pour lui faire une proposition. Deux petits bonhommes pourraient arriver chez vous en fin de journée ou demain matin.
David se rappelle la panique qui les a assaillis à ce moment. Nous, on n'avait pas de chambre, on n’avait aucun mobilier, on n’avait aucun linge, on n’avait aucun… rien…rien de rien! Ils ont d'abord refusé. Puis… ils ont appelé des amies, qui leur ont dit que personne n’est jamais vraiment prêt à accueillir des enfants et que, finalement, rien n’arrive pour rien!
Avec l’aide de la famille et d'amis, en moins de 24 heures, ils ont amassé tout le nécessaire pour les besoins des enfants, ils ont aménagé une chambre. On a fini à 2 h dans la nuit.
Vers 11 h le lendemain matin, la voiture de l’intervenante arrivait dans la cour avec les enfants. Les futurs papas étaient fébriles. Guillaume raconte qu’il se souviendra toute sa vie de cette journée. Il pleuvait, il pleuvait, il pleuvait. J’ai dit : "Oh mon Dieu! Il va falloir aller les chercher".
Avant d'ouvrir la porte, on s'est regardé, on s’est donné un bec, puis on s'est dit : bon voyage!
Ils sont rapidement sortis de la maison. Les enfants dormaient dans la voiture. David a pris l’aîné dans ses bras, Guillaume a pris le cadet. À ce moment-là… ça a connecté, laisse tomber Guillaume. Il ajoute que, depuis cet instant, un lien spécial s’est créé entre l'aîné et David et entre lui et le petit.

Les papas ont suivi de nombreuses formations, en psychoéducation notamment, pour mieux accompagner leurs enfants.
Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé
Un voyage pas toujours idyllique
Ça a été très, très, très challengeant comme parcours ces cinq dernières années.
Il y a d’abord le fait que ces petits arrivent avec une histoire et parfois un lourd bagage à porter. Apprendre à se connaître, créer des repères, instaurer un quotidien stable, créer des liens affectifs, établir la confiance, tout ça s’installe avec le temps. Mais, il y a toujours la crainte de se voir retirer la garde des enfants pour les laisser retourner dans leur famille biologique.
Le système est complexe, c'est une grande pyramide, c'est un grand organigramme. Ce dont je me suis rendu compte [au fil du temps] c'est que le juge va changer, les avocats vont changer, les chefs de service vont changer… 3, 4, 5 fois, raconte David.
On est allé au palais de justice quasiment une quinzaine de fois, ajoute Guillaume.
Ce qui était difficile c'est que le système ne vienne pas teinter la relation avec les enfants.
À un moment donné, les papas ont eu l’impression que ce système travaillait davantage pour son propre intérêt que pour celui des enfants. Il a fallu qu’on se prenne une avocate à nos frais.
En 2022, un juge leur a accordé la garde légale des enfants jusqu’à leur majorité.
Pendant tout ce temps, les papas insistent sur le fait qu’ils ont pu compter sur le dévouement de leurs intervenants.

Une nouvelle loi permet maintenant d’avoir recours aux services d’une mère porteuse (GPA), mais le processus est à la fois complexe et très coûteux, selon la Coalition des familles LGBT+.
Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé
Cinq ans plus tard
Entre les épreuves, les inquiétudes et les moments de joie, les deux hommes ont appris à devenir pères. Guillaume ne se gêne pas pour dire en riant : C'est la plus belle et la pire chose de ma vie! Je pense qu’il y a des journées où on pourrait dire que les enfants, c'est beaucoup de bonheur, peu de plaisir, renchérit David sur le même ton.
Toutefois, lorsque leur regard se pose sur leurs garçons, on peut y lire tout leur amour et leur fierté.
Je trouve ça extraordinaire, de voir d'où ils sont partis et de voir où ils sont rendus aujourd'hui
Ils reconnaissent aussi avoir grandi comme individus.
Leur résilience leur permet aujourd’hui d’aborder les défis à venir avec plus de sérénité. Ils savent qu’un jour, les enfants voudront en savoir davantage sur leur histoire. On va répondre comme on peut, laisse tomber David, qui s’attend aussi à ce qu’un jour, ils voudront savoir pourquoi ils ont deux papas.

Avec les années, David et Guillaume ont appris à avoir confiance en leur capacité et ont réalisé que chaque famille a ses propres défis.
Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé
Toutefois, en cette journée de juin au parc, cela semble être le dernier souci des petits. Papa Gui! Pousse-moi! réclame l’aîné sur la balançoire. Attrape-moi, Papa Da!, crie le cadet en courant dans le parc.
Puis, soudainement, tous les enfants du quartier viennent les rejoindre. Sitôt débarqués de leur vélo, des enfants enjoués s'exclament de partout : Papa Gui! Papa Da! Papa Gui!
David et Guillaume sont devenus papa, non seulement de deux petits bonhommes, arrivés un jour de pluie il y a cinq ans, mais ils sont aussi devenus des figures paternelles pour les enfants de tout un quartier.


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