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Oscars 2026 : "Un simple accident", "La Voix de Hind Rajab" et "Palestine 36", une compétition aux accents politiques

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Les Oscars, grand-messe du cinéma, et bientôt tribune politique ? C'est en tout cas ce que laisse penser la liste des présélections, dévoilée le 16 décembre 2025. Dans la catégorie "meilleur film étranger", trois longs-métrages au caractère éminemment engagé et trouvant un écho de taille dans l'actualité internationale sortent du lot : Un simple accident de Jafar Panahi, sacré Palme d'or en 2025, La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania et Palestine 36 d'Annemarie Jacir. Ils sont respectivement en lice pour représenter la France, la Tunisie et la Palestine à la cérémonie des Oscars, le 15 mars.

Mais avant d'aller défendre leur film à Los Angeles, ces cinéastes devront franchir une ultime étape : le 22 janvier, l'Académie des Oscars dévoilera la liste définitive des longs-métrages nommés pour la compétition.

France : "Un simple accident" de Jafar Panahi

En 2025, Anora, réalisé par Sean Baker et sacré Palme d'or au Festival de Cannes, recevait l'Oscar du meilleur film. Une victoire qui devrait placer Un simple accident sous de bons auspices si tant est que la cérémonie cannoise a conservé son aura prescriptrice.

Lors de la 78e édition du Festival de Cannes, le réalisateur Jafar Panahi, bras tendus en signe de victoire et à l'émotion palpable malgré d'opaques lunettes noires, recevait des mains de la présidente du jury, Juliette Binoche, la première Palme d'or de sa carrière. C'était le 24 mai 2025 et pourtant ces images semblent dater d'hier, tant le réalisateur iranien, âgé de 65 ans, est resté au cœur de l'actualité depuis son sacre.

Le 1er décembre, Jafar Panahi a été condamné à un an de prison par contumace en Iran pour des "activités de propagande" contre l'État. Il ne s'agit pas de la première condamnation du réalisateur, voix d'opposition au régime des mollahs et déjà incarcéré à deux reprises.

C'est justement à sa sortie de prison que Jafar Panahi a imaginé le scénario d'Un simple accident, pensé comme un hommage à ses codétenus. Dans ce long-métrage, sorte de road-movie caustique, le réalisateur raconte le martyre des prisonniers iraniens à travers l'histoire d'un homme persuadé de reconnaître son ancien geôlier.

Tourné clandestinement, Un simple accident incarne un acte de résistance puissant face au régime iranien qui a condamné, arrêté et emprisonné Jafar Panahi, interdit de filmer et un temps de voyager. Installé à Los Angeles pour la campagne de son film, il s'est récemment livré dans une interview au magazine de cinéma The Hollywood Reporter sur son rapport complexe avec l'Iran. "Pour mon propre bien, je dois rentrer", a déclaré le réalisateur en exil. "Je ne suis pas le genre de personne capable de vivre ailleurs que dans mon propre pays", a-t-il ajouté.

Alors que l'Iran vit peut-être la fin de sa république islamique ébranlée par d'importantes manifestations réprimées dans la violence, Jafar Panahi a invité la communauté internationale à "ne pas oublier le peuple iranien". Même si Un simple accident concourait pour la France aux Oscars, la présence de Jafar Panahi à la cérémonie offrirait une tribune de choix au peuple iranien.

Tunisie : "La Voix de Hind Rajab" de Kaouther Ben Hania

Vingt-trois minutes. C'est la durée de l'ovation qui a suivi la projection du film de Kaouther Ben Hania, à la Mostra de Venise, en septembre 2025. Pas étonnant de voir le film qui a bouleversé le public de la Sérénissime figurer parmi les longs-métrages présélectionnés aux Oscars.

Ce film, consacré à Hind Rajab, fillette de 5 ans assassinée dans la bande de Gaza, a reçu le Lion d'argent à la Mostra de Venise. En 2024, le précédent long-métrage de la réalisatrice tunisienne, Les Filles d'Olfa, avait concouru aux Oscars dans la catégorie "meilleur documentaire" à défaut d'avoir été retenu dans celle du "meilleur film étranger".

Deux ans après, l'Académie des Oscars a arrêté son choix sur La Voix de Hind Rajab. Réalisé à partir des enregistrements de la station du Croissant-Rouge à Ramallah, en Cisjordanie occupée, ce nouveau film bouleversant fait le récit des dernières heures d'une enfant palestinienne prise au piège dans une voiture, et des bénévoles qui tentent de la sauver.

Avec ce nouveau film, Kaouther Ben Hania réaffirme son goût pour les récits de docu-fiction. Déjà avec Les Filles d'Olfa, la réalisatrice de 48 ans confrontait une famille à son histoire, après la fuite des deux filles aînées pour rejoindre l'organisation terroriste Daech. Avec La Voix de Hind Rajab, c'est l'humanité tout entière qui mesure son impuissance, si ce n'est son inaction.

La fillette est devenue, à travers le souvenir de sa voix, l'héroïne posthume d'un film choc sur la guerre et les crimes menés par Israël dans la bande de Gaza. "Les Palestiniens n'ont pas le droit, surtout dans les médias en Occident, de raconter leur douleur", affirmait Kaouther Ben Hania lors d'une interview auprès de franceinfo Culture.

Si le film est retenu pour participer aux Oscars, le monde entier aura les yeux rivés sur le sort de la petite Hind Rajab, et par extension des Palestiniens.

Palestine : "Palestine 36" d'Annemarie Jacir

C'est le quatrième film de la réalisatrice palestinienne, âgée de 51 ans, à tenter sa chance aux Oscars. Avec Palestine 36, Annemarie Jacir intègre pour la première fois la liste des longs-métrages en lice pour remporter la statuette du meilleur film international.

Sorti en France mercredi 14 janvier, Palestine 36 relate la révolte arabe contre le mandat britannique à la fin des années 1930. Un événement fondateur de l'histoire et de l'identité palestinienne, bien moins connu que la Nakba (la "grande catastrophe" en arabe), l'exode palestinien de 1948 suite à la création de l'État d'Israël.

"On devait commencer à tourner le 14 octobre 2023", raconte Annemarie Jacir à franceinfo Culture, soit une semaine après les massacres du 7 octobre en Israël et le début de la guerre à Gaza. "On a voulu le faire coûte que coûte. Comme un acte de résistance. C'était plus important que jamais de revenir aux sources de la violence." Le tournage devait se dérouler en Palestine, un village entier avait été recréé à l'occasion, il aura lieu en Jordanie.

Quant aux Oscars, la réalisatrice espère qu'une nomination permettra de faire connaître son film au public. "Je veux partager ce film. Je veux que les gens sachent que nous avons beaucoup travaillé", explique Annemarie Jacir, première réalisatrice palestinienne présélectionnée avec un long-métrage aux Oscars.

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