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On demande aux Français d’économiser chaque goutte : comment certains golfs continuent d’arroser leurs greens en pleine sécheresse

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Ce week-end, un épisode caniculaire étendu, durable et intense est en cours sur l’hexagone, avec des températures qui atteignent 38 à 40 °C, localement un peu plus. Les préfets sortent les arrêtés. Les particuliers reçoivent la consigne : pas d’arrosage du potager, pas de lavage de voiture, pas de remplissage de piscine. Dans les zones classées en crise, les interdictions frappent l’arrosage des pelouses, des jardins d’agrément et des potagers, de jour comme de nuit, le remplissage des piscines privées, et le lavage des véhicules, y compris en station. Pendant ce temps, à quelques kilomètres de chez vous, un green de golf reste d’un vert impeccable. Légalement.

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À retenir

  • Un accord national secret permet aux golfs d’arroser même au stade de crise de sécheresse
  • Les agriculteurs sont interdits d’irriguer pendant que les greens reçoivent 100 à 120 m³ d’eau par jour
  • Les golfs français consomment autant d’eau qu’une ville entière, sans véritable contrôle

Sommaire

  1. Un accord signé, des greens protégés
  2. La surveillance ? On fait confiance aux golfs eux-mêmes
  3. 700 terrains, 33 000 hectares, et une addition en eau
  4. La question qui reste sans réponse

Un accord signé, des greens protégés

Un accord-cadre national pour la période 2019-2024, signé entre la FFGolf, le GEGF et le GFGA d’un côté, et les ministères de la Transition écologique, des Sports et de l’Agriculture de l’autre, préconise la mise en œuvre de mesures de restrictions d’arrosage adaptées aux besoins vitaux des structures golfiques en cas de sécheresse. La formulation est habile. Derrière les mots « besoins vitaux », un principe très concret : même au stade le plus sévère de la sécheresse, les greens peuvent continuer à être irrigués.

Les orientations données par le ministère de la Transition écologique aux préfectures prévoient des dérogations aux restrictions d’eau pour l’arrosage des golfs, même au niveau de gravité de sécheresse le plus élevé. Les golfs doivent certes réduire le volume d’eau utilisé, mais peuvent irriguer leurs greens, même en situation de « crise ». La filière justifie cela par un argument technique : maintenir un green en bon état n’est pas simple, et c’est l’endroit le plus fragile du parcours. Les 98 ou 99 % du reste de la surface du golf peuvent se jouer « jaunes », et le gazon, plus résistant à ces endroits, reverdira avec le retour de la pluie. Argument recevable sur le fond. Moins convaincant quand on le compare au traitement réservé à d’autres usagers.

Au même niveau de gravité de sécheresse, l’arrosage des cultures agricoles est en revanche prohibé, même avec des dispositifs économes en eau comme le goutte-à-goutte ou la micro-aspersion. Un maraîcher de la Creuse doit laisser mourir ses courgettes. Un green de golf haut de gamme, lui, continue d’être arrosé entre 20h et 8h. Selon un rapport de l’IGEDD, « les efforts demandés aux agriculteurs irrigants leur ont parfois semblé disproportionnés par rapport à ceux demandés aux gérants des golfs, dont l’activité reste du domaine du loisir. »

La surveillance ? On fait confiance aux golfs eux-mêmes

Ce qui rend le dispositif encore plus difficile à accepter, c’est son mode de contrôle. La surveillance des quantités d’eau utilisées se base majoritairement sur les déclarations des golfs eux-mêmes. Il n’y a donc pas de contrôles ni de sanctions. Un registre de consommation hebdomadaire est certes prévu sur le papier, mais son respect repose sur la bonne volonté des exploitants. Aucun agent d’État ne vient vérifier les compteurs.

