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Le Quatuor Molinari entame jeudi soir, à la salle de concert du Conservatoire de Montréal, un cycle de trois concerts, Le quatuor selon Chostakovitch, intégrale des quinze quatuors à cordes composés entre 1938 et 1974 par le compositeur russe Dmitri Chostakovitch (1906-1975). Olga Ranzenhofer, premier violon et fondatrice de l’ensemble, témoigne au Devoir de cette aventure.
Avec cette intégrale Chostakovitch, le Quatuor Molinari met un terme à sa 29e saison. L’idée initiale était de reprendre le parcours dix ans après la série de concerts de 2015, sacrée « Concert de l’année – Montréal » aux prix Opus décernés en février 2016. Le changement de musicien intervenu la saison dernière a toutefois repoussé le projet.
Désormais, l’altiste Cynthia Blanchon a intégré le groupe. Contrairement au Quatuor de Jérusalem, qui s’était produit à Montréal il y a quelques semaines avec un altiste suisse, pour annoncer les jours suivants qu’il engageait un autre musicien, les membres du Molinari n’ont pas hésité pour leur nouvelle partenaire. « Nous avons fait des auditions, mais sans appel national, plutôt par le bouche-à-oreille. Tous les candidats avaient le même répertoire à travailler et, à travers des séances de travail avec eux, nous avons vu comment la sonorité fusionnait avec celle du quatuor et avec notre idéal. Aussi, nous lisions, puis travaillions des partitions, pour voir ce que la personne avait à dire et à apporter aux œuvres. Cynthia a été un choix unanime, un vrai coup de cœur. Nous avons eu de très bons candidats, mais sommes très heureux avec elle. Elle a beaucoup d’expérience en musique de chambre, peut-être un peu moins en musique contemporaine, mais elle s’y intègre comme un poisson dans l’eau », nous dit Olga Ranzenhofer, leader de l’ensemble.
Processus continu
Par rapport à l’équipe de 2015, le second violon, Antoine Bareil, membre depuis 2018, est aussi « nouveau » dans l’aventure, mais, comme le précise Mme Ranzenhofer : « Au fil des années, on joue toujours des quatuors de Chostakovitch. C’est quelque chose qu’un quatuor à cordes doit toujours avoir dans son répertoire et dans ses doigts. C’est très formateur de jouer Chostakovitch, autant musicalement que pour la technique du quatuor, l’intonation, l’ensemble, la musicalité et l’expression. Tout est là et, en plus, les spectateurs adorent ça ; c’est très accessible, même s’il y a des mouvements très sombres. »
Si Antoine Bareil a assimilé le Chostakovitch du Molinari au fil des dernières années, Cynthia Blanchon « s’intègre facilement, car elle entre dans une sorte de vague », aux yeux d’Olga Ranzenhofer. « Quand trois personnes sur quatre ont déjà joué ces œuvres, surtout dans un corpus de 15 quatuors, c’est beaucoup plus facile pour la personne qui arrive d’embarquer dans le flux. Beaucoup de décisions sont déjà prises, comme les coups d’archet, même si, chaque fois qu’on ressort une partition, on la voit de façon différente. C’est d’ailleurs pour cela qu’on rejoue les mêmes œuvres au fil des années. Cynthia a apporté beaucoup de belles idées pour bonifier le tout. Elle arrive avec son propre bagage et c’est très stimulant pour tout le monde. »
Dans l’évolution interprétative, Olga Ranzenhofer n’observe pas de changements radicaux : « C’est un travail de maturation. Nous entrons dans plus de détails. Même personnellement, chaque musicien change parfois ses doigtés ou ses coups d’archet parce qu’on évolue en tant que musicien au fil des années. Tout le monde évolue, c’est ça le bonheur de rejouer ces œuvres. On est en terrain connu, mais on fait de nouvelles découvertes. »
Quant aux nombreuses critiques élogieuses reçues par le Molinari dans le monde pour ses diverses intégrales (Berio, Goubaïdoulina, Scelsi, Kurtag, etc.) parus chez ATMA, les retombées en invitations à l’étranger restent limitées, même si le Quatuor Molinari ira aux Pays-Bas à l’automne. « Cela nous ouvre des portes dans le sens où, quand on contacte un diffuseur, il nous connaît. Mais cela ne veut pas dire qu’il veut nécessairement programmer ces œuvres-là. Au début, j’espérais pouvoir aller jouer ces intégrales en Europe, mais cela ne s’est pas concrétisé. Il y a aussi beaucoup de quatuors européens, et la situation en Europe est difficile. Payer un voyage pour des Canadiens est compliqué ; les organisateurs préfèrent programmer un quatuor local. »


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