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On pensait qu’une chauve-souris vampire se contentait de boire du sang : sa salive a fini testée contre l’AVC chez l’humain

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Une petite morsure, quelques millilitres de sang prélevés pendant le sommeil, et une victime qui ne se réveille même pas. Voilà pour la légende. Mais derrière ce scénario digne d’un film d’horreur se cache une mécanique biologique tellement précise qu’elle intéresse aujourd’hui les plus grands laboratoires de recherche cardiovasculaire. Car si la chauve-souris vampire a longtemps été réduite à son image de suceuse de sang inoffensive mais un brin repoussante, sa salive pourrait bien devenir l’un des alliés les plus précieux dans la lutte contre l’accident vasculaire cérébral. Un juste retour des choses pour un animal trop souvent mal aimé.

Une prédatrice bien plus sophistiquée qu’il n’y paraît

Contrairement à ce que l’on imagine souvent, la chauve-souris vampire commune, connue sous le nom scientifique de Desmodus rotundus, ne se jette pas brutalement sur ses proies. Sa technique relève presque de la chirurgie de précision. L’animal commence par lécher délicatement la peau de sa victime, généralement un mammifère endormi, afin de la ramollir. Ce n’est qu’ensuite qu’elle pratique une morsure minuscule et superficielle, si légère que la victime ne semble ressentir aucune douleur et continue souvent de dormir paisiblement pendant tout le repas.

Ce qui rend ce processus fascinant, ce n’est pas tant la morsure elle-même que ce qui l’accompagne. Une fois la peau entaillée, il faut encore que le sang continue de couler pendant plusieurs minutes, le temps que la chauve-souris se nourrisse. Or, le corps possède un mécanisme naturel de défense redoutablement efficace : la coagulation, qui referme rapidement toute plaie. Pour contourner cet obstacle, l’animal a développé au fil de l’évolution une arme chimique particulièrement ingénieuse, dissimulée directement dans sa salive.

La draculine, cette molécule qui empêche le sang de coaguler pendant des heures

Cette arme porte un nom qui ne surprendra personne : la draculine. Cette protéine, présente dans la salive de la chauve-souris vampire, agit comme un puissant anticoagulant naturel. Concrètement, elle empêche le sang de former des caillots, ce qui permet à l’animal de se nourrir tranquillement sans que la plaie ne se referme prématurément. Une fois le repas terminé, l’effet peut perdurer plusieurs heures, laissant parfois la petite blessure continuer à saigner bien après le départ du prédateur nocturne.

Ce qui a intrigué les chercheurs, c’est l’extraordinaire puissance de cette molécule comparée aux anticoagulants déjà connus dans le règne animal ou utilisés en médecine. Les propriétés de la draculine permettraient en effet de tripler la durée pendant laquelle il est encore possible de dissoudre un caillot sanguin après la formation de celui-ci, un détail qui allait s’avérer capital pour la suite de l’histoire.

De la salive de Desmodus rotundus à la desmoteplase, une découverte scientifique inattendue

C’est en étudiant de plus près la composition de cette salive que les scientifiques ont isolé une substance particulière, baptisée activateur de plasminogène salivaire Desmodus rotundus. En clair, il s’agit d’une enzyme capable de dissoudre les caillots sanguins avec une efficacité redoutable. Face à un tel potentiel, les chercheurs ont développé une version synthétique de cette molécule pour un usage médical, qu’ils ont naturellement nommée desmoteplase, en hommage à l’animal qui l’a inspirée.

Cette découverte n’a rien d’anecdotique. Elle a donné lieu à plusieurs essais cliniques d’envergure, notamment les études connues sous les noms de DIAS-2 et DIAS-4, destinées à évaluer l’efficacité et la sécurité de la desmoteplase dans le traitement de l’accident vasculaire cérébral ischémique aigu. Pour rappel, ce type d’AVC survient lorsqu’un caillot sanguin bloque brutalement le flux dans une artère cérébrale, privant une partie du cerveau d’oxygène. Chaque minute compte alors, et c’est précisément là que la molécule issue de la chauve-souris pourrait faire toute la différence.

Un espoir concret pour les victimes d’AVC, entre promesses et prudence scientifique

L’un des principaux atouts de la desmoteplase réside dans sa capacité à élargir la fenêtre d’intervention après un AVC. Habituellement, les traitements anticoagulants doivent être administrés très rapidement après l’apparition des symptômes, ce qui limite considérablement le nombre de patients pouvant en bénéficier. Grâce aux propriétés héritées de la salive de Desmodus rotundus, cette marge de manœuvre pourrait être considérablement allongée, offrant ainsi une seconde chance à des malades pour qui il était jusque-là trop tard.

Les pistes de recherche ne s’arrêtent d’ailleurs pas à l’AVC. Ces anticoagulants extrêmement actifs sont également étudiés dans le cadre de traitements destinés aux personnes ayant subi une crise cardiaque, une pathologie elle aussi provoquée par l’occlusion d’une artère à la suite de la formation d’un caillot. Il convient toutefois de rester mesuré : ces recherches, bien que prometteuses, nécessitent encore du temps avant d’aboutir à des traitements largement disponibles. La complexité du corps humain, les effets secondaires potentiels et la nécessité de dosages précis imposent une prudence de rigueur, propre à toute avancée médicale sérieuse.

Il y a quelque chose de profondément ironique, et presque poétique, dans cette histoire. Un animal longtemps craint et associé à l’imaginaire du vampirisme se révèle finalement porteur d’un espoir bien réel pour la médecine moderne. La draculine, cette molécule tirée de la salive du Desmodus rotundus, est ainsi à l’origine de la desmoteplase, un traitement qui pourrait un jour sauver des vies humaines menacées par un AVC. La nature continue décidément de surprendre, et cette petite chauve-souris nocturne pourrait bien devenir, à sa manière, une héroïne discrète de la recherche médicale. Reste à savoir combien d’autres secrets similaires se cachent encore dans le monde animal, attendant simplement d’être découverts.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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