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Les observateurs cyniques de Queen’s Park se plaisent à penser qu’il ne se produit jamais rien d’intéressant en politique ontarienne. Ce dernier budget semble leur donner raison : Doug Ford choisit à nouveau d’alléger le fardeau fiscal des entreprises et de se priver de sources de revenus. Avec cet immense déficit (à nouveau), les Ontariens en ont-ils vraiment pour leur argent?
Le manque à gagner a encore augmenté, pour atteindre 13,8 milliards $, tandis que le retour à l’équilibre est repoussé d’un an, à 2028-2029. L’Ontario relève les défis économiques grâce à un plan budgétaire pragmatique et prudent , a dit le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy.
C’est à peu près le même message qu’il a claironné l’année dernière alors que l’annonce des tarifs douaniers de Donald Trump provoquait l’émoi général. Un manque d’imagination qui se reflète dans le titre du document, mais également dans les mesures phares qu’il contient.

Le ministre des Finances a jugé bon de faire passer le même message deux années de suite.
Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard
La remise de la TVH sur l’achat d’une nouvelle propriété doit coûter 1,3 milliard $ à la province, mais combien d’Ontariens peuvent se permettre d’acheter une maison flambant neuve?
La province lance un nouveau Fonds d’investissement Protéger l’Ontario de 4 milliards $, destiné aux nouvelles entreprises prometteuses dans le domaine des minéraux critiques ou de l’intelligence artificielle, entre autres.
Mais une enveloppe financière similaire (Protéger l’Ontario – 5 G$) dans le budget l’année dernière n’aura donné que très peu de résultats : Algoma Steel en est le plus grand récipiendaire avec 100 millions $, et des centaines de travailleurs ont tout de même perdu leur emploi.
Pendant ce temps, Doug Ford vole encore une fois au secours des PME : réduction d’impôts de 3,2 % à 2,2 % pour environ 375 000 petites entreprises. Un soulagement pour les entrepreneurs qui ont passé des années difficiles, certes.

Vendredi était le dernier jour de travail au sein de l’usine d’Algoma Steel pour plusieurs centaines d’employés qui ont reçu les avis de licenciement. (Photo d’archives)
Photo : CBC / Alex Flood
Toutefois, comment justifier l’augmentation du déficit en l’absence de bonbon pour les particuliers? Le gouvernement investit massivement dans les infrastructures pour stimuler l’économie et créer des emplois, rétorque la province.
Pourtant, le budget ne contient aucun détail sur le coût ni de mise à jour sur l’évolution des grands projets d’autoroute dans le Grand Toronto. À quand la construction de la convoitée autoroute 413 pour alléger la congestion? On ne nous le dit pas.
Le coût des programmes en santé continue également d’augmenter, nous dit-on, pour expliquer l’augmentation du déficit budgétaire. Pourtant, la médecine de couloir qu’avait promis d’éliminer Doug Ford en 2018 n’a toujours pas disparu.
Les Canadiens (et probablement les Ontariens aussi) semblent désormais accepter la nécessité des déficits en temps de crise, comme nous l’ont démontré les années Trudeau, et la première année du gouvernement Carney.
Les contribuables ontariens sont toutefois en droit d’exiger des résultats en contrepartie de la part de leur gouvernement provincial, responsable des enjeux qui les touchent directement, comme la santé ou l’éducation.

Doug Ford souhaite stimuler le secteur de la construction avec la remise de la TVH sur l’achat d’une nouvelle propriété. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Francis Ferland
Si la province n’atteint pas sa cible d’accès aux soins primaires, si les emplois en fabrication continuent de migrer au sud de la frontière, si l’achat d’une maison (neuve ou pas) demeure encore inaccessible, un simple rabais risque de ne plus suffire à calmer le jeu en Ontario.
Et si, en se privant année après année de toujours plus de sources de revenus, le gouvernement se retrouve sans moyen de payer pour les besoins d’une population vieillissante, il ne restera plus beaucoup d’options dans la boîte à outils du ministère des Finances.
Jamais nous n’augmenterons de taxe!, lançait encore Doug Ford cette semaine.
Reste à voir quel lapin le premier ministre sortira de son chapeau pour résoudre les prochaines équations budgétaires.


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