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Le scandale Barings a éclipsé presque tout le reste. Pourtant, pendant son incarcération à la prison de Tanah Merah à Singapour, Nick Leeson a affronté une épreuve médicale aussi redoutable que le chaos financier qu'il avait provoqué.
Son parcours face au cancer colorectal, peu médiatisé à l'époque, mérite d'être raconté. Il illustre comment le mental, la vigilance médicale et une certaine lucidité sur ce qu'on peut ou non contrôler peuvent changer une trajectoire de vie.
Un diagnostic derrière les barreaux, une tumeur qui s'étend en silence
Tout a commencé par des vertiges. Nick Leeson raconte qu'il passait ses journées allongé au sol, et qu'en se relevant, des étourdissements intenses le saisissaient. À 30 ans, ce symptôme aurait dû alerter. Il ne l'a pas pris au sérieux. C'était, dit-il aujourd'hui, le signal le plus évident qu'il a ignoré.
La tumeur a continué de grossir sans être détectée. Puis vinrent les douleurs abdominales aiguës, les modifications du transit intestinal. L'issue fut dramatique : un poumon s'est effondré sous la pression de la masse tumorale. Leeson a perdu connaissance et a été opéré en urgence en 1998. Les chirurgiens ont retiré une tumeur dont la taille avoisinait celle d'une balle de softball.
Le pronostic établi après l'opération donnait à Leeson une chance sur deux de passer le cap des cinq ans. Toujours incarcéré, il a ensuite subi une chimiothérapie intense, organisée en cycles de cinq jours de traitement suivis de trois semaines de pause, pendant six mois. Deux ouvrages lui ont servi d'appui moral : un guide médical sur le cancer colorectal et un recueil de témoignages de survivants. Ces lectures, dit-il, portaient un message positif malgré leur dureté.
Voici les signaux précurseurs que Leeson avait pourtant ressentis avant le drame :
- Des vertiges fréquents en position debout.
- Des changements dans le transit intestinal.
- Des douleurs abdominales en coups de poignard.
- Un effondrement pulmonaire causé par la progression tumorale.
Pendant son séjour en prison, les médecins lui diagnostiquent un cancer colorectal au sombre pronostic qui ne lui laisse que peu de chance de survie. © « Rogue Trader » Nick Leeson, iStock
Après le cancer : le mental comme premier médicament
Nick Leeson a été libéré en 1999. Depuis, il a effectué au moins dix coloscopies de contrôle. Aucune récidive n'a été détectée. À 59 ans, il s'exprime avec une franchise désarmante sur ce que cette expérience lui a appris.
Pour lui, la guérison ne passe pas par la culpabilisation ni par la spirale de l'apitoiement. « Il n'y a aucun intérêt à se laisser emporter par la dépression ou la négativité », affirme-t-il. L'auto-commisération a sa place, mais brièvement. Ce qui compte, c'est d'avancer.
Sur le plan médical, il privilégie le contact direct avec son spécialiste plutôt que les recherches en ligne. Chercher ses symptômes sur internet, dit-il, peut s'avérer dangereux. Un suivi régulier et une communication ouverte avec son médecin restent ses seules boussoles.
Sa routine physique comprend trois à quatre séances hebdomadaires de renforcement musculaire, complétées par du vélo d'appartement. Il reconnaît manger encore beaucoup de viande rouge, de glaces et de gâteaux, en dépit des recommandations de son oncologue. Les spécialistes en oncologie digestive rappellent pourtant que limiter viandes transformées, sucres ajoutés et alcool réduit significativement le risque de cancer colorectal.
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Trente ans après le scandale Barings et sa bataille contre le cancer du côlon, Nick Leeson prouve qu'on peut traverser l'inimaginable et continuer à vivre pleinement, à condition de ne jamais ignorer son corps.


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