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« On se croirait dans un roman de Stephen King » : Widow’s Bay, grande gagnante des Emmy Awards, décryptée par ses acteurs

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Emmenée par Matthew Rhys, la série d’Apple TV sur les déboires d’un maire d’une île hantée a décroché 14 trophées. TV Magazine vous partage la conversation joyeuse que nous avions eue, au printemps, avec son trio de choc.

Dans la nuit de lundi à mardi, la comédie horrifique d’Apple TV, Widow’s Bay,  a écrit une page de l’histoire de la télévision américaine en décrochant , aux Oscars du petit écran, les Emmy Awards, 14 trophées pour sa fantastique première saison. Passant en un clin d’œil du loufoque au vraiment effrayant, la série revisite et pastiche bon nombre de légendes urbaines. Du croque-mitaine à la dame blanche en passant par l’auberge hantée.

Au large de la Nouvelle-Angleterre, se trouve la charmante mais lugubre île de Widow’s Bay. Ses habitants bourrus sont superstitieux au possible. Ils connaissent par cœur les tristes faits divers - cannibalisme, meurtres, épidémie, naufrage - qui ont ébranlé la communauté des baleiniers depuis le XVIIIe siècle et sont persuadés que la Grande Faucheuse les expédiera ad patres dès qu’ils auront mis un pied sur le continent. Pourtant, leur maire s’est mis en tête de faire de sa localité un aimant à touristes. Alors qu’il touche au but, d’étranges accidents surviennent. Le cartésien édile (Matthew Rhys de The Americans , toujours génial), couard sur les bords, doit envisager l’impensable : Widow’s Bay est maudite. Avec son adjointe paria (Kate O’Flynn) et son opposant Wyck (Stephen Root), il va tenter de stopper les assauts du surnaturel.

La troupe de Widow’s bay Jeff Hiller, Matthew Rhys, Dale Dickey, Kingston Rumi Southwick, Kevin Carroll, Stephen Root, Kate O’Flynn et Neil Casey aux Emmy awards. Mike Blake / REUTERS

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Le Figaro s’était entretenu avec ce trio de choc lors du lancement de la série en avril. En l’honneur de leur triomphe aux Emmy, puisque chacun est reparti avec un prix d’interprétation, voici l’intégralité de cette conversation joyeuse et décousue, qui se déroulait dans l’ambiance feutrée du QG de la série : le pub de Widow’s Bay !

TV Magazine. - Qu’est ce qui vous a séduit dans l’univers loufoque et hostile de Widow’s Bay ?
Kate O Flynn. - Les scripts étaient constamment surprenants avec ses couches d’humour et d’effroi entremêlées.

Matthew Rhys. - Je crois que le meilleur moyen d’entrer dans cette série et de la savourer, c’est d’en savoir le moins possible sur Widow’s Bay. Lorsque j’ai commencé ma lecture des scénarios, je ne savais pas à quoi m’attendre. La cascade de retournements de situation et de ton avait un côté très joyeux. Notre showrunner Katie Dipplod et notre réalisateur Hiro Mirai ont cherché à créer un monde authentique avant de faire une comédie ou de l’horreur. On n’a jamais joué un genre. On a voulu aller au plus près de la réalité et du quotidien.

Comment vous êtes-vous glissé dans cette atmosphère si particulière des mythes et des légendes urbaines de la Nouvelle Angleterre ?
K.O.F. - À ma grande honte, je dois avouer que je n’étais pas très versée sur le sujet.

M.R. - Certains mythes et superstition sont universels. Comme celui du danger mystérieux et invisible qui rode dans les bois et les forêts sur lequel tu n’as aucun contrôle.

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Stephen Roots. - Le conflit entre les habitants de l’île qui ne l’ont jamais quittée et les touristes qui débarquent et perçoivent cette atmosphère périlleuse et oppressante est palpable.

M.R. - Tom veut faire prospérer cette île pour son fils, qui a perdu sa mère trop jeune. Nos personnages sont englués la douleur et la solitude. À travers leur rencontre, Widow’s Bay est un classique parcours initiatique du héros. Sauf qu’ils forment un triumvirat et c’est, ensemble, qu’ils vont surmonter les obstacles sur leur chemin.

K.O.F. - Leur combat contre les forces surnaturelles leur fournit une cause bien plus grande qu’eux-mêmes. Cela les réconforte et les aide à transcender leurs névroses. L’expérience du deuil, qu’ils ont chacun traversé individuellement, les unit.

Qu’est-ce qui vous a aidé à déverrouiller vos personnages ?
S.R. - Ses bottes de pêcheur et tourner sur la côte du Massachusetts et du Maine. On se croirait dans un roman de Stephen King. Exactement.

K.O.F. - Les costumes et chaussures de Patricia. Ils disent tellement tout d’elle. Parfois, nous avons dû modérer notre enthousiasme car l’extravagance des choix faisait bien trop défilé de mode. Les petites boucles d’oreille en diamant qu’elle aborde, symbolisent vraiment son courage.

M.R. - L’attention portée aux décors était fabuleuse. Le pub, où nous nous retrouvons, était à Rockport et était resté dans son jus. J’ai eu l’impression de pénétrer dans une réalité parallèle.

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S.R. - L’auberge hantée était fabuleuse, effrayante et déplaisante. À l’intérieur comme à l’extérieur.

Vos personnages s’accrochent de toutes leurs forces à la rationalité avant de vaciller.
M.R. - Il y a trois degrés de vérité et de croyance. Patricia est persuadée de l’existence du croquemitaine. Wyck croit dur comme fer aux malédictions ancestrales et la mythologie macabre de l’île. Tom se met la tête dans le sable pour préserver le boom touristique. Mais, à un certain moment, il est impossible de nier les phénomènes paranormaux qui se multiplient. Plus ils se serrent les coudes, plus ils entament un voyage spirituel. Cette quête va leur ouvrir l’esprit et les vannes de leur spontanéité.

K.O.F. - Patricia a fait la moitié du chemin. Elle sait qu’il y a quelque chose d’anormal même si elle aimerait se rallier à une autre explication.

S.R. - Wyck a observé, toute son existence durant, des choses étranges se sont produites sur l’île. Il possède aussi des documents qui prouvent que cela dure depuis des siècles. Un de ses traits de personnalité majeur est d’essayer de convaincre les gens que cela s’est réellement passé. Il se désespère de susciter l’incrédulité générale.

M.R. - Widow’s Bay dit quelque chose de notre époque et de son rapport ambivalent à la vérité, de la difficulté de trier entre info et infox et de la frustration terrible de ne pas être cru quand vous avez tous les éléments de votre côté

Avez-vous beaucoup sursauté sur le plateau ?
M.R. - J’ai eu un immense sursaut que la caméra a parfaitement immortalisé. Ce rôle m’a aussi appris que j’avais un larynx en cuir

K.O.F. - Il faut toujours s’échauffer avant de crier. Je l’ignorais au début et je me suis bien abîmé les cordes vocales.

M.R. - À force de crier, on peut arriver à hyperventiler très rapidement. Vous pouvez avoir beaucoup de vertiges et arriver au bord de l’évanouissement. Il faut vraiment réguler sa respiration et y aller progressivement.

S.R. - C’est aussi vrai pour le rire. Qu’est-ce que nous avons rigolé sur ce plateau ! Quitte à avoir aussi la tête qui tourne.

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