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"On n’emmène pas Spirou quelque part. C’est lui qui nous emmène"

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Spirou, c'est aussi un magazine hebdomadaire. Un des derniers survivants de la grande période de la presse BD...

"Les chiffres sont assez bons, mais ils sont sous pression. Le magazine Spirou connaît deux contraintes majeures. Le premier, c'est que la presse perd ses points de vente et que la presse est en danger, quelle que soit sa forme. Le journal Spirou fait face aussi à la question des objets dits "tous publics", que les enfants et les parents regardent en même temps. Le magazine Spirou a cette prétention de réunir la famille, là où Mickey, Picsou ou J'aime lire ne s'adressent qu'aux plus jeunes. Ces objets "tous publics" ont tendance à disparaître."

Pourquoi cette tendance ?

À cause de l'apparition des plateformes de contenu vidéo à partir de 2015. Elles ont amené une culture de la cible. On vous définit votre profil et on essaie de vous adresser un contenu culturel pensé pour vous. Ça a fragmenté le lectorat. Et ce qu'on a appelé le "tous publics" est passé de 50 à 60 % de la consommation en 2015 à 10 % en 2020. On peut dire qu'en 5 ans, il y a eu un effondrement du public qui était la cible de Spirou depuis sa naissance. On essaie de faire notre transition, mais doucement.

Les amis de Spirou dans la résistance

On a vu, parallèlement, un développement assez rapide des séries nées de l'univers de Spirou, comme Mademoiselle J, Zorglub, Champignac, La Bête et demain Seccottine…

C'est une évolution qui s'inspire de ce qui se fait aux États-Unis. Les Américains ont très rapidement compris qu'un héros, c'était le vecteur d'un monde dans lequel on pouvait explorer à l'infini. Aujourd'hui, si vous me demandez ce qu'est Spirou, c'est presque plus un monde qu'un personnage. Et à partir du moment où vous habitez un monde, très vite, vous voyez une galerie de héros, de guides qui pourraient vous emmener dans des territoires différents.

Les personnages qui sont développés ciblent des lectorats assez précis. Mademoiselle J, pour un public plus féminin ado, Champignac pour un public plus adulte, Super groom vers les amateurs de comics…

C'est pas faux. Mais il faut savoir que chez nous, en Europe, ce n'est pas une stratégie clairement déterminée. Toutes ces initiatives viennent des auteurs, de leurs envies…

Ce n'est pas l'éditeur qui insuffle ces projets ?

Ça peut arriver, mais c'est assez rare. On commande peu de choses. On essaye de cadrer des initiatives, des désirs, des intuitions. On n'arrive pas à se dire que la création peut être la pensée d'une industrie. Il faut que ça vienne d'humains. Les Américains sont beaucoup plus à l'aise pour dire qu'ils ont des propriétés. Que ce sont des gestionnaires de propriétés et qu'ils ont des stratégies de gestion de propriétés. Nous, Spirou, on a conscience qu'il faut le ranger, le réorganiser parce qu'on sent que les gens sont un peu perdus parfois. Mais on n'a pas de stratégie. On n'emmène pas Spirou quelque part. C'est lui qui nous emmène.

Spirou, une mascotte quasi nonagénaire qui n'en finit pas de multiplier les aventures

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