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On pensait nos chats sourds à leur propre nom : ce qui les trahit quand on les appelle ne dépasse pas quelques millimètres

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Un chat qui reste couché, oreilles baissées, alors qu’on répète son nom pour la troisième fois. La scène est familière dans des millions de foyers, et elle a longtemps servi d’argument massue : les chats seraient sourds à leur propre identité sonore, contrairement aux chiens. Une étude publiée dans la revue Scientific Reports le 4 avril 2019 vient nuancer sérieusement ce constat, et le détail qui change tout tient dans quelques millimètres de mouvement.

Quatre chercheurs japonais, Atsuko Saito, Kazutaka Shinozuka, Yuki Ito et Toshikazu Hasegawa, ont conçu un protocole simple pour trancher la question. Ils ont utilisé une méthode d’habituation-déshabituation pour étudier si les chats domestiques pouvaient distinguer des énoncés humains composés des propres noms des chats, de noms communs, et des noms d’autres chats cohabitant avec eux. Concrètement, un humain prononce quatre mots ordinaires à la suite, puis lâche le prénom du chat. Si l’animal réagit davantage au dernier mot qu’aux précédents, c’est qu’il a repéré la différence.

À retenir

  • Les chats reconnaissent leur propre nom en distinguant les phonèmes, pas seulement l’intonation de la voix.
  • La réaction des chats au leur nom se limite à un mouvement d’oreille ou de tête de quelques millimètres.
  • Les chats vivant en bar à chats ne distinguent pas leur nom des autres noms félins, contrairement à ceux en foyer.

Sommaire

  1. Le protocole qui piège l’indifférence apparente
  2. Une réaction minuscule, presque invisible
  3. L’anomalie du bar à chats
  4. Ce que cette étude change concrètement

Le protocole qui piège l’indifférence apparente

La logique de l’habituation-déshabituation repose sur un principe simple : un organisme qui entend plusieurs fois le même type de stimulus finit par s’en désintéresser. Si un stimulus nouveau relance soudain son attention, c’est la preuve qu’il perçoit une différence. C’est exactement ce schéma que les chercheurs ont observé chez les chats de foyers ordinaires.

Les chats habitués à la présentation en série de quatre noms communs différents, ou de quatre noms de chats cohabitants, ont montré un rebond significatif de réaction lors de la présentation ultérieure de leur propre nom. Ce résultat tient même dans des conditions plus exigeantes. Ces chats ont distingué leurs propres noms des noms communs même lorsque des personnes inconnues les prononçaient. l’animal ne reconnaît pas seulement la voix familière de son propriétaire : il isole une structure sonore précise, quel que soit l’émetteur.

Le résultat global est net. Ces résultats indiquent que les chats sont capables de distinguer leurs propres noms des autres mots. Et les auteurs vont plus loin dans leur interprétation. Ils concluent que les chats peuvent discriminer le contenu des énoncés humains sur la base de différences phonémiques. Le chat ne réagit donc pas à une émotion perçue dans la voix, mais à la sonorité même du mot.

Une réaction minuscule, presque invisible

Voici le cœur du malentendu qui alimente la légende du chat sourd à son nom. Les chercheurs ont catégorisé les réponses observées en deux familles : les réponses communicatives (miaulement, mouvement de queue, déplacement) et les réponses d’orientation (mouvement d’oreille, mouvement de tête). Sur l’ensemble des expériences, plus de la moitié des chats ont réagi aux stimuli vocaux en bougeant les oreilles et la tête ; moins de 10 % des chats ont manifesté une vocalisation, un mouvement de queue ou un déplacement.

Un pivot d’oreille. Voilà tout ce qu’on obtient, la plupart du temps.

Cette proportion ne varie pas selon la nature du mot testé. Cette tendance ne différait pas selon que les stimuli étaient des noms communs, des noms d’autres chats, ou le nom propre du chat testé. Le chat traite donc l’information sonore de la même façon, qu’il s’agisse d’un mot neutre ou de son identifiant personnel, sauf que dans ce dernier cas, la réaction est statistiquement plus forte au moment du changement de stimulus. Ce n’est pas un chat qui bondit et répond « présent » comme le ferait un chien bien dressé : c’est une oreille qui pivote de quelques degrés, une tête qui s’incline d’un ou deux centimètres, parfois moins.

Ce constat rejoint un travail antérieur des mêmes équipes de recherche japonaises sur la reconnaissance vocale des propriétaires. Les chats répondaient aux voix humaines non par un comportement communicatif (vocalisation et mouvement de queue), mais par un comportement d’orientation (mouvement d’oreille et mouvement de tête), et cette tendance ne changeait pas même lorsqu’ils étaient appelés par leurs propriétaires. Le chat écoute, il traite l’information, mais il ne se sent statistiquement jamais obligé de répondre par une action visible.

L’anomalie du bar à chats

Un détail de l’étude casse la belle unanimité du résultat, et il est riche d’enseignements sur la façon dont un chat apprend son propre nom. Les chercheurs ont testé une seconde population, celle des chats vivant dans un bar à chats japonais, ces établissements où des clients paient pour boire un café en compagnie de plusieurs félins en liberté.

Il n’y avait aucune différence dans la discrimination de leurs propres noms par rapport aux noms communs entre les chats du bar à chats et les chats de foyers, mais les chats du bar à chats ne distinguaient pas leurs propres noms des noms des autres chats cohabitants. Ces animaux savent donc toujours reconnaître leur nom face à un mot quelconque. Ce qui leur échappe, c’est la distinction plus fine entre leur nom et celui de leurs colocataires félins.

Les auteurs avancent une explication liée au contexte social de ces lieux. Peut-être que différents clients du café prononcent les noms avec des intonations différentes, ou peut-être que les clients disent le nom d’un chat sans offrir de récompense, par exemple si un visiteur appelle le chat A mais que c’est le chat B qui approche et reçoit les caresses et friandises à sa place. Dans un foyer classique, le nom du chat reste associé de façon cohérente à la même voix, aux mêmes gestes, aux mêmes récompenses. Dans un bar à chats, cette cohérence s’effondre, et l’apprentissage de la distinction entre noms propres devient plus fragile.

Ce que cette étude change concrètement

La prochaine fois qu’un chat ignore son nom sans un battement de cil, l’oreille aura probablement bougé de quelques millimètres avant même que le mot soit terminé. Ce mouvement, aussi discret soit-il, signe une capacité de discrimination phonémique que peu de propriétaires soupçonnaient chez leur animal. Reste une question ouverte que l’étude ne tranche pas : savoir si le chat associe réellement son nom à une identité, ou seulement à un signal annonçant une caresse, une gamelle ou, moins agréablement, une visite chez le vétérinaire.

Sources : nature.com | link.springer.com

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