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"On est libre, entre guillemets" : le Brésil, un pays coupé en deux

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Publié le 25/10/2026 20:47 Mis à jour le 25/10/2026 20:48

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Article rédigé par France 2 - V. Lerouge, F. Lothaire, M. Niewenglowski, A. de Matosa, E. Frosio, A. Brodin. Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

Le Brésil retient son souffle, dimanche 25 octobre : 160 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour le second tour de la présidentielle, qui oppose le président sortant Lula à Flavio Bolsonaro, de fils de l'ancien président d’extrême droite condamné pour tentative de coup d’État. Après une campagne âpre, marquée par les questions de sécurité, les tensions se sont propagées jusque dans les bureaux de vote.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Week-end crucial et sous haute tension, à Rio (Brésil). Dans un quartier nord de la ville, il a fallu délocaliser plusieurs bureaux de vote pour des raisons de sécurité, et le faire savoir aux électeurs. "Vous mettez bien le panneau d'identification de la section sur chaque porte de l'école", indique Vanilton Vieira, le président du bureau de vote. Les bureaux sont éloignés de la favela, regroupés avec d'autres, sur décision du tribunal fédéral électoral. "Ici, les volontaires qui tiennent le bureau peuvent travailler plus en sécurité. Ils ont plus d'autonomie pour remplir leurs missions. Car la favela est contrôlée par les trafiquants", poursuit Vanilton Vieira.

Les urnes électroniques ont été apportées samedi 24 octobre, et surveillées toute la nuit par la police militaire. "Comme les policiers ne peuvent pas venir dans la favela, avant les urnes devaient arriver le même jour. C'était compliqué. Maintenant, elles arrivent la veille et ils peuvent dormir ici", explique Carla Caldas, assesseuse.

Auparavant, le bureau de vote se situait un peu plus loin de l'autre côté de la route, dans une autre école, au pied de la favela. "C'est un des bureaux de vote déplacés à cause du trafic de drogue", montre Artur Viana, 29 ans, qui a toujours vécu ici. Le bâtiment est situé au cœur d'une guerre de territoire qu'il connaît bien. "À droite, c'est le commando Terceiro qui contrôle la zone entre les rues Esperança et Sapateiro. À gauche, c'est le commando Vermelho, et il y a aussi une milice qui contrôle un secteur un peu plus haut qui fait aussi partie de la favela", détaille-t-il.

Le quartier est régulièrement secoué par des violences. Les façades et fenêtres en portent les stigmates. Mercredi dernier encore, des coups de feu ont retenti en plein milieu de la circulation. Il y a un mois, une opération du raid brésilien a fait trois morts et six blessés, avec une impressionnante saisie d'armes et de drogue. Filmer y est compliqué, même accompagné. Deux hommes armés de fusils-mitrailleurs ont interdit à l'équipe de France Télévisions d'avancer. Ils appartiennent au commando Vermelho, aux initiales CV, taguées un peu partout dans le quartier. Les habitants sont habitués et s'en accommodent. "Il faut toujours rester vigilant. Par exemple, quand tu rentres en voiture ici, il faut baisser les vitres pour voir qui se trouve à l'intérieur", raconte un homme. "Il y a des règles de conduite, une politique qu'il faut suivre à la lettre. On est libre, entre guillemets", ajoute un autre.

L'insécurité est un thème qui a dominé la campagne. Les jours de vote, la pression s'accroît sur les habitants avec des tentatives de corruption, un billet à la clé. "Généralement, c'est entre 10 et 20 euros. Ça dépend. On appelle ça la 'boca de urna', la bouche des urnes. C'est quand on te paye pour voter pour tel ou tel candidat. Ça a toujours existé depuis des années", assure un homme.

Une raison supplémentaire pour avoir déplacé les bureaux de vote, au risque de décourager des électeurs. "On a dû prendre les transports, le bureau de vote était complètement bondé, des personnes ont fait des malaises. Pour nous, ça a été une grosse contrainte comparée à avant où on pouvait aller voter tout près de chez nous", déplore une femme. "Au total, dans l'État de Rio, 72 bureaux de vote ont été déplacés pour des raisons de sécurité, avec un impact sur l'abstention : + 6 points au premier tour par rapport à celui de 2022. À voir si les électeurs de ces favelas vont retrouver le chemin de leur nouveau bureau de vote aujourd'hui", conclut Valéry Lerouge, envoyé spécial au Brésil 

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