Depuis février 2026, des archéologues de la Ville de Paris et de l’Inrap fouillent deux cours de l’Hôtel-Dieu. Cet été, ils y ont mis au jour un mur mêlant pierre et bois, conservé sur environ 20 mètres. Presque la longueur d’un court de tennis, à quelques pas de Notre-Dame. Son parement porte les traces d’un incendie violent, et il pourrait être le premier vestige matériel du rempart de la Lutèce gauloise.
Faute de preuves, certains situaient Lutèce ailleurs.
À retenir
- Un mur de pierre et de bois de 20 mètres a été découvert sous l’Hôtel-Dieu en juillet 2026
- Les traces de brûlure et un fer de lance gaulois trouvé à sa base suggèrent un contexte de destruction gauloise
- Les datations au carbone 14 placent le mur entre 200 et 10 avant notre ère, couvrant l’année 52 av. J.-C. de la conquête césarienne
Sommaire
Des blocs, des poutres et 2 m de sable derrière
Le ministère de la Culture a présenté la découverte le 23 septembre 2026. La fouille est conduite par le service archéologique de la Ville de Paris (DHAAP) avec l’Inrap, sous le contrôle de la DRAC. Son responsable, David Couturier, dirige les opérations. Découvert en juillet sous l’Hôtel-Dieu, l’ouvrage a été dévoilé à la presse le mercredi.
Le mur associe des blocs de pierre et des pièces de bois posées à l’horizontale. Cette technique est caractéristique des fortifications gauloises de la fin de l’âge du Fer. Les archéologues ont aussi repéré, derrière lui, une plateforme artificielle de sables et de graviers qui atteint près de 2 mètres d’épaisseur.
Ce sable et ces graviers ont été rapportés, donc apportés de l’extérieur et déposés volontairement. Une masse de cette taille, accolée à un mur de pierre et de bois, ressemble à un dispositif de défense, d’où l’idée d’un rempart. La fonction exacte reste à démontrer.
Le radiocarbone donne un premier cadre. Les premières datations au carbone 14 placent les éléments en bois entre 200 et 10 avant notre ère. La fourchette couvre 190 ans, soit l’écart entre 1836 et aujourd’hui si l’on datait un objet du XIXe siècle. Elle englobe 52 av. J.-C., année de la conquête de la région par César, sans qu’on puisse dire à ce stade de quel côté de cette date le mur a été bâti.
Un bâtiment de bois brûlé, un fer de lance, et un texte de César
Devant le mur, les fouilleurs ont trouvé les restes d’un bâtiment en bois détruit par un incendie intense. Le parement lui-même est noirci par le feu. Des graines carbonisées ont aussi été retrouvées à proximité. À la base du mur gisait un fer de lance gaulois, un indice qui oriente vers un contexte gaulois et, peut-être, vers un épisode de combat ou de destruction.
César place Lutèce sur une île de la Seine.
Dans la Guerre des Gaules, le récit est précis sur un point : en 52 av. J.-C., les Parisii mettent eux-mêmes le feu à leur oppidum avant l’arrivée des troupes romaines. Or aucun vestige gaulois n’avait jamais été reconnu sur l’île de la Cité pour confirmer cette scène. D’où l’hypothèse, défendue par certains, d’une Lutèce installée à Nanterre.
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a parlé devant le mur de « vertigineux » et d’une origine « probablement » trouvée pour la ville. Prudence de rigueur : la formule est politique, pas scientifique. Les archéologues, eux, s’en tiennent au conditionnel.
Ce que le mur ne dit pas encore
Deux questions restent ouvertes, et ce sont les plus importantes : à quoi servait exactement ce mur, et quand a-t-il été construit puis brûlé ? Le carbone 14 date la mort des arbres, pas le moment où les poutres ont été mises en place ni celui de l’incendie. Pour relier l’ouvrage au récit de César, il faudra resserrer la chronologie.
Rien ne prouve encore qu’il s’agisse du rempart décrit par César.
La fouille se poursuit pendant plusieurs mois. Les amphores brisées, la pointe de lance et la monnaie trouvées à côté du mur seront étudiées, de même que les couches de sable et de graviers. David Couturier le dit lui-même : « On ne peut pas exclure de nouvelles surprises ».
Pour l’heure, tout ce qu’on peut affirmer tient en une phrase : sous 1 cour de l’Hôtel-Dieu, un mur de pierre et de bois, brûlé, daté entre 200 et 10 av. J.-C., attend de dire à quel moment de l’histoire de Lutèce il appartient.
Sources : futura-sciences.com | epochtimes.fr | ici.fr


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