En ce premier soir de ramadan, l’ambiance aurait dû être à la fête dans le quartier de Faisal, sur la rive ouest du Nil au Caire, où vit une importante diaspora soudanaise qui a fui la guerre. Normalement, des tables auraient dû être dressées dehors, le long des ruelles étroites, et l’iftar (la rupture du jeûne) aurait dû être partagé entre voisins, conformément aux coutumes soudanaises. A la place, seuls quelques adolescents jouent avec des pétards devant des échoppes aux rideaux tirés. Les adultes, eux, sont restés à la maison. Et pour cause: depuis deux mois, les autorités égyptiennes traquent les réfugiés, les interpellent et les expulsent, indépendamment de leur statut légal.
Dans un appartement spartiate situé dans un de ces immeubles gris disposés en rangées serrées, Ali, Ahmed et Mohammed (pour des raisons de sécurité, nous ne donnons que leurs prénoms), trois jeunes hommes arrivés progressivement au Caire depuis le début de la guerre au Soudan, acceptent de nous raconter les rafles en cours. Mais avant de commencer, ils vérifient qu’il n’y a personne dans la cage d’escalier, et nous invitent à nous asseoir dans la chambre à coucher, le plus loin possible de la porte d’entrée. Vu la situation actuelle, aucune précaution n’est superflue.


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