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Paul St-Pierre Plamondon est parvenu — jusqu’à maintenant, du moins — à rallier autour du Parti québécois (PQ) une pluralité d’électeurs voulant du changement sans avoir renié ni édulcoré sa promesse de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat.
À moins de 10 jours du scrutin, le chef du PQ peut même envisager sérieusement la possibilité de diriger un gouvernement majoritaire. Il réussirait là où Pauline Marois a échoué en 2012.
Une majorité parlementaire lui offrirait « la possibilité de [lui]-même remplir chacune de [ses] promesses et non pas être pris dans une situation où [il] demande aux autres partis la permission de pouvoir [les] remplir ou non », a-t-il expliqué cette semaine.
Il lui suffit de gagner quelques appuis pour y arriver, dans un Québec où les électeurs sont répartis entre cinq partis politiques : 29 % des intentions de vote vont au PQ, 23 % au Parti libéral du Québec (PLQ), 20 % à la Coalition avenir Québec, 17 % au Parti conservateur du Québec et 10 % à Québec solidaire, selon Léger (21 septembre 2026).
Pour l’heure, le PQ est au seuil de la majorité parlementaire. Avec 29 % des votes, il obtiendrait 49,6 % des sièges à l’Assemblée nationale (63 sur 127), selon le modèle de projection électorale Qc125. Merci au mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour.
« Attendez-vous que mes adversaires augmentent le nombre de décibels sur la peur », a prévenu Paul St-Pierre Plamondon.
Plusieurs s’attendaient à ce que les chefs libéral, caquiste et conservateur matraquent, lors des débats télévisés, sa proposition de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec après le départ de Donald Trump de la présidence des États-Unis.
Ils ont surtout répété que le moment qu’il a choisi pour tenir une consultation populaire sur l’avenir du Québec dans le Canada est particulièrement mal choisi, étant donné la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis.
La cheffe caquiste, Christine Fréchette, a dit se « leve[r] le matin pour aller faire des gains pour le Québec à l’intérieur du cadre canadien ».
Le chef conservateur, Éric Duhaime, a demandé aux électeurs d’envoyer « une forte députation conservatrice à l’Assemblée nationale à partir du 6 octobre pour bloquer l’obsession référendaire de M. Plamondon ».
Après avoir décrit le scrutin du 5 octobre prochain comme une « élection référendaire », le chef du PLQ, Charles Milliard, a indiqué être « passionné » par le fait de vivre dans « un Québec fort » dans un « grand Canada ».
Le pharmacien s’en tient à des doses homéopathiques pour endiguer la menace référendaire.
En 2014, le chef libéral Philippe Couillard répétait qu’« un référendum, c’est l’incertitude », et « l’incertitude, ça détruit les emplois et ça freine les investissements ». Il avait accueilli Pierre Karl Péladeau, qui avait surgi dans la campagne électorale du PQ de Pauline Marois en levant le poing « pour le pays », comme un sauveur. Le vote s’était rapidement distribué dans un axe indépendantiste-fédéraliste… à l’avantage du PLQ.
« Traitement d’exposition »
Plus de 12 ans plus tard, « PSPP » semble être parvenu à désamorcer, ou presque, l’engagement du PQ à tenir un référendum sur l’indépendance du Québec non pas plus tard ou au moment jugé opportun, mais dans un prochain mandat.
Paul St-Pierre Plamondon expose les Québécois qui ont une phobie du référendum « lentement et en toute sécurité à l’objet ou à la situation qui [leur] fait peur », soit le pays du Québec (Société canadienne de psychologie).
En 2020, il a pris position pour la tenue d’un référendum dans un premier mandat du PQ. En 2023, il a présenté le budget de l’an un d’un Québec souverain. En 2024, il a indiqué qu’il mettrait en branle le référendum « non pas dans un avenir idéalisé et lointain, mais d’ici quelques années, assurément d’ici la fin de la décennie », et qu’il s’agirait « fort probablement [de la] chance ultime » d’accéder à la souveraineté. En 2026, il a publié le Livre bleu sur l’indépendance du Québec. Juste avant le coup d’envoi de la campagne électorale, il a précisé que le référendum serait organisé après la présidence Trump…
Le « traitement d’exposition […] consiste à approcher de façon répétée la situation ou l’objet qui est à l’origine de la phobie jusqu’à ce que le stimulus phobogène ne produise plus une forte réaction de peur », peut-on lire sur le site Web de la Société canadienne de psychologie.
« À l’opposé de ses prédécesseurs, qui souhaitaient souvent ne pas trop parler de souveraineté de peur d’effrayer l’électorat, PSPP prend le pari inverse. Il joue à fond la carte de la transparence », soutient le professeur au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal Olivier Turbide. « À force d’en parler, il semble désamorcer la charge symbolique de l’enjeu, positionnant la souveraineté comme simple élément du décor politique actuel. Un décor auquel on finit, d’une certaine façon, par s’habituer », poursuit-il.
Le professeur honoraire à l’Université de Montréal Denis Monière croit que « PSPP assume pleinement l’idée d’une rupture avec le Canada ». « Son message est plus clair et cohérent que celui de ses prédécesseurs et, surtout, il ne déroge pas à ses principes. S’il est élu, il organisera un référendum, même si, pour l’instant, les sondages ne le donnent pas gagnant », souligne le politologue engagé, qui a milité pour l’indépendance du Québec, du Rassemblement pour l’indépendance nationale à Option nationale, en passant par le PQ, notamment. À ses yeux, Paul St-Pierre Plamondon « se rapproche » de Jacques Parizeau, qui « a lui aussi dû vaincre des résistances pour aller au bout de ses idées ».Olivier Turbide estime que la « stratégie » de Paul St-Pierre Plamondon qui « tend à normaliser l’option souverainiste » est « jusqu’à présent rentable électoralement ». Elle « permet au PQ de solliciter un vote de gouvernement sans exiger une adhésion immédiate au projet de pays », explique-t-il, tout en rappelant que les Québécois sont d’abord « préoccupés par l’impératif d’un changement de gouvernement ainsi que par des enjeux socioéconomiques immédiats : logement, coût de la vie, tensions géopolitiques » et autres.
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