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L’actualité de la semaine a été marquée par l’épisode de verglas qui a frappé le sud du Québec et laissé jusqu’à plus de 200 000 foyers sans électricité. À Montréal, la neige au sol a presque entièrement disparu. Faut-il s’attendre à davantage d’épisodes de verglas dans les prochaines années avec les changements climatiques ? On fait le point avec Alain Bourque, directeur général d’Ouranos.
Selon vos projections, les températures pendant l’hiver pourraient augmenter de 6,6 oC d’ici 2100. À quoi ressembleront nos hivers ? Assisterons-nous à davantage d’épisodes de verglas dans le futur ?
C’est clair qu’avec les changements climatiques, les hivers vont changer. Sur le sud du Québec, il y aura moins de neige pendant la saison hivernale et davantage d’épisodes de pluie.
En revanche, le verglas est un paramètre météorologique très compliqué à analyser, parce qu’il y a plein de subtilités, contrairement aux précipitations ou aux températures. Nos analyses indiquent que, dans l’extrême sud du Québec, la fréquence du verglas devrait probablement diminuer. La saison hivernale plus courte réduit le nombre d’heures durant lesquelles la pluie verglaçante peut se produire. Ceci étant dit, plus on va vers Québec, Chicoutimi, Baie-Comeau et la Gaspésie, plus c’est l’inverse. Ces régions auront une augmentation des épisodes de pluie verglaçante.
Quand vous dites que les saisons seront plus courtes, qu’est-ce que cela implique concrètement pour notre climat et notre quotidien ?
Historiquement, dans le sud du Québec, on recevait la première grosse tempête de neige fin novembre. À partir de là, les températures baissaient souvent sous zéro. On avait un Noël blanc, sauf quelques rares exceptions. Janvier et février étaient des mois de neige, de froid. On montait au-dessus de zéro une fois de temps en temps, mais très rarement. On arrivait en mars puis avril, et là, c’était la fonte des neiges.
Avec les changements climatiques, tout ça va se rétrécir : novembre va devenir davantage un mois de gris et de pluie, tandis que décembre va ressembler au mois de novembre [que l’on connaît]. La probabilité d’avoir un Noël blanc va diminuer. À Montréal, il arrive de plus en plus de ne pas avoir un Noël blanc. Et quand on en a un, c’est souvent avec deux centimètres de neige au sol. Même Québec, au cours des dernières années, a vécu pour les premières fois des Noëls sans neige, alors qu’autrefois, la probabilité était [nulle].
En janvier et en février, on a remarqué au cours des 15-20 dernières années des cycles de périodes de froid et de gel-dégel, des redoux. On perd une partie de la neige. Les inondations, autrefois printanières, peuvent se produire dès la fin février.
Revenons à l’hiver 2025-2026 : on a eu d’importantes précipitations de neige en début de saison, on parlait même d’un hiver qui ressemblait à ceux d’autrefois…
Il y a encore une variabilité naturelle du climat. Parfois, tous les astres s’alignent et une masse d’air froid venant du Nord rencontre une dépression humide du Sud au-dessus du Québec, ce qui provoque une tempête de neige dès octobre ou novembre. La probabilité que ces événements se produisent devient cependant de moins en moins grande. Cette année, par exemple, ils ont été suivis de presque aucune tempête pour le reste de l’hiver.
Et les périodes de grand froid, comme celles qu’on a connues cet hiver, sont-elles appelées à disparaître ?
J’hésite un peu à dire qu’elles vont complètement disparaître : même s’il y a le changement climatique, la planète Terre, elle, est inclinée par rapport au soleil d’une façon très particulière qui fait qu’en Arctique, juste au nord de nous, il y a quasiment six mois de nuit constante. Ça peut donner des températures assez froides, changements climatiques ou pas.
Cela dit, dans l’Arctique, plusieurs plans d’eau qui étaient historiquement couverts de glace pendant plus de six mois par année voient maintenant cette glace disparaître. Donc, quand les masses d’air arctiques descendent vers nous, le froid est moins intense que ce qu’on aurait connu dans les années 1960, 1970 ou 1980, alors qu’il y avait beaucoup plus de glace pour couvrir l’eau et que ces masses d’air pouvaient nous arriver avec des températures de -30 °C ou -40 °C.
Comment ces changements vont nous affecter et comment pouvons-nous nous adapter ?
Tous ces changements ont des impacts sur l’environnement naturel, sur les infrastructures qui ont été conçues pour un climat qui allait de A à B et non pas d’un climat qui va de C à D. Il y a un problème d’optimisation, d’autant plus qu’on a construit nos infrastructures souvent il y a 40, 50, voire 100 ans, dans certains cas.
Ensuite, il y a des impacts sur la santé, la sécurité des populations. L’activité économique et touristique peut aussi être affectée, par exemple les patinoires qu’on emprunte pendant l’hiver.
La première chose qu’il faudrait faire, c’est réduire les émissions de gaz à effet de serre, pour tenter de stabiliser le climat le plus vite possible et essayer d’éviter que les changements climatiques s’amplifient.
On doit réfléchir à des infrastructures qui n’ont pas été conçues pour recevoir autant de pluie pendant la saison hivernale. Pensons aussi aux routes, qui génèrent beaucoup plus de nids-de-poule parce qu’il y a davantage de cycles de gel et de dégel, avec des mélanges de pluie et de neige. Il faut construire différemment.
Il y a aussi des opportunités. Par exemple, pour les producteurs agricoles, des saisons de croissance plus longues peuvent être avantageuses. Ils seraient bien contents de pouvoir profiter d’un climat plus chaud et d’une saison plus longue, parce qu’au Québec, la température a longtemps été le facteur limitant pour l’agriculture et pour faire pousser plusieurs cultures qui se cultivent plus au sud.
avec Laurence Thibault
Cette entrevue a été éditée à des fins de concision.


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