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Trente nouvelles poursuites judiciaires ont été entreprises contre la société d’intelligence artificielle OpenAI et son fondateur, Sam Altman, dans le cadre de la tuerie survenue à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique.
Parmi les plaignants figurent notamment une enseignante qui a raconté avoir tenté de protéger ses élèves de la tireuse, ainsi qu’un adolescent qui a expliqué s’être armé « de couteaux de cuisine et d’outils lourds ».
« Mes collègues et moi sommes hantés par le souvenir d’avoir protégé les enfants de notre propre corps, tandis que nos oreilles résonnaient du bruit incessant des coups de feu et des cris stridents. Toute une génération de jeunes vies, anéantie en une seconde », a déclaré l’enseignante Deidre Rushlow dans un communiqué diffusé par le cabinet d’avocats Rice Parson Leoni and Elliott, établi à Vancouver.
« Et pour quoi ? Pour qu’OpenAI puisse entrer en bourse ? La vie de mes élèves et de mon assistante pédagogique n’était-elle qu’un simple coût lié à l’activité de l’entreprise ? » a-t-elle ajouté.
Les plaintes devaient être déposées mercredi en Californie au nom des « élèves et enseignants blessés et traumatisés » qui ont été témoins de la tuerie qui a fait six victimes — en plus de la mère et du frère de la tireuse à leur domicile — dans cette école située dans une localité du nord de la Colombie-Britannique, a indiqué le cabinet d’avocats.
L’avocat John Rice a fait valoir qu’OpenAI avait eu la possibilité d’empêcher l’attaque après que son personnel eut identifié la tireuse, Jesse Van Rootselaar, âgée de 18 ans, comme une menace crédible de violence liée à l’utilisation d’armes à feu plusieurs mois auparavant, mais que la police canadienne n’en avait pas été informée.
L’entreprise avait banni le compte de Van Rootselaar sur sa plateforme ChatGPT. Cependant, « aucune autre mesure n’a été prise », précise le communiqué du cabinet.
« D’après ce que nous avons compris des discussions que la tireuse a eues avec ChatGPT, cette tuerie était précise, prévisible et évitable », a avancé Me Rice.
Ces allégations n’ont pas encore été examinées par un tribunal.
Les échanges avec ChatGPT demandés
Outre des dommages-intérêts compensatoires et punitifs, Me Rice a précisé que les plaignants réclamaient l’historique des échanges de Van Rootselaar avec ChatGPT avant la fusillade, ainsi que les documents internes d’OpenAI exposant sa décision de ne pas alerter les autorités.
Ces poursuites visent également à prévenir une nouvelle tuerie en obligeant les principales plateformes en ligne à mettre en œuvre des mesures de sécurité et à signaler systématiquement aux forces de l’ordre les actes de violence prévisibles, a expliqué Me Rice, avocat principal canadien chargé du dossier.
Parmi les plaignants figurent un directeur de l’école secondaire de Tumbler Ridge ainsi qu’une enseignante qui partageait une salle de classe et « le même moment de terreur » avec son neveu, a indiqué le cabinet d’avocats dans un courriel séparé.
Parmi les élèves plaignants figurent « des frères et sœurs qui ont été séparés, chacun craignant que l’autre ait été tué », a-t-il ajouté.
Les actions en justice sont intentées devant la même juridiction où sept actions précédentes avaient été intentées par les familles des victimes.
Jesse Van Rootselaar a tué sa mère et son frère au domicile familial avant de se rendre à l’école où elle a tué cinq élèves et une aide-enseignante, puis s’est donné la mort.
OpenAI et Sam Altman ont été vivement critiqués en raison de l’utilisation par la tireuse de l’agent conversationnel de l’entreprise, ChatGPT. L’enquête avait révélé que l’utilisation qu’a faite l’adolescente de ChatGPT plusieurs mois avant la fusillade était suffisamment préoccupante pour que son compte soit banni, mais que la police n’en avait pas été informée.
Difficile de déterminer les risques
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Jason Kwon, directeur de la stratégie chez OpenAI, a assuré que l’entreprise abordait ce litige « dans le respect tant de la procédure judiciaire que des familles et des victimes » de la fusillade et qu’elle « continuerait à agir de bonne foi ».
« Il ne se passe pas un jour sans que je pense à ce qui s’est passé à Tumbler Ridge, ni aux victimes de cette tragédie dévastatrice et à leurs familles », a-t-il mentionné.
M. Kwon a affirmé qu’il est « totalement faux » d’accuser les collaborateurs d’OpenAI de ne pas accorder la priorité à la sécurité, l’équipe travaillant « sans relâche pour identifier les signaux d’alerte potentiels de violences graves » tout en protégeant la vie privée et la sécurité des utilisateurs de ChatGPT.
Les membres du service juridique et de l’équipe chargée du renseignement et des enquêtes d’OpenAI appliquent « des normes et des processus difficiles à définir pour déterminer quand signaler des cas aux forces de l’ordre » dans des situations complexes, a-t-il précisé dans le communiqué publié mercredi.
« Ils utilisent des systèmes automatisés qui laissent les décisions les plus difficiles à l’appréciation humaine, mais dans le respect de normes visant à minimiser la marge d’appréciation et à aboutir à des décisions fondées sur des principes qui s’efforcent de trouver un équilibre entre sécurité et vie privée pour les utilisateurs de notre service et le grand public », a souligné M. Kwon.
« Ce jugement n’est pas infaillible, mais il repose toujours sur la recherche de cet équilibre pour les personnes », a-t-il ajouté.
Mme Rushlow, professeure d’anglais et de sciences humaines, a raconté qu’elle avait envoyé ses élèves à la bibliothèque de l’école de Tumbler Ridge, où, selon la police, la majeure partie de la tuerie allait se dérouler.
« Je ne savais pas, et je ne pouvais pas savoir, qu’en les envoyant à la bibliothèque avec mon assistante pédagogique, ils vivaient leurs derniers instants », a témoigné Mme Rushlow.
Un autre plaignant, un élève de 10e année dont l’identité n’a pas été révélée, a déclaré dans un témoignage fourni par le cabinet d’avocats qu’il avait dû enjamber le corps d’une victime lors de l’évacuation de l’établissement.
L’élève a indiqué avoir vu son professeur pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire pendant 45 minutes sur la victime pour tenter de lui sauver la vie, et que d’autres élèves, réfugiés avec le groupe dans un petit placard de rangement, s’étaient « armés de couteaux de cuisine et d’outils lourds, prêts à s’en servir si la tireuse franchissait la porte ».
Me Rice a précisé que ces nouvelles actions en justice visent à obtenir l’ensemble des documents internes d’OpenAI relatifs à sa décision de ne pas alerter la police.
Les plaignants réclament également « des dommages-intérêts compensatoires et punitifs d’une ampleur historique afin de sanctionner OpenAI pour son mépris imprudent de la sécurité publique », ainsi que des mesures visant à prévenir de futurs incidents.


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