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On pensait le mariage de Ted Bundy en pleine audience unique en son genre : chaque année, des milliers de femmes écrivent à des tueurs condamnés avec la même idée en tête

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Imaginez la scène : un tribunal, des caméras qui tournent en direct, un accusé jugé pour des crimes atroces, et pourtant, au beau milieu de l’audience, un mariage qui se conclut en union légale. Ce n’est pas une fiction hollywoodienne, mais un fait réel survenu lors du procès de Ted Bundy en 1979. Ce moment, aussi troublant que fascinant, ouvre une fenêtre sur un phénomène qui continue d’interroger : pourquoi certaines femmes tombent-elles amoureuses d’hommes reconnus coupables des pires atrocités ? Ni la peur, ni la pitié ne semblent expliquer ce type d’attachement. Plongée dans les mécanismes psychologiques et médiatiques qui se cachent derrière ces histoires troublantes.

À retenir

  • Le procès de Ted Bundy en 1979, retransmis nationalement, a transformé l’accusé en figure médiatique suscitant fascination et admiration chez certaines spectatrices
  • Le phénomène s’observe aussi chez Charles Manson et les frères Menendez, comme l’illustre la relation d’Afton Burton avec Manson, marquée par une défense aveugle de son innocence
  • Les spécialistes évoquent l’hybristophilie, une attirance envers les auteurs de crimes graves, bien que ce concept n’explique pas totalement ce phénomène qui reste rare et exceptionnel

Un mariage célébré en pleine salle d’audience

Le procès de Ted Bundy, tenu en 1979, restera dans les mémoires comme l’un des événements judiciaires les plus singuliers du vingtième siècle. Alors que l’accusé faisait face à des charges d’une gravité extrême, il a choisi ce cadre pour officialiser son union avec une femme qui le suivait et le soutenait depuis longtemps. Ce mariage, célébré au cœur même de la procédure, illustre à quel point la frontière entre fascination publique et intimité personnelle pouvait s’effondrer dans ce contexte particulier.

Cet épisode ne relève pas de l’anecdote isolée. Il révèle un phénomène plus large : celui de femmes attirées non pas malgré les crimes commis, mais parfois en partie à cause de la notoriété qu’ils génèrent. Un mariage célébré dans un tribunal, sous le regard du public, devient alors le symbole d’une fascination qui dépasse largement le simple fait divers.

Le procès Bundy, vitrine inattendue d’une fascination collective

Ce qui rend le procès de Bundy si particulier, c’est qu’il fut l’un des premiers procès pour meurtre retransmis nationalement aux États-Unis. Cette exposition médiatique inédite a transformé l’accusé en une figure connue de tous, suscitant un engouement que peu auraient pu anticiper. Loin de provoquer uniquement rejet et effroi, la diffusion en direct a alimenté une véritable curiosité, voire une forme d’admiration chez certaines spectatrices.

Ce mécanisme illustre un paradoxe troublant : plus un accusé devient visible médiatiquement, plus il attire l’attention, parfois jusqu’à susciter des sentiments amoureux chez des personnes qui n’ont pourtant aucune connaissance directe de lui. La télévision, en rendant le procès accessible à tous, a ainsi involontairement contribué à construire une aura autour de Bundy, brouillant la perception de ses actes.

Menendez, Manson : quand la notoriété criminelle attire plus que la peur

Le cas de Bundy n’est pas unique. En 1993, le procès des frères Lyle et Erik Menendez, accusés d’avoir tué leurs propres parents, a lui aussi attiré son lot d’admiratrices. Cette répétition du phénomène à travers différentes affaires suggère qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais bien d’une dynamique récurrente liée à la médiatisation des grands procès criminels.

Charles Manson incarne également cette fascination paradoxale. Chef de la tristement célèbre Manson Family, il fut condamné en 1971 pour les meurtres de Sharon Tate et de six autres victimes commis en 1969, bien qu’il n’ait tué personne de ses propres mains. Sa peine de mort initiale fut commuée en prison à vie après la suspension temporaire de la peine capitale en Californie en 1972. Ce statut particulier, entre commanditaire et figure connue du grand public, a contribué à nourrir une notoriété durable, bien après la fin de ses activités criminelles actives.

Afton Burton et Charles Manson, l’histoire d’une dévotion aveugle

L’histoire d’Afton Burton illustre à quel point cette fascination peut aller loin. Née après que Manson soit déjà mondialement connu, elle a commencé à correspondre avec lui à l’âge de dix-sept ans, après avoir découvert ses écrits sur l’environnement par l’intermédiaire d’un ami. Cette rencontre épistolaire allait bouleverser sa vie : elle a dépensé toutes ses économies pour quitter l’Illinois et s’installer en Californie, afin de se rapprocher physiquement de l’homme qu’elle admirait.

Leur relation a franchi une étape symbolique lorsque Burton et Manson ont obtenu leur licence de mariage le 7 novembre 2014, même si l’union n’a finalement jamais eu lieu. Tout au long de cette relation, Burton a publiquement défendu l’innocence de Manson, le présentant comme un environnementaliste emprisonné à tort, en dépit de preuves accablantes établissant sa responsabilité dans les crimes commis par sa communauté. Cette dévotion, presque aveugle, montre à quel point certaines personnes peuvent reconstruire une image idéalisée d’un individu, en ignorant délibérément la réalité des faits qui lui sont reprochés.

L’hybristophilie, ce mot qui explique l’inexplicable attirance

Pour comprendre ce type de comportement, les spécialistes évoquent le concept d’hybristophilie, une attirance sexuelle ou sentimentale envers les auteurs de crimes graves. Ce terme, bien que peu connu du grand public, permet de nommer un phénomène qui existe depuis longtemps, sans pour autant en expliquer totalement les ressorts profonds.

Au-delà de cette attirance spécifique, d’autres facteurs entrent en jeu : l’attrait pour la notoriété médiatique que confère une relation avec une figure connue, ou encore le fantasme de changer un homme malgré la gravité de ses actes. Il est toutefois essentiel de rappeler que la grande majorité des femmes évitent naturellement ce type de relation, ce qui rend ces cas d’autant plus exceptionnels et dignes d’être étudiés de près. Ces histoires, aussi rares soient-elles, révèlent des mécanismes psychologiques complexes, où la frontière entre fascination et déni de la réalité devient particulièrement floue.

Ces récits, aussi dérangeants soient-ils, mettent en lumière la puissance du regard médiatique et la capacité de certains individus à projeter leurs propres désirs sur des figures pourtant marquées par des crimes indéniables. Entre fascination pour la célébrité, besoin de reconnaissance et désir de rédemption par procuration, ces histoires continuent de questionner notre rapport collectif à la justice, à l’image publique, et aux zones d’ombre de la psychologie humaine.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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