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«On lui a servi de bouclier, on était ses otages» : Christian Malard raconte son interview exclusive avec l’ayatollah Khomeini

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RENCONTRE - Grand reporter pendant plus de 20 ans, l’éditorialiste international de la chaîne i24 raconte les dessous de sa carrière et donne sa vision de l’Iran dans le contexte actuel.

Christian Malard a été l’un des visages phares du reportage français depuis près de cinquante ans à la télévision française, notamment sur la question de l’Iran. Le journaliste a démarré sa carrière en 1974, en étant «chargé de faire des programmes en français dans la région anglophone du Canada pour une annexe de CBC», nous explique-t-il lors d’un entretien. Tout bascule pour lui lorsqu’il devient grand reporter pour RTL au début des années 1980. Il interviewera par la suite «tous les présidents américains, de Jimmy Carter  à George W. Bush », mais aussi leurs homologues russes, notamment trois fois Vladimir Poutine, ainsi que les présidents français, «à peu près tous les premiers ministres israéliens» et les chefs des États arabes, entre autres.

«Il faut avoir de la chance dans ce métier», explique ce Caennais à l’heure de revenir sur les grandes heures de sa carrière. Pourquoi ? Christian Malard raconte deux anecdotes autour de ses interviews de Jimmy Carter et de Richard Nixon. «Je vois une femme, chevelure argentée, petit bonnet vert et blanc, qui était là et scandait “Vote for Carter”. Alors, je m’approche d’elle, je lui dis : “Madame, vous êtes une supportrice de Carter ? Venez, on va prendre un verre de thé”. Elle me dit “Monsieur, je suis sa tante». Après deux heures à discuter avec elle, la parente du candidat à la Présidentielle fait une promesse à Christian Malard : «Jimmy va être élu président. Il va y avoir la convention démocrate au Madison Square Garden à New York. Je vais vous faire inviter et vous verrez toute la famille en privé». C’est comme ça que le journaliste a obtenu «la première interview pour l’Europe de Jimmy Carter». Ou encore l’interview de Richard Nixon que le journaliste a décroché en l’approchant dans un salon d’aéroport, sollicitant une interview lors d’un petit déjeuner servi dans la première classe de l’avion, où ils s’y trouveraient tous les deux. «Que du hasard», note-t-il.

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Interview historique

Christian Malard se souvient de son interview historique de l’ayatollah Khomeini. En 1979, seulement 149 journalistes obtiennent l’autorisation de monter à bord de l’avion du guide suprême d’Iran, Rouhollah Khomeini, pour un entretien exclusif lors de son retour en Iran, après son exil en France. Trois médias français sont présents : Le Nouvel ObsEurope 1 et RTL, que représente Christian Malard. L’interview se passe en vol et quatre jours plus tard, la chance tourne en faveur du journaliste. Chapour Bakhtiar, ancien Premier ministre d’Iran, dit aux trois journalistes français présents à bord de l’Airbus Air France : «Messieurs, vous avez voyagé avec ce vieux grigou. Sachez une chose : les 149 journalistes, vous lui avez servi de bouclier. Vous étiez ses otages», affirme le haut placé d’Iran. Il continue : «Si vous n’aviez pas été à bord, ce que je peux vous affirmer, c’est que les Israéliens descendaient l’avion». D’après Christian Malard : «C’est ça qui a changé le cours de l’histoire». Il finit par nous confier : «Je dis toujours à mon épouse : “tu as épousé est un survivant”».

« Khomeini avait un rituel de fin d’interview, c’était de dire : “Morg Bach Chah”. Ce qui signifie : “Mort au Shah”. »

Christian Malard

Le journaliste et l’ancien guide suprême se voyaient fréquemment à Neauphle-le-Château (Yvelines), endroit où le chef religieux iranien était en exil dans le cadre de son asile politique. «Pendant quatre mois, tous les jours, je faisais les allées et venues entre la rédaction de RTL et Neauphle-le-Château», affirme Christian Malard, qui se souvient des habitudes de l’ayatollah Khomeini, de son regard bas et de ce rituel de fin d’interview : «Khomeini nous parlait de l’Iran, de la charia, de sa façon de voir les choses. Il avait un rituel de fin d’interview, c’était de dire : “Morg Bach Chah”. Ce qui signifie : “Mort au Shah”.»

Christian Malard nous explique que Rouhollah Khomeini «avait toujours les yeux fermés». À tel point que le journaliste ne connaissait pas la couleur des yeux de celui qui se trouvait en face de lui. «Un jour, au moment des fêtes de Noël, j’avais rendez-vous le 23 ou le 24 décembre. Je voulais lui demander, en tant que religieux chiite, s’il avait un message à adresser aux chrétiens. Je prenais des risques. Et là... il a levé les yeux. J’ai découvert son regard bleu». L’animateur actuel de l’émission «Malard en liberté» sur i24 s’interroge sur une potentielle cécité du guide suprême iranien et son regard toujours baissé. Autre hypothèse : «il ne veut pas affronter la réalité et n’aime pas qu’on le regarde en face».

