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L'histoire de notre planète est inscrite dans ses roches et le plomb en est l'un des chronomètres les plus précieux. En étudiant les différentes versions de cet élément que l'on appelle les isotopes, les scientifiques peuvent remonter le temps. Normalement, la composition chimique de la Terre devrait refléter celle des météorites primitives qui l'ont formée il y a des milliards d'années. Pourtant, en analysant la croûte terrestre, le compte n'y est pas: il manque une quantité massive de vieux plomb.
Cette anomalie est si marquée qu'elle donne parfois l'impression, par erreur, que la Terre est bien plus jeune qu'elle ne l'est réellement. Jusqu'ici, les théories suggéraient que ce plomb s'était peut-être noyé dans le noyau de fer liquide de la planète lors de sa formation. Mais sans preuve concrète, cette hypothèse ne restait que ça: une hypothèse.
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C'est ici qu'interviennent les chercheurs de l'Université technologique de Nanyang (NTU) à Singapour. Dans une étude parue le 16 février 2026 dans la revue spécialisée Nature Communications, l'équipe menée par Ryan Whalen a utilisé des simulations numériques ultrapuissantes pour comprendre le comportement du plomb à des profondeurs extrêmes. Les scientifiques se sont concentrés sur la manière dont le plomb se lie au soufre pour former du sulfure de plomb dans le manteau terrestre.
D'après The Debrief, les résultats sont fascinants. Sous une pression énorme et des températures frôlant les 5.000°C, le sulfure de plomb ne fond pas mais reste solide et se transforme en de nouvelles structures chimiques. Ces réservoirs agiraient comme des coffres-forts géologiques, gardant le plomb originel prisonnier loin de la surface et à l'abri de toute interaction avec l'uranium qui sert habituellement à le dater.
Des structures chimiques jamais vues auparavant
L'étude révèle que la pression stabilise deux formes spécifiques de sulfure de plomb: le PbS₂ et le PbS₃ –une découverte qui change tout. Le PbS₂ est si résistant qu'il reste piégé dans les profondeurs, ce qui explique pourquoi le plomb ancien manque à l'appel lors de nos prélèvements en surface.
À l'inverse, le PbS₃ possède un point de fusion légèrement plus bas. Cela lui permet de s'infiltrer lentement vers la croûte, finissant sa course dans les roches volcaniques que nous observons aujourd'hui. Ce mécanisme à deux vitesses explique enfin pourquoi les mesures de surface sont si différentes de ce que prévoyait la théorie des météorites.
Cette avancée n'est pas seulement une victoire pour les amateurs de géologie. Elle offre un nouveau regard sur la formation de toutes les planètes rocheuses. Si le plomb se comporte ainsi sur Terre, il est fort probable que ces processus se déroulent aussi sur Mars ou Vénus, ce qui modifierait notre compréhension de l'évolution du monde qui nous entoure.
L'étape suivante pour l'équipe de Singapour sera de quitter les supercalculateurs pour le laboratoire. Elle compte utiliser des presses à enclumes de diamant pour tenter de recréer physiquement ces conditions extrêmes et valider l'existence de ces nouveaux composés. Le mystère du plomb manquant, qui a tenu la science en échec pendant des décennies, semble désormais sur le point d'être définitivement classé.





























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