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Nous vivons une «crise de manque d’empathie», dit Bob Rae

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Nous vivons actuellement une « crise de manque d’empathie », déplore Bob Rae, ex-ambassadeur canadien à l’ONU. Les crises sont partout, ici comme à l’international. Et les conflits se multiplient, avec des conséquences dévastatrices pour les populations civiles. Mais la solidarité, elle, semble faire défaut.

« L’empathie [est pourtant] un sens de la solidarité qui est essentiel pour vraiment pouvoir exprimer notre vraie nature humaine », soutient l’ex-politicien, qui a amorcé, le 1er mai, un nouveau mandat en devenant président du Conseil d’orientation du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).

En prenant la parole, Bob Rae espère susciter un réveil des Canadiens. Contrairement à ce que certains veulent nous faire croire, la scène mondiale n’est pas qu’une arène vouée à faire progresser des intérêts nationaux, clame-t-il en entrevue au Devoir.

« Il y a tellement de défis dans le monde, qui ne sont pas seulement des défis de prospérité, mais aussi des défis de développement, il y a les réfugiés, la [résolution] de conflits. » Et surtout, ajoute-t-il, « il ne faut pas oublier ceux qui sont [les moins bien nantis] dans le monde et les personnes les plus marginalisées ».

Obligations morales

Face à la multiplication des crises, les Canadiens doivent réfléchir à leurs « obligations morales » sur la scène internationale, plaide celui qui a été premier ministre de l’Ontario de 1990 à 1995 sous la bannière du Nouveau Parti démocratique (NPD) et qui a plus tard été chef du Parti libéral du Canada. « On ne peut pas se soustraire à nos devoirs. »

Or, comme les États-Unis, le Canada a procédé à des coupes importantes — bien que moins draconiennes — dans son aide au développement ces derniers mois. Selon des ONG, Ottawa a réduit son financement de l’aide internationale de 2,7 milliards de dollars sur quatre ans. « Ça n’aide pas la situation globale. Je ne suis pas heureux de ça », laisse tomber Bob Rae.

Celui qui a été envoyé spécial du Canada pour les enjeux humanitaires et relatifs aux réfugiés se dit particulièrement préoccupé par le flot grandissant de réfugiés et de déplacés dans le monde. Plus de 117 millions de personnes sont actuellement forcées de vivre loin de chez elles, rapporte le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés — un des enjeux majeurs de notre décennie.

Mais cette crise ne déstabilise pas que l’échiquier international, estime Bob Rae, qui rappelle qu’elle est aussi vécue à l’intérieur de nos frontières. « Nous voyons [ici aussi] des déplacements, des gens qui n’ont pas une place pour vivre, qui ont de la difficulté à trouver un endroit pour eux. C’est une difficulté qui touche beaucoup la population autochtone qui arrive dans les grandes villes. »

Participer au débat

Après avoir terminé son mandat de cinq ans comme ambassadeur du Canada à l’ONU en novembre, Bob Rae a pris le chemin du milieu universitaire, plutôt que de cogner à la porte des grands bureaux d’avocats. « Ça me donne la possibilité de vraiment participer à la vie des étudiants, de gens qui ont toujours des idées, qui [voient] plein de possibilités pour le monde. »

L’ex-homme d’État est devenu fellow à l’Université de Toronto et à l’Université Queen’s — établissements où, par ailleurs, il enseigne —, puis a été nommé président du Conseil d’orientation du CÉRIUM. Un poste, de nature consultative, qui lui permettra de mettre son expertise à profit, sans pour autant influencer la recherche universitaire.

« J’ai toujours travaillé dans les deux langues. Alors, pour moi, ça me donne l’opportunité, encore une fois, de vraiment pouvoir écouter et mieux comprendre l’espace québécois », dit-il. L’homme de 77 ans espère aussi contribuer à décloisonner la recherche universitaire « pour créer un dialogue dans l’espace public, et pas seulement dans l’espace académique ».

Déjà, Bob Rae a deux nouveaux livres en cours de rédaction. Un premier sortira cet automne et recensera « les points de vue de