« On essayait de tirer quelques éléments de vérité au milieu du bordel général »

Christian Malard

Lors de ses nombreux reportages terrain en Iran, Christian Malard s’agaçait de «se faire balader» par les locaux. «Au bout de quatre mois, j’ai dit “ça commence à bien faire. Maintenant, on va prendre le taureau par les cornes. On va quand même se renseigner et arrêtez d’écouter le premier venu qui nous balance n’importe quoi”». Selon le journaliste, c’était la règle avec «les Occidentaux, qui étaient ceux qui ne connaissaient pas le pays, ni le régime». «On essayait de tirer quelques éléments de vérité au milieu du bordel général», se souvient-il. Aujourd’hui, l’intéressé est éditorialiste. Un métier très différent de celui de grand reporter. «Éditorialiste, je fais ce que je veux. Je choisis les thèmes qui m’intéressent». Il soutient : «Être éditorialiste, c’est livrer un exercice de pensée, d’analyse libre, sans contrainte. Ça, c’est appréciable. Liberté totale. En tant que correspondant, on raconte plus les faits qu’on les analyse». Lorsque l’on demande à Christian Malard si les reportages lui manquent, sa réponse est rapide et toute trouvée : «Non, j’ai beaucoup donné».

Souvenir glaçant

Il image sa pensée par un souvenir qui lui rappelle la dureté du terrain : «Quand l’avion de Khomeini a été posé sur le tarmac de l’aéroport de Téhéran, au pied de la passerelle il y avait quatre millions d’Iraniens ! Quatre millions, qui voulaient embrasser une main, un pied de l’ayatollah». C’est là que l’expédition tourne mal pour le journaliste : «Dans ces circonstances, j’ai été déséquilibré. C’est un de mes copains du magazine Le Point  qui m’a sauvé. Il a vu que je commençais à être piétiné, et il m’a tiré de là». Il nuance tout de même ce souvenir glaçant d’un enseignement : «Il faut passer par le travail sur le terrain, c’est important. Pour mieux appréhender la réalité, c’est fondamental».

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Christian Malard a démarré sa carrière de journaliste il y a 52 ans. Hilare, il se remémore Georges Penchenier, grand reporter également, qui lui a dit : «Je vais vous passer le relais, mais sachez une chose, c’est que vous avez encore du temps devant vous. Le jour où vous quitterez ce métier, le problème israélo-arabe ne sera toujours pas résolu». «On en est là aujourd’hui», conclut-il sur un ton taquin. Malard redevient plus sérieux, et avec le recul de sa carrière, partage son opinion sur les formats éditoriaux d’aujourd’hui. «Je dirais que dans le monde audiovisuel, on a besoin davantage de longs magazines pour tout expliquer». D’après lui, nous sommes rentrés dans «une ère» qu’il appelle le «“fast-food” audiovisuel».

Pourquoi ce terme ? Christian Malard retient que, de nos jours, les chaînes télévisées essayent de produire un maximum d’informations qui sont «globalement sérieuses», mais qu’il manquerait un «appui avec des explications de textes». L’idée est de «faire participer les gens, poser des questions, interroger des personnes sur place». D’après l’ancien éditorialiste de France TV, le rôle d’un journaliste est simple : «Donner au téléspectateur, à l’auditeur ou au lecteur, les clés de compréhension». Si selon lui, «on ne peut pas tout traiter», il faut du moins choisir «des angles d’attaques importants» et «resserrer, ne pas faire de délayage» parce que «le téléspectateur perd l’attention au bout de deux minutes», soit le temps d’un sujet (radio) parfait, selon lui.

« Il faut isoler l’Iran et éradiquer les 200 000 gardiens de la révolution qui sont tous des types endoctrinés, purs et durs. Idem pour l’armée de 100 000 hommes »

Christian Malard

Avec son œil d’expert, impossible pour Christian Malard de ne pas réagir à l’actualité brûlante entre les soulèvements et les bombardements en Iran. Quand beaucoup, dans l’actualité et sur les réseaux sociaux, se demandent si l’on est proche d’un troisième conflit mondial, lui pense que tant que la Russie et la Chine ne «rentrent pas dans la danse, on ne peut pas appeler ça un risque de conflit mondial». Mais également que l’on a «sous-estimé la résilience et la résistance des gardiens de la Révolution». Le journaliste ne se fait guère d’illusions : les «gardiens de la révolution endoctrinés ne se rallieront pas à une force extérieure qui prendra le relais puis la succession».

Pour lui, c’est un moment d’histoire décisif que l’on vit actuellement. La seule issue possible porte un nom : Reza Pahlavi. Pour l’éditorialiste, ce dernier «s’impose comme l’homme de la transition pour permettre aux Iraniens d’avoir une démocratie, de voter librement puisqu’il veut une démocratie laïque». Et Christian Malard de poursuivre : «Reza Pahlavi et Donald Trump  demandent au peuple de se soulever, de choisir son avenir». Cela suffirait-il pour anéantir le régime iranien ? L’éditorialiste conseille «d’isoler l’Iran» et «d’éradiquer les 200 000 gardiens de la révolution qui sont tous des types endoctrinés, purs et durs. Idem pour l’armée de 100 000 hommes», conclut l’ancien grand reporter à l’international.

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