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« J’ai 33 ans et j’ai le dos d’un gars de 70 ans. J’ai besoin d’un physiothérapeute avant mes courses. On va en envoyer un deux jours avant, mais pendant deux semaines, tu n’as personne. »
Après la magie des Jeux olympiques, c’est le retour à la réalité pour Laurent Dubreuil, celle d’un athlète qui sort de l’argent de sa poche pour financer ses saisons. Le patineur de vitesse sur longue piste en a parlé sans filtre, mardi, dans une conférence de presse virtuelle après sa chronique sur le sous-financement des athlètes olympiques au Canada, publiée dans le Journal de Québec.
Pour sauver des coûts, le sprinteur québécois a fait le choix de ne pas rentrer à la maison après les JO, où il a décroché le bronze au 500 m, et de se rendre directement à Heerenveen, aux Pays-Bas, où se tiendront les Championnats du monde du 5 au 8 mars. Il loge chez des amis qui l’accueillent depuis sept ans déjà, encore une fois par souci d’économie.
Son équipe habituelle – entraîneur, préparateur physique, technicien de lames et ce précieux physiothérapeute pour son dos – n’arrivera qu’à l’aube de la compétition.
Ça n’aide pas à performer, ce n’est pas un incitatif à continuer. Mais, la réalité, c’est que la majorité des athlètes va continuer quand même, parce qu’on est passionnés, qu’on a le feu sacré, a-t-il lancé. On va continuer. Mais sans les ressources, est-ce que ça nous aide à compétitionner et à être les meilleurs au monde?
Je ne veux pas accuser ma fédération, je sais qu’elle fait son possible. Mais à la limite, elle sait que, si elle ne paye pas, je vais y aller quand même.
Laurent Dubreuil a vu le financement offert aux patineurs sur longue piste s’étioler dans ses 16 ans en équipe nationale, parce qu’il n’a pas été bonifié ou même ajusté à l’inflation. Le contraste est frappant par rapport à ce qu'il a connu après les Jeux de Vancouver, où l’argent n’était pas un problème.
Quand je suis rentré dans l’équipe, c’était comme membre de l’équipe de développement. Je n’étais pas 3e au monde sénior, mais 4e au monde junior. Toutes mes compétitions nationales étaient payées : les Championnats canadiens, les sélections nationales et les Coupes Canada [le circuit pour ceux qui ne sont pas en Coupe du monde, NDLR]. L’avion, l’hôtel, la bouffe : tout ça était payé à 100 %. Maintenant, même nous, médaillés olympiques, si on va en sélections nationales, on doit payer de notre poche. Je ne parle pas du 35e dans l’équipe nationale comme je l’étais à l’époque, mais des meilleurs, de Valérie (Maltais) et de moi, indique-t-il.
Dans le temps, le dernier de l’équipe, toutes ses compétitions nationales étaient payées de A à Z. La différence est énorme.
Le Lévisien a vécu à Milan-Cortina ses troisièmes Jeux.
À chaque cycle olympique, il y a moins de fonds disponibles que le cycle d'avant, regrette-t-il. Et ça n'est pas à cause de nos résultats. On (l’équipe canadienne de longue piste) a gagné cinq médailles en Italie, soit le même nombre qu'à Pékin.
Il faut réaliser qu'on s'en va droit dans le mur si ça ne change pas et que ça n'est pas si facile que ça de trouver des solutions.
On se fait dire que le Canada est fier. Mais si on est fier, il faut le montrer avec des actions concrètes, poursuit-il. C’est comme avec les enfants, il faut faire du renforcement positif. Tu ne peux pas juste dire que tu es fier et passer tout de suite à autre chose.
La Norvège, qui a dominé le tableau des médailles à Milan-Cortina avec 41 (18 d’or, 12 d’argent et 11 de bronze), avec ses 5,6 millions d’habitants, est un exemple à suivre en la matière, note Laurent Dubreuil. Le Canada peut s’en inspirer pour faire des gestes concrets en faveur du sport.
Elle (la Norvège) nous a donné une leçon de réussite sportive pour un petit pays qui a à peine plus que la moitié de la population du Québec. En Norvège, il y a une loterie d’État. Une partie des recettes sont redistribuées dans le sport. Ça peut être ça ou autre chose, mais ça prend une initiative concrète. Tu l’instaures, l’argent se rend (aux athlètes) et les résultats vont suivre.
Laurent Dubreuil se souvient d’avoir rêvé de participer aux Jeux olympiques en voyant Marc Gagnon et Jonathan Guillemette réussir un doublé au 500 m en patinage de vitesse sur courte piste, en 2002. Gagner des médailles aux Jeux olympiques a l’effet de motiver les champions de demain, reconnaît-il, mais l’essentiel est ailleurs, selon lui. Financer les athlètes olympiques est une décision de société dont les bénéfices sont grands.
Ce qui est le plus important, c’est que tu vas motiver les jeunes à bouger. Une population qui bouge, c’est une population en santé, ça règle bien des problèmes, note-t-il.

Laurent Dubreuil sur le podium aux Jeux olympiques de Milan-Cortina
Photo : Getty Images / Dean Mouhtaropoulos
La motivation après les JO
Le point de mire des quatre dernières années de Laurent Dubreuil était les Jeux de Milan-Cortina. Maintenant qu’ils sont terminés, il doit se remotiver.
Inévitablement, tu as un petit down, tu reviens à la vie normale la semaine après, admet le patineur de Lévis. Tu t’entraînes et l’envie n’est pas autant là, mais il fait être capable de se motiver. C’est vrai pour moi, mais aussi pour tous mes rivaux.
Le champion du monde au 500 m, en 2021, s’attend à livrer une belle bataille sur cette distance à l’Américain Jordan Stolz et au Néerlandais Jenning de Boo, qui l’ont devancé aux Jeux, et aussi au Polonais Damian Zurek, qui a fini 4e.
Qui va avoir le guts de se remettre dans la game, de fighter, de se remotiver et de faire de bonnes courses quand même? Pourquoi pas moi?, conclut-il.


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