Les mesures de restriction dépendent en grande partie des arrêtés préfectoraux pris au niveau local. Ils reposent avant tout sur le bon vouloir du préfet. Or, un « effet de copinage peut amoindrir ces dispositions : les acteurs économiques et les industries les plus proches du préfet arrivent souvent à faire entendre leur voix et obtiennent des dérogations. Longtemps, le préfet a été plus préoccupé par l’activité économique que par la préservation des ressources en eau. » Ce constat, formulé par l’association France Nature Environnement, dessine un système où la proximité avec l’administration locale compte autant que la lettre des textes. L’association se dit très vigilante sur « ces possibles passe-droit » et est prête à les contester en justice.

La Fédération française de golf réfute le terme « dérogation » et préfère parler d’une « disposition prévue dans l’accord-cadre ». Mais le rapport de l’IGEDD nuance cet argumentaire : « Cette dérogation n’est pas compréhensible, et ne peut se justifier par la seule existence de cet accord, dont le bilan à ce jour est modeste. » les contreparties environnementales promises en 2019 n’ont pas été tenues à la hauteur de l’exception accordée.

700 terrains, 33 000 hectares, et une addition en eau

La Fédération française de golf revendique 700 terrains, soit 33 000 hectares. Pour visualiser l’échelle : c’est à peu près la superficie du département de la Martinique. Par forte chaleur, le besoin minimal pour la survie des greens d’un golf de 18 trous est de 100 à 120 m³ par jour, pour une surface de greens représentant 1 à 1,5 hectare. La consommation nationale moyenne annuelle d’eau d’un golf est de 25 000 m³ par an et par tranche de 9 trous. Ces chiffres, issus de la FFGolf elle-même, conduisent à une estimation nationale que le Sénat avait calculée dès 2002 : en extrapolant les données disponibles, la consommation totale d’eau liée à l’irrigation des golfs représente 36 millions de m³, soit la consommation annuelle d’une ville de 500 000 habitants. L’équivalent d’une Lyon entière qui boit, se douche et arrose ses parcs.

La filière met en avant ses progrès : en 20 ans, la consommation d’eau des golfs a diminué de 14 %. Réduction réelle, saluons-la. Mais la Fédération française de golf aurait indiqué elle-même une consommation d’eau totale en hausse de 2 % depuis 2010, selon le même rapport de l’IGEDD qui pointait les lacunes de l’accord-cadre. Les deux chiffres coexistent, et c’est précisément ce flou qui entretient la défiance.

Un autre élément pèse dans la balance : selon une étude citée par Reporterre, 18 kg de pesticides sont pulvérisés par hectare et par an sur les golfs, à comparer aux 2,5 kg utilisés par l’agriculture. L’eau, dans ces conditions, n’est pas le seul paramètre environnemental en jeu.

La question qui reste sans réponse

Au 5 juin 2026, selon le service VigiEau du gouvernement, déjà quatre départements connaissaient une situation de crise et huit départements étaient en alerte renforcée. Depuis, la vague de chaleur a progressé. Dans le Cher, la sécheresse est précoce en 2026 : le département cumule plusieurs niveaux à la mi-juin, avec une zone classée en crise, des bassins en alerte et le reste du territoire en vigilance. Les premières restrictions d’eau de l’année se sont appliquées dès le 18 juin dans le Doubs, après l’activation du niveau « alerte sécheresse » par le préfet. Partout, le même message aux habitants : économisez chaque goutte. Le printemps 2026 est d’ores et déjà le plus chaud jamais enregistré, avec une anomalie de +1,7 °C et un déficit de précipitations de 30 %.

L’accord-cadre « Golf et Environnement » a expiré en 2024. Sa reconduction, ses termes, et surtout ses mécanismes de contrôle n’ont toujours pas fait l’objet d’un débat public. Une exception qui favoriserait les riches, réputés pour être plus souvent adeptes que le reste de la population, au regard des coûts inhérents à la pratique de ce sport : c’est le reproche le plus direct adressé au dispositif. Pas seulement une question d’eau, donc. Une question de à qui on demande de faire des sacrifices, et pour protéger quoi.

Sources : gironde.gouv.fr | ici.fr

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Rédigé par L'équipe Sciencepost

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