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"On reste ici parce qu'on est enfermés" : dans une île au bord du gouffre, les Cubains tentent de survivre sans pétrole, sans tourisme et sans médicaments

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Publié le 21/09/2026 22:52 Mis à jour le 21/09/2026 23:40

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Article rédigé par France 2 - S. Perez, C. Kenck, J. Cohen-Olivieri. Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

Depuis la chute de Maduro au Venezuela, Cuba a perdu un soutien pétrolier essentiel. Donald Trump bloque les approvisionnements, tandis que le régime cubain refuse de négocier son système politique.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Sur le célèbre front de mer de La Havane, un silence inhabituel règne. Depuis janvier à Cuba, les Etats-Unis ont coupé l'accès au pétrole vénézuélien, un blocus qui aggrave une crise déjà profonde. France 2 s'est rendu sur place avec un visa de touriste, les autorités n'ayant pas accordé d'autorisation pour filmer. Les pénuries rythment le quotidien des habitants. "La situation est très mauvaise. L'économie, tout va mal. Regardez sur le front de mer, les gens se baignaient, ils se divertissaient. Il y avait toujours de la joie. Aujourd'hui, le Cubain est triste", affirme Ruben, chauffeur. Les témoignages se suivent et se ressemblent. "Le courant vient de sauter, on n'a plus d'électricité. On en a seulement une ou deux heures par jour, et ensuite ça part jusqu'au jour suivant", constate Pedro, un musicien au chômage dont le prénom a été changé par précaution.

Les pénuries d'énergie accentuent l'insécurité alimentaire qui touchait déjà Cuba avant le blocus. Dans les allées vides d'un marché subventionné par l'Etat, Miguel, un maçon sans emploi, se souvient : "Ici, c'était toujours plein de monde. Les gens s'asseyaient, commandaient à manger. Tu pouvais acheter du jambon, de la viande, de tout." Le régime communiste paie plus que jamais sa dépendance aux importations, alors que 80% de ses aliments viennent de l'étranger. Et avec une inflation à presque 21% en juillet, de nombreux produits de base sont devenus inabordables, alors que 94% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Les habitants fouillent donc les poubelles qui s'accumulent dans la capitale, faute de carburant pour le ramassage. Les Cubains ne peuvent pas non plus bénéficier du tourisme, sans carburant pour faire décoller les avions. Depuis le printemps dernier, il n'y a plus de vol direct pour Cuba, depuis l'Europe ou le Canada. Au moins 25 000 emplois ont déjà été détruits.

A Varadero, célèbre station balnéaire, les hôtels tout inclus sont fermés et les transats au bord des eaux translucides sont abandonnés. La fréquentation a baissé de plus de la moitié. "Malheureusement, on a perdu tout ce qu'on avait bâti. C'est la faute de notre gouvernement, de leur gestion du pays, et aussi celle des Etats-Unis. Ils sont responsables de chaque côté", témoigne un homme d'affaires au micro de France 2.

Dans la région agricole de Vinales, qui lutte aussi contre les pénuries, les Cubains tentent de s'adapter à cette vie sans pétrole. Raul, un agriculteur, a ressorti sa charrue et ses bœufs et a installé des panneaux solaires, comme beaucoup, sur son toit. "Ma fille qui vit aux Etats-Unis me les a offerts pour mon anniversaire. C'est un cadeau magnifique. La seule chose que ne peut pas bloquer Trump, c'est le soleil", lance-t-il.

Le secteur de la santé, pourtant réputé à Cuba, est aussi frappé par la crise. Sur place, les étagères des pharmacies sont vides. "Va dans la rue. Là-bas, les gens vendent toutes sortes de médicaments. Tu trouveras tout pour la tension. Ici, il n'y a rien. On reçoit les commandes tous les trois mois", répond un employé à un patient. Sur le marché noir, les comprimés valent une fortune. "On reste ici parce qu'on est enfermés, sinon il n'y aurait personne. On partirait tous parce qu'ici il n'y a rien et encore moins de médicaments", déplore une vendeuse à la sauvette.

Face à cette fatigue et cette colère, les habitants restent toutefois silencieux. "Le gouvernement essaie de maintenir les idées de Fidel Castro, alors que le peuple lutte pour survivre. Qu'est-ce qu'on va faire d'autre ? Si on manifeste, ils nous mettent en prison. Donc tout le monde reste dans son coin et personne ne prend de risque", explique Evelio, un ingénieur à la retraite.

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