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Une période presque occultée. Celle de la pandémie de Covid, qui a rendu le travail du personnel soignant des plus anxiogène. La preuve en est que Stéphanie Petit, neuropsychologue gériatrique au Grand Hôpital de Charleroi, omet avec humilité de nous raconter cette anecdote notable lorsqu'on la questionne sur la place des écrans dans le quotidien de ses patients. On insiste, porté par les louanges que lui adresse un de ses collègues. "Je travaillais déjà au service gériatrique à l'époque. Le confinement ne permettait aucune visite des personnes hospitalisées, se souvient-elle. Certains patients étaient sujets au syndrome de glissement, se laissant mourir."
Mais un médecin assistant a eu l'idée de prêter sa tablette au service. Ce qui a permis de réaliser des appels vidéo entre les patients et leur famille, parfois même leurs animaux de compagnie. "On a permis d'offrir à certains patients des fins de vie aux côtés de leurs proches via WhatsApp et Messenger. C'était très beau", continue-t-elle. Depuis lors, cette neuropsychologue travaille toujours en gériatrie, en hôpital de jour. La technologie, pour sa part, a continué d'évoluer. Laissant certains aînés sur le carreau.
La technologie "made in Belgium" qui industrialise le tri des déchets textiles grâce à l'intelligence artificielleUn écart difficile à résorber
Cette anecdote en période de pandémie illustre les atouts que peut avoir la technologie pour la santé des aînés. Mais elle soulève également une autre réalité. "Ils ont énormément de mal à engager eux-mêmes ce genre d'initiative. Il y a clairement une fracture numérique entre les personnes âgées et les autres", estime Ianic Wattier, psychologue clinicien. Un phénomène répandu auprès des aînés. Vittoria, par exemple, qui est patiente dans ce service gériatrique, admet ne posséder qu'une télévision et un téléphone fixe. Pas de smartphone ni de tablette. "Je regarde 'Les 12 coups de midi' et puis je m'occupe généralement très bien en lisant des bouquins", explique-t-elle.
Les nouvelles technologies ne l'attirent que très peu. "Quand mes petits-enfants viennent à la maison, ils me demandent souvent pour jouer avec eux sur leur tablette. J'accepte pour leur faire plaisir", raconte-t-elle. C'est clairement le genre de pistes avancées par Ianic Wattier, qui insiste sur le lien pour résorber les fossés intergénérationnels. "Cette fracture peut même devenir un prétexte à la médiation intergénérationnelle. Les enfants et petits-enfants peuvent contribuer à permettre aux grands-parents d'adopter ces technologies", estime-t-il.
La Belgique pourrait s'éviter "des milliards d'euros" de dépenses si elle s'intéressait davantage à l'isolement social des seniorsApprendre de nouvelles pratiques à un âge avancé est très compliqué. Avec des troubles cognitifs ou une certaine confusion, il est d'autant plus difficile d'initier à des technologies inconnues."
Néanmoins, les aînés n'ont pas grandi avec ces outils. "Apprendre de nouvelles pratiques à un âge avancé est très compliqué. Avec des troubles cognitifs ou une certaine confusion, il est d'autant plus difficile d'initier à des technologies inconnues", décrit Stéphanie Petit.
"Il nous faudrait des cours théoriques pour pouvoir maîtriser ces technologies, enchérit Anne-Marie, qui dispose d'un smartphone mais n'en a qu'un usage rudimentaire. J'ai quelques photos dessus et je consulte mes mails et mes comptes bancaires. Je ne veux pas utiliser des choses comme l'intelligence artificielle. Je m'en méfie. Je me suis déjà fait arnaquer de six cents euros une fois, à cause d'un appel téléphonique étrange."
(De gauche à droite) Marie-Claire, Christian, Anne-Marie, Vittoria et Edith sont patients à l'hôpital de jour en gériatrie du Grand Hôpital de Charleroi. ©M.D.Entre présence virtuelle et absence réelle
Cette fracture numérique, difficile à résorber, implique une solitude croissante chez les aînés. "La solitude est omniprésente. Et l'écran ne remplace pas le face-à-face. Il ne permet que d'entretenir un lien ou de l'appeler. Autrement dit d'inciter à une interaction sociale directe, par exemple une visite. Cela rend les patients davantage dépendants de l'interaction sociale. Ils la recherchent constamment", observe Ianic Wattier. Si bien que ce dernier dit accorder une attention particulière au fait de ne pas, en tant que membre du personnel soignant, se subtiliser aux liens familiaux et amicaux que le patient peut avoir.
Quand allez-vous prendre un coup de vieux? Des chercheurs identifient deux âges où le corps subit des pics de vieillissementMarie-Claire, patiente en hôpital de jour, corrobore les dires du jeune psychologue. "Je vis à la campagne, je n'ai pas beaucoup plus d'entourage direct que mon voisinage. J'avoue que la solitude me pèse… Mais je garde contact avec ma famille à travers mon téléphone", explique-t-elle, tout en montrant sur son smartphone une photo d'elle avec son fils. "J'aime bien quand il m'envoie des photos de ses plats au restaurant, ou aussi quand je reçois des photos de voyage", poursuit-elle. Chose que fuit éperdument Edith, qui ne dispose que d'un vieux téléphone analogique, qu'elle range dans sa boîte à lunette pour ne pas composer des numéros par erreur. "Quand on se réunit en famille, j'aime bien qu'on me montre les photos des derniers voyages ou événements. Je préfère cela que d'utiliser les réseaux sociaux", décrit-elle, préférant quelques instants de solitude passagers pour profiter encore plus intensément des instants de partage réels.
Ces seniors qui s'attaquent à l'IA : "J'ai envie de surmonter ma méfiance"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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