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Oshawa, nouvelle plaque tournante pour l’industrie de la défense?

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La Ville d’Oshawa, située à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Toronto, espère attirer de nouveaux investissements en défense alors que son industrie automobile continue de perdre des plumes.

Comme le Canada augmentera ses dépenses militaires et accueillera le siège social de la nouvelle Banque de la défense, le maire Dan Carter fait valoir que la région a tout ce qu’il faut pour bâtir un corridor industriel pour le secteur.

L’usine de General Motors à Oshawa en 1942 avec des véhicules militaires.

Une photo prise en 1942 de l’usine d’assemblage de General Motors à Oshawa. Le fabricant automobile a construit 1781 véhicules de reconnaissance Otter utilisés par les Britanniques.

Photo : Archives Oshawa

Sur le plan logistique, la région est bien desservie par les réseaux ferroviaires, les grandes autoroutes et le port d’Oshawa. Notre secteur automobile a aussi joué un rôle important pour soutenir l’effort de guerre dans les années 1940, lance le politicien.

À l’époque, General Motors avait transformé son usine d’assemblage à Oshawa pour y fabriquer des camions lourds, des véhicules blindés et d’autres équipements pour les Alliés.

C’est donc logique pour nous de nous engager dans cette voie.

Depuis, tout un écosystème de recherche et développement s’est mis en place, notamment à l’Université Ontario Tech.

On a une grande base de recherche aussi sur les véhicules à machinerie lourde et les véhicules militaires, donc on est bien placé. On a plusieurs technologies qui sont en train d’être développées, souligne Meaghan Charest-Finn, professeure de génie mécatronique. Le plus qu’on a de systèmes autonomes, le moins qu’on a besoin d’humains qui seraient sur les lignes de front, où ils pourraient se blesser ou même mourir.

Meaghan Charest-Finn manipule un drone.

Meaghan Charest-Finn est professeure de génie mécatronique à l’Université Ontario Tech à Oshawa.

Photo : Radio-Canada / Robert Krbavac

L’établissement compte aussi un centre de recherche et un tunnel aérodynamique, officiellement reconnus par l’Accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord de l’OTAN. Ces installations servent à tester des véhicules et des équipements dans toutes sortes de conditions extrêmes.

Il n’y en a que deux en Amérique du Nord, vante le maire Carter.

Selon Yan Cimon, professeur de stratégie à l’Université Laval, cette reconnaissance de l’OTAN n’est pas négligeable.

Ça vient donner une légitimité aux tests qui peuvent être conduits. Ça donne aussi un cahier des charges et une grille de tests qui sont standardisés avec nos alliés lorsqu’on examine du matériel militaire, dit-il.

Un véhicule dans une grande salle.

Le centre de tests ACE, approuvé par l’OTAN, contient un tunnel aérodynamique qui permet de recréer différentes conditions météorologiques et tester de l’équipement et des véhicules.

Photo : Ontario Tech University

Les Jacobs, vice-président à la recherche et à l’innovation à l’Université Ontario Tech, affirme que l’établissement a conclu une entente avec le gouvernement fédéral dans le cadre de sa stratégie industrielle de défense, sans en préciser les modalités ni le financement.

Nous mettons fortement l’accent sur les STIM, ce qui s’inscrit parfaitement dans la stratégie. Nous proposons des programmes uniques. Nous sommes une université agile qui est à l’écoute des besoins de l’industrie, dit-il.

Le ministère de la Défense nationale, de son côté, n’a pas confirmé qu’un accord a été signé.

Un pivot du secteur automobile?

General Motors a refusé de nous accorder une entrevue, mais dit activement explorer des occasions d’approvisionner le secteur canadien de la défense.

L’entreprise affirme que son modèle Chevrolet Silverado à usage intensif, fabriqué à l’usine d’Oshawa, pourrait potentiellement contribuer à remplacer la flotte de véhicules utilitaires légers (nouvelle fenêtre) des Forces armées canadiennes.

En 2024, GM Defense s’est vu attribuer un contrat de 35,8 millions de dollars par Ottawa pour 90 véhicules tactiques, mais ces véhicules ont été construits en Caroline du Nord. La ville d’Oshawa souhaite rapatrier cette production.

Aucune décision ni aucun accord n’a encore été conclu, affirme une porte-parole de GM.

Adapter des usines existantes pour y construire des modèles adaptés à des fins militaires serait une option plus rentable pour le gouvernement canadien, selon Yan Cimon. Lorsqu’on parle d’une plateforme qui existe déjà, c’est beaucoup moins coûteux que de partir de zéro, affirme l’expert en stratégie industrielle.

Réoutiller une chaîne de montage prend environ quatre mois, note le constructeur. Durant la pandémie, par exemple, son usine d’Oshawa avait été réaffectée pour la production de masques.

Une main-d’œuvre spécialisée

En début d’année, General Motors a mis à pied environ 500 de ses employés, après avoir éliminé un quart de travail à son usine d’assemblage. En tout, plus de 1100 travailleurs sont touchés par ces compressions, lorsqu’on inclut les employés de fournisseurs qui travaillent sur place.

À une certaine époque, 85 % de notre économie dépendait de l’industrie automobile. C’est maintenant 3 %, raconte Dan Carter.

Dan Carter assis à son bureau.

Le maire d’Oshawa, Dan Carter, vante la stratégie de la ville visant à développer un secteur industriel axé sur la défense dans le Northwood Business Park.

Photo : Radio-Canada / Robert Krbavac

Oshawa enregistrait un taux de chômage de 7,9 % en mars dernier — contre 6,7 % à l’échelle nationale.

La ville de 408 500 habitants connaît une forte croissance démographique, l’une des plus fortes au pays. Sa population a explosé notamment en raison de la poussée de l’immigration au cours des dernières années.

C’est difficile maintenant, affirme Fiona Kirby, finissante en génie mécanique à l’Université Ontario Tech, qui déménagera aux États-Unis le mois prochain pour travailler justement dans le domaine automobile.

La plupart des jeunes ingénieurs de sa cohorte comptent rester dans la région d’Oshawa, où trouver un emploi est tout un défi.

Beaucoup de mes amis n’ont pas beaucoup de succès pour l’instant, lance l’étudiante de 23 ans. Elle se réjouit donc de voir une mobilisation dans la ville en vue d’y établir un secteur industriel axé sur la défense.

Fiona Kirby sur un campus universitaire.

Fiona Kirby, finissante en génie mécanique à l’Université Ontario Tech, espère que la stratégie industrielle de la ville en défense permettra de créer des emplois dans la région d’Oshawa.

Photo : Radio-Canada / Robert Krbavac

Le ministère de la Défense nationale, de son côté, n’a pas répondu aux questions spécifiques de Radio-Canada concernant les démarches de la municipalité ontarienne. La porte-parole Laura McIntyre-Grills affirme que le gouvernement fédéral est ouvert aux idées de l’industrie et des partenaires qui pourraient contribuer à renforcer les capacités de défense du Canada.

Ottawa examine les propositions afin de garantir qu’elles concordent avec les exigences opérationnelles et les priorités à long terme du Canada sur le plan de la sécurité, ajoute-t-elle.

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