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Les maires et les mairesses de neuf municipalités où sont planifiées 96 % des éoliennes du projet de TES Canada, en Mauricie, se prononcent en défaveur de l’implantation des turbines.
Dans une lettre publiée mardi matin, 64 élus municipaux des MRC de Mékinac et des Chenaux ont opposé un refus « définitif » aux 132 éoliennes projetées par TES Canada, qui veut produire de l’hydrogène avec ce parc éolien privé. « Il n’y aura ni compromis, ni marchandage, ni passage en force », écrivent les élus.
Leur missive — transmise au gouvernement du Québec, qui soutient le projet depuis le début — reflète la position défendue par plusieurs de ces élus lors des élections municipales de l’automne dernier. Elle témoigne aussi des quatre référendums municipaux tenus ces derniers mois lors desquels les citoyens ont rejeté les éoliennes. Cette lettre fait aussi suite à une résolution adoptée à l’unanimité par les maires et les mairesses des dix municipalités de la MRC de Mékinac, à la fin novembre 2025, en défaveur du projet éolien. Les élus prenaient alors acte d’un sondage commandé à la firme Léger selon lequel 68 % des répondants étaient défavorables aux éoliennes.
Avec ces deux initiatives, ce sont donc neuf des 10 municipalités où TES Canada prévoit implanter des éoliennes dont le maire ou la mairesse a signifié son opposition. Ces municipalités représentent 127 des 132 éoliennes projetées.
La seule municipalité qui n’a pas signifié son opposition aux éoliennes est Saint-Narcisse, dans la MRC des Chenaux, où sont prévues cinq éoliennes. Son maire, Guy Veillette, dit au Devoir respecter la « grogne » des opposants aux éoliennes, mais s’astreindre à un « devoir de réserve » dans ce dossier jusqu’à ce que ses citoyens soient consultés.
En entrevue au Devoir, le p.-d.g. de TES Canada, Éric Gauthier, dit que l’entreprise « comprend » que les élus subissent de la « pression » de la part d’un « groupe de militants et d’opposants au projet qui a été, depuis le début, très agressif, très intense ». Le climat est « tendu » et les gens favorables au projet n’osent pas s’exprimer publiquement, selon lui.
M. Gauthier affirme que des militants ont pratiqué de « l’interférence » durant le sondage postal de Léger. Il dit aussi que TES Canada dispose de sondages qui témoignent d’une opinion publique « très favorable » au projet, mais refuse de les divulguer avant les audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).
« Ça suffit le mépris ! »
Carole Neill, la mairesse de Saint-Adelphe, où sont projeté 55 des 132 éoliennes, trouve que les arguments de TES Canada sont « hallucinants ».
Le sondage commandé par la MRC de Mékinac, réalisé auprès de 1200 répondants, a été fait « dans les règles de l’art », défend-elle. Même chose pour les référendums. Et les dernières élections municipales, qui tournaient autour de la question éolienne dans son coin de pays, ont suscité un fort taux de participation.
« À un moment donné, ça suffit le mépris ! » dit-elle en entrevue. « Quand TES Canada rejette du revers de la main tous ces processus démocratiques, ça veut dire qu’elle méprise la démocratie », ajoute Mme Neill, qui a été élue avec 56 % des voies en novembre dernier, après avoir été la porte-parole d’un collectif citoyen opposé aux éoliennes.
TES Canada croit que les éventuelles audiences publiques du BAPE seront le meilleur forum pour laisser « l’ensemble de la population » se prononcer sur son projet à 4 milliards de dollars, qui pourrait générer des dizaines de millions en retombées économiques dans la région. L’entreprise a déposé son étude d’impact sur l’environnement en juillet 2025. En décembre dernier, elle a répondu aux questions des fonctionnaires du gouvernement du Québec. Un BAPE pourrait être déclenché bientôt, avec des audiences au printemps ou à l’automne de cette année, mais aucune date n’est encore fixée.
Le projet de TES Canada, annoncé en 2023, vise à produire 70 000 tonnes d’hydrogène vert par année dans une usine à Shawinigan. Pour l’alimenter, l’entreprise aura besoin d’énormément d’électricité. Elle prévoit produire elle-même 800 mégawatts (MW) d’énergie éolienne et 200 MW d’énergie solaire, ainsi que d’acheter jusqu’à 150 MW d’Hydro-Québec.


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