Plusieurs fois depuis l’époque des dinosaures, la partie solide de la planète a basculé d’un bloc, noyant certains continents et en soulevant d’autres hors de l’eau. C’est la conclusion d’une étude publiée dans la revue Science le 1er octobre 2026, relayée par Scientific American. Le phénomène n’est pas terminé.
Il se poursuit aujourd’hui, à environ 10 centimètres par an.
À retenir
- Quatre épisodes de basculement complet de la croûte terrestre se sont produits vers 200, 150, 100, et entre 30 et 20 millions d’années.
- Ce mécanisme de « true polar wander » déplace les continents comme une orange qui roule, contrairement à la dérive continentale qui fragmente la croûte.
- Le déplacement actuel atteint environ 10 centimètres par an, principalement causé par la fonte des calottes glaciaires qui déséquilibre la planète.
Sommaire
Une rotation d’ensemble, pas une dérive
La dérive des continents, popularisée par Alfred Wegener en 1912, décrit des plaques rigides qui glissent sur la couche supérieure du manteau, entraînées par ses courants de convection. Leur vitesse va d’environ 1,3 à 10 centimètres par an. Ce que décrit la nouvelle étude relève d’un autre mécanisme : l’ensemble solide, croûte et manteau, pivote par rapport à l’axe de rotation de la Terre. Ce phénomène porte un nom, la « true polar wander », qui déplace les pôles géographiques réels et non les pôles magnétiques.
L’image la plus juste est celle d’une orange entière qui roule, et non d’une peau qui se fissure en morceaux. Les continents peuvent ainsi traverser rapidement les ceintures climatiques alors que leurs positions les uns par rapport aux autres changent bien moins, rappelle le géologue Giovanni Muttoni (université de Milan).
Le trèfle à quatre feuilles des mers
Jusqu’ici, la meilleure preuve de ces basculements venait des signaux magnétiques enregistrés dans les roches anciennes, des données rares et peu concluantes. Mathew Domeier, géoscientifique à l’université d’Oslo et auteur principal, a donc pris une autre voie. Son équipe a épluché des cartes montrant, par tranches de 10 millions d’années, quelles terres étaient émergées et lesquelles étaient sous l’eau.
La rotation de la Terre fait gonfler la roche comme l’eau à l’équateur. Quand le bloc solide bascule, il traverse ce renflement liquide : des morceaux de continent sortent de l’eau, d’autres s’y noient.
Cela ressemble à une montée ou une baisse du niveau des mers, mais Domeier insiste : l’eau reste en place, ce sont les continents qui bougent. Sur les cartes, ce mouvement laisse une signature en forme de trèfle à quatre feuilles. Elle apparaît vers 200, 150 et 100 millions d’années, puis à nouveau entre 30 et 20 millions d’années, soit au moins quatre épisodes. Le signal le plus net, entre 150 et 140 millions d’années, coïncide avec une période où les données magnétiques suggéraient déjà un déplacement rapide, ce qui fait dire à Muttoni que l’étude offre un test indépendant. Domeier avoue que les résultats l’ont pris « par surprise ».
La fonte des glaces, moteur discret du mouvement actuel
Ce qui déclenche ces épisodes reste inconnu.
Personne ne sait non plus de combien les pôles se sont déplacés à chaque fois, et l’amplitude n’est pas chiffrée dans les articles consultés. Comprendre pourquoi ces basculements sont survenus à ces dates précises constitue la prochaine étape logique pour les chercheurs.
Pour le présent, les mesures par satellite sont plus précises. Selon Domeier, le déplacement actuel atteint environ 10 centimètres par an et s’explique surtout par la fonte des calottes glaciaires. Le déplacement de ces masses d’eau rend certaines zones plus denses que d’autres, ce qui déséquilibre la planète, et les couches solides se réajustent pour redistribuer la masse. Les sources consultées ne disent pas si ce mouvement annonce un nouvel épisode de grande ampleur.
Pour comparer : les plaques tectoniques avancent de 1,3 à 10 centimètres par an, soit le même ordre de grandeur, mais par un mécanisme différent.


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