Un Français sur cinq porte dans son sang un taux élevé d’une particule capable de boucher les artères, sans même le savoir. Aucun régime, aucune séance de sport, aucune statine ne peut la faire baisser durablement. Elle s’appelle la lipoprotéine(a), ou Lp(a), et elle bouleverse une idée reçue tenace : celle selon laquelle le cholestérol se maîtrise uniquement à la force de la volonté.
Contrairement au LDL, ce fameux « mauvais cholestérol » que l’on peut faire chuter en changeant ses habitudes, la Lp(a) obéit à une autre logique. Votre taux de lipoprotéine A est déterminé à 80 à 90 % par la génétique, et contrairement au LDL, il varie très peu avec l’alimentation, le poids ou le mode de vie, et reste stable toute la vie. Une prise de sang faite à 20 ans donnera, à quelques nuances près, le même résultat qu’à 60 ans. C’est presque une signature biologique, gravée dès l’enfance et qui ne bouge plus.
À retenir
- Une signature génétique qui s’écrit une fois et ne change jamais — comment la médecine l’a ignorée si longtemps ?
- Elle favorise les caillots ET encrasse les artères : un double mécanisme qui amplifie le danger
- Trois classes de médicaments promettent de la réduire de 70 à 90 %, mais vont-ils vraiment sauver des vies ?
Sommaire
- Une particule qui ressemble au LDL, en plus vicieux
- Pourquoi ce marqueur reste dans l’angle mort des médecins
- Des traitements ciblés arrivent, mais pas encore sur ordonnance
Une particule qui ressemble au LDL, en plus vicieux
Sur le papier, la Lp(a) a une structure proche du LDL. Elle transporte elle aussi du cholestérol dans le sang. Mais elle embarque en plus une protéine que le LDL n’a pas : l’apolipoprotéine(a). Concrètement, la Lp(a) ressemble à une particule de LDL sur laquelle s’ajoute une protéine particulière, l’apolipoprotéine(a), fabriquée par le foie, et cette pièce supplémentaire lui donne des effets à la fois sur la paroi des artères et sur la coagulation du sang. elle ne se contente pas d’encrasser les vaisseaux comme le ferait un excès de LDL classique. Elle favorise aussi la formation de caillots, un double mécanisme qui explique pourquoi elle est associée à l’infarctus. De plus, à l’accident vasculaire cérébral et au rétrécissement de la valve aortique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans 36 études de cohorte, les niveaux de Lp(a) sont associés à un risque accru de maladie coronarienne, jusqu’à deux à trois fois plus élevé. Et ce risque s’ajoute à celui du LDL, il ne le remplace pas. Un patient peut avoir un bilan lipidique parfaitement normal en apparence, LDL bas, triglycérides sages, et pourtant porter une bombe à retardement génétique que personne n’a pensé à chercher.
Pourquoi ce marqueur reste dans l’angle mort des médecins
La Lp(a) ne fait pas partie des examens sanguins de routine. Beaucoup de médecins généralistes ne la prescrivent jamais, faute de réflexe ou parce que le dosage reste peu répandu en pratique courante. Son taux est génétiquement déterminé à plus de 90 %, mais la Lp(a) reste un facteur de risque cardiovasculaire très peu reconnu, avec un faible taux de dépistage. Résultat : des dizaines de millions de personnes ignorent qu’elles font partie de cette minorité génétiquement défavorisée, et découvrent parfois leur prédisposition après un premier infarctus, souvent précoce, sans autre explication apparente.
La bonne nouvelle, c’est qu’un seul dosage suffit pour toute une vie. Une mesure « once in a lifetime » est recommandée pour une évaluation correcte du risque, car elle peut révéler une prédisposition génétique cachée et inciter à une prévention ciblée. Pas besoin de répéter l’examen chaque année comme pour le LDL : la valeur ne bouge quasiment pas. Les nouvelles recommandations européennes ont d’ailleurs fixé un seuil d’alerte. Depuis les dernières recommandations européennes sur la prise en charge des dyslipidémies de 2025, un taux de Lp(a) supérieur à 50 mg/dL ou 125 nmol/L est à considérer comme un facteur de risque cardiovasculaire supplémentaire à prendre en compte.
Des traitements ciblés arrivent, mais pas encore sur ordonnance
Longtemps, la médecine s’est retrouvée démunie face à ce marqueur. Aucun traitement pharmacologique disponible n’abaisse spécifiquement les concentrations de Lp(a), et même les statines n’y changent rien. Pire, certaines études ont observé une légère hausse de la Lp(a) chez des patients sous statines, sans que cela justifie d’arrêter le traitement, puisque son bénéfice sur le LDL reste, lui, bien démontré.
Le paysage change vite. Plusieurs molécules visant spécifiquement la Lp(a) sont en phase avancée d’essais cliniques. Le pélacarsen, un oligonucléotide antisens, a montré une réduction des taux de Lp(a) allant jusqu’à 80 % lors d’un essai de phase 2, et son essai de phase 3, baptisé Lp(a)HORIZON, doit livrer ses résultats en 2026. L’olpasiran, un ARN interférent injectable, va encore plus loin : une réduction de Lp(a) de plus de 90% à 48 semaines a été observée dans l’essai de phase 2 OCEAN(a)-DOSE avec une seule injection. Une première option orale, la muvalapline, est également testée. L’essai de phase 2 KRAKEN a montré qu’une prise quotidienne est associée à une baisse de la Lp(a) de plus de 70 % à trois mois.
Reste une question que les cardiologues eux-mêmes posent avec prudence : faire baisser le chiffre suffira-t-il à réduire réellement les infarctus et les AVC ? Actuellement, aucun essai clinique randomisé ne prouve que ces médicaments réduisant les lipoprotéines (a) réduisent les taux d’événements cardiovasculaires. C’est précisément ce que les essais en cours doivent démontrer d’ici la fin de l’année. En attendant ces résultats, la seule action concrète reste de connaître son chiffre, une fois dans sa vie, pour ajuster tout le reste, tension, LDL, tabac, autour de ce risque qu’on ne choisit pas.
Sources : sciencedirect.com | francais.medscape.com


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