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Si la Chine est en train de devenir un géant pharmaceutique mondial, la recherche chinoise est aussi en train de s'imposer sur un marché jusqu'à présent dominé par les Américains et les Européens, notamment sur la recherche contre le cancer.
Publié le 21/01/2026 08:37 Mis à jour le 21/01/2026 08:39
Temps de lecture : 5min
Chercheuse du Centre d'innovation avancée en génomique de Pékin. Photo d'illustration. (WANG ZHAO / AFP)
Déjà leader dans de nombreux domaines industriels ou technologiques, la Chine est en passe de devenir le premier acteur mondial de la recherche contre le cancer. Les scientifiques, comme les médicaments chinois, s'imposent sur un marché jusqu'à présent dominé par les Américains et les Européens.
En 2024, les Chinois ont réalisé presque 40% des essais cliniques lancés dans le monde sur le cancer. Ils prennent une place de plus en plus grande et cela se voit : en juin 2025, dans les allées du plus grand congrès mondial sur le cancer, à Chicago, aux États-Unis, alors que les Chinois ont toujours été très discrets, voire presque absents, pendant des années, on a croisé des dizaines de cancérologues.
Il s'y trouvait aussi beaucoup de journalistes, comme Zhang Huan, qui travaille pour DXY, le principal média chinois spécialisé en médecine : "Dans ce congrès à Chicago, les Chinois présentent, lors de sessions orales, plus de 70 études, c'est beaucoup. Nos laboratoires pharmaceutiques sont en pleine expansion. La recherche chinoise s'améliore. Nos études sont innovantes."
"Avec les anticorps conjugués, par exemple, on crée les médicaments du futur."
Zhang Huan, journaliste chinoise spécialisée en médecine
à franceinfo
Au dernier Congrès européen du cancer à Berlin, à l'automne 2025, des hôpitaux chinois ont participé à huit des 12 études mises en avant. Deux portaient sur des médicaments chinois. Longtemps, la Chine a été regardée de haut, jugée tout juste apte à copier des médicaments déjà existants. Aujourd'hui, tout a changé.
La France surveille de très près ces progrès phénoménaux de la Chine. Le Dr Yungan Tao, arrivé en France il y a une vingtaine d'années, travaille au centre anticancer Gustave Roussy, à Villejuif, et connaît très bien la recherche chinoise. Spécialisé dans la radiothérapie et les cancers ORL, il suit attentivement les progrès de la recherche chinoise.
Dr Yungan Tao, radiothérapeute et spécialiste des cancers ORL au centre anticancer Gustave Roussy à Villejuif (94). (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
"C'est peut-être équivalent avec les Américains et je pense que ça a déjà dépassé l'Europe, estime-t-il. En plus, là-bas, l'autorité chinoise pousse fort pour l'innovation. En Chine, ils ont fait beaucoup, beaucoup de progrès".
"Maintenant, c'est quasiment un des leaders mondiaux dans le cancer du poumon."
Dr Yungan Tao, centre anticancer Gustave Roussy, à Villejuif
à franceinfo
Le Dr Yungan Tao s'est rendu une dizaine de fois en Chine, en 2025. Il y a noué des contacts avec de nombreux laboratoires pharmaceutiques et confrères cancérologues, comme le Pr Feng Teng, qui travaille dans un grand hôpital de Pékin. Il l'appelle au téléphone pour discuter d'une présentation qu'ils doivent faire en commun quelques jours plus tard.
"En Chine, nous avons de plus en plus de médicaments innovants, assure le Pr Feng Teng, mais ces médicaments, pour les vendre à l'étranger, on doit prouver leur efficacité au monde entier. On doit donc mener nos essais cliniques aussi en Europe et aux États-Unis, et donc mener des collaborations avec les Français".
Nouer des partenariats avec les Chinois est, en effet, essentiel. Il ne faut pas rater le train, confirme le Pr Fabrice Barlesi, directeur général de l'Institut Gustave Roussy, premier centre anticancer européen : "On ne peut pas rester sourds au développement de molécules qui sont parfois des "best in class", c'est-à-dire la meilleure molécule dans sa classe thérapeutique, mais parfois des "first in class", c'est-à-dire des premières molécules développées pour toucher une cible."
"Ces molécules, on en a besoin pour nos patients. Donc nous voulons être dans ce développement, et nous nouons des partenariats avec des industriels chinois."
Fabrice Barlesi, directeur général de l'Institut Gustave Roussy
à franceinfo
"Nous sommes en train de développer une 'joint venture' (coentreprise) avec le plus gros industriel chinois, poursuit le professeur, pour pouvoir disposer, le plus rapidement et le plus systématiquement possible, de ces nouvelles molécules qui pourraient être, demain, parmi les meilleures pour nos patients".
Cela signifiera-t-il que dans les prochaines années, on soignera tous les patients atteints de cancer avec des médicaments chinois ? C'est encore trop tôt pour le dire, mais, par exemple, une dizaine de patients français atteints d'un cancer ORL testent, depuis plusieurs semaines déjà, un médicament innovant chinois.
Il s'agit d'un anticorps conjugué, sorte de chimiothérapie intelligente, qui va cibler très précisément la tumeur. C'est une chance, estime le Dr Yun Gan Tao : "C'est la première fois dans le monde qu'on essaie ce médicament, qui est très efficace. Pour tous les patients que j'ai traités jusqu'à maintenant, il y a une efficacité. On voit la tumeur, chaque semaine, qui réduit."
"Donc là, c'est une chance d'avoir ce médicament en Europe, et pour les patients européens et surtout français, d'avoir essayé ce médicament en premier."
Dr Yungan Tao
à franceinfo
Enfin, il faut signaler que les médicaments chinois ont aussi un très gros avantage, comme la plupart des produits chinois : leur coût de production. Une fois commercialisés en France, ils sont beaucoup moins chers. Sur un traitement d'un an, la Sécurité sociale économise parfois plusieurs dizaines de milliers d'euros par rapport aux médicaments européens et américains.
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