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"On est dans une guerre de communication" : la Chine dévoile un titanesque porte-avions spatial

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La Chine a présenté en début d'année, un colossal porte-avions spatial. S'agit-il d'une réelle avancée technique et militaire, ou de science-fiction ?

Publié le 05/02/2026 17:46

Temps de lecture : 5min

Une modélisation du porte-avions Luanniao diffusé par CCTV, média d'État chinois. (CAPTURE YOUTUBE) Une modélisation du porte-avions Luanniao diffusé par CCTV, média d'État chinois. (CAPTURE YOUTUBE)

La Chine a présenté, début janvier, ce à quoi pourrait ressembler son colossal porte-avions spatial, baptisé Luanniao, pièce maîtresse de son projet militaire spatial Nantianmen (Porte céleste du Sud) lancé en 2017.

Le 9 janvier, CCTV, la télévision d'État, diffuse une vidéo de modélisation du bâtiment de guerre spatial en cours de développement. Luanniao est un vaisseau de "242 mètres de long" et de "684 mètres d'envergure" de "100 000 tonnes", capable d'embarquer "88 drones de combat" Xuan Nu et d'atteindre la "limite de l'atmosphère terrestre", annonce Pékin.

En comparaison, le plus grand porte-avions du monde actuellement est américain : l'USS Gerald-R. Ford mesure 337 mètres de longueur et 78 mètres de largeur. Le porte-avions français, le Charles-de-Gaulle mesure de son côté 261,50 mètres de longueur et 65 mètres de largeur.

Pour la première fois, les commentateurs chinois affirment que ce projet digne de Star Trek ou de Star Wars ne relève plus du fantasme. Pékin précise que Luanniao et les différents engins de l'arsenal Nantianmen sont encore au stade de concepts mais "la question n’est pas de savoir" si ces technologies "verront le jour, mais lesquelles seront réalisées en premier, et quand".

"Les Chinois ont une capacité d'innovation très impressionnante, parce qu'ils sont capables d'y mettre énormément de moyens humains et bien sûr de moyens financiers", estime le général le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale. Il constate notamment une "accélération du rythme de modernisation des équipements dans tous les domaines, que ce soient les armements terrestres, les armements, même l'armement maritime, les bateaux, les avions et le spatial".

Concernant Nantianmen, "il faut être très prudent, parce que dans le domaine spatial tout est compliqué", nuance le général. "Ce sont des technologies très complexes et il faut progresser pas à pas", ajoute Jérôme Pellistrandi, assurant que "les Américains conservent plusieurs longueurs d'avance" dans ce domaine. "Pour les Chinois, dit-il, la priorité absolue n'est pas tant ce type d'engin que d'arriver sur la Lune".

"Ces démonstrations de force s'adressent essentiellement aux États-Unis pour montrer que la Chine est compétitive", explique le général, alors que le président américain Donald Trump veut développer son "Golden Dome" qui prévoit des capacités d'interception de missiles installées dans l'espace. "On est dans une guerre de communication et de la technologie", analyse Jérôme Pellistrandi.

Aux États-Unis, certains analystes questionnent la faisabilité du projet. "Pékin veut vous faire croire qu’il construit des porte-avions volants", titre The National Interest. Dans l'article son auteur, Brandon J. Weichert estime que les annonces chinoises s'inscrivent dans une "campagne de propagande plus large" qui vise à inciter les États-Unis faire des dépenses excessives. Toutefois, il appelle à ne pas sous-estimer la Chine et à suivre le projet avec attention.

À l'heure actuelle, lancer une plateforme de 100 000 tonnes dans les airs "semble difficilement réalisable", souligne Eric Biegala, journaliste de Radio France spécialisé dans la Défense. Sachant que lanceur spatial le plus puissant qui existe aujourd'hui Falcon Heavy est capable de lancer une charge de 63,8 tonnes en orbite basse, bien loin des 100 000 tonnes du Luanniao. Reste la solution de la construction dans l'espace module après module, comme pour la station spatiale internationale (ISS) qui a pris 13 ans pour assembler ses éléments un à un.

Le Luanniao et Nantianmen montrent en tout cas, que la Chine entre dans une course aérospatiale pour le moment menée par les entrepreneurs américains Elon Musk ou Jeff Bezos. "Cela fait déjà des décennies qu'on utilise l'espace, par exemple à des fins d'observation de télécommunication militaire, observe le général Jérôme Pellistrandi, Mais on voit que, aujourd'hui, que l'espace est un milieu à part entière du champ de bataille". "La neutralisation de nos capacités militaires dans l'espace serait un coup extrêmement dur", poursuit-il. "D'où la nécessité de renforcer notre politique spatiale" afin de faire en sorte qu'elle soit "plus robuste face à des compétiteurs et notamment la Chine".

En novembre, Emmanuel Macron avait annoncé une enveloppe de 4,3 milliards d'euros supplémentaires pour le spatial militaire d'ici à 2030. Mais les Européens "ont vraiment beaucoup à rattraper" par rapport aux Américains et aux Chinois, selon le général Jérôme Pellistrandi. "Heureusement, Ariane 6 démarre bien, mais on voit bien que nous avons encore une approche très classique du spatial, alors que nous sommes finalement dans une mutation complète telle que les Chinois sont en train de la développer", conclut-il.

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