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Lors de l’hommage rendu mardi soir à l’historien et résistant, le chef de l’État a ciblé «ceux qui se proclament plus français que vous», rapprochant les renoncements des années 1930-1940 de certains discours politiques actuels.
Un discours aux accents très politiques. Pour commémorer la vie de Marc Bloch, historien tué en 1944 par la Gestapo, à l’occasion de son entrée au Panthéon aux côtés de son épouse Simonne, Emmanuel Macron a choisi de s’appuyer sur son ouvrage majeur consacré à la débâcle de 1940, L’Étrange Défaite. Un essai que le président de la République considère comme un avertissement contre le «conformisme» qui sape la «volonté française», comme il l’a confié lundi au Figaro lors d’une visite préparatoire. Et dont le chef de l’État, après être longuement revenu sur la vie du résistant, s’est inspiré pour cibler les discours nationalistes d’aujourd’hui, sans jamais les nommer.
«Bloch y ausculte les plaies de la Patrie vaincue et les multiples causes politiques, militaires et morales, de l’humiliation», salue Emmanuel Macron. «Il prodigue des enseignements qui nous obligent encore et pointe les raisons qui ont mené la France heureuse du Front populaire de l’été 36 au désastre du printemps 40.» À commencer par la «perte de toute force morale de la Nation» et «ces élites qui cédèrent à l’esprit de défaite par détestation des élans du peuple français». Des «Français d’influence et de pouvoir» qui, «de fait, préféraient admirer Hitler plutôt que le Front populaire. Qui doutaient de la France, la voyaient déjà décadente, au fond n’y croyaient plus.»
Ce même «esprit de défaite sans cesse entretenu par ceux qui se proclament plus français que vous», fustige-t-il dans une charge à peine voilée contre le Rassemblement national (RN), voire Reconquête, la formation d’Éric Zemmour. «Ce sont toujours les premiers à sacrifier la France aux intérêts de puissances hostiles», lance-t-il, dans une allusion aux accusations de «poutinophilie» ou de proximité avec Donald Trump régulièrement adressées à cette famille politique. À ses yeux, ce sont «les premiers à la renier (la France, NDLR). Les premiers à la trahir. Premiers à sacrifier à leurs intérêts un peuple libre, peuple qu’au plus profond d’eux-mêmes ils n’aiment pas», développe-t-il.
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«Ainsi persiste, encore et toujours, cet esprit de défaite, indissociable de l’esprit de Vichy», qu’il qualifie de «poison lent de notre vie publique» à «combattre inlassablement». Et de poursuivre sa diatribe, à un an de l’élection présidentielle, dont le RN apparaît comme le favori : cet esprit «prétend sauver la France en l’écartant de nos principes de liberté, d’égalité, de fraternité». L’expression d’une «fascination pour la force brute» portée, hier comme aujourd’hui, selon lui, par des «esprits faibles, fatigués de la complexité du monde, manquant de caractère et ne croyant plus dans le peuple français».
L’occasion aussi de faire écho à la recrudescence contemporaine de l’antisémitisme, dont Marc Bloch avait lui-même subi les persécutions sous le régime de Vichy. Car quand bien même l’historien était issu d’une famille juive assimilée et non pratiquante, et se définissait avant tout comme Français, il fut désigné par les pétainistes avant tout par sa judéité. «Qu’importe cette vie de grandeur et de labeur. Les hommes au service de l’État français ne voient en Marc Bloch que le juif. Le juif malfaisant, funeste, nocif. Coupable parce que né juif. À exclure, persécuter, effacer parce que juif», a lancé Emmanuel Macron.
L’antisémitisme, un «chemin de ténèbres»
Des propos qui résonnent dans le contexte actuel, alors que La France insoumise (LFI), ainsi que certaines associations et ONG mobilisées sur la question palestinienne, sont non seulement accusées par leurs détracteurs d’essentialiser les Français juifs depuis les massacres du 7 Octobre. Mais aussi d’alimenter un climat propice à l’antisémitisme, parfois à des fins électorales. Un fléau que le président perçoit comme un «chemin de ténèbres», nourri à l’époque par «une mécanique idéologique de haine conjuguée à une épidémie de lâcheté».
«Dans la France de la collaboration avide de prendre sa revanche sur l’affaire Dreyfus, le cas de Marc Bloch montre que dès qu’il faut s’en prendre à un juif, il se trouve toujours un préfet pour réquisitionner. Un policier pour perquisitionner. Un juge pour condamner. Un universitaire pour justifier. Un journaliste pour approuver. Un voisin pour dénoncer... Et tant d’autres pour détourner le regard», a-t-il dénoncé, esquissant un parallèle implicite avec les fractures qui traversent aujourd’hui la société française.
Sans oublier d’évoquer le «testament permanent» laissé par Marc Bloch qui, «adolescent au temps de l’affaire Dreyfus» – du nom de cet officier français juif accusé à tort d’espionnage au profit de l’Allemagne – voyait la République comme un régime qui «organise la confrontation respectueuse des faits, des idées» et où «la science et la justice» ont toute leur place. Un héritage plus actuel que jamais dans un monde gagné par la désinformation de masse et les tentatives de réécriture du passé. «Science et résistance : deux fronts d’une même guerre pour la vérité (...) Cette méthode et ce lien sont aujourd’hui encore les meilleurs antidotes contre les poisons de la révision historique qu’un peu partout nous revoyons poindre», a-t-il conclu. De quoi donner à cet hommage une portée bien contemporaine.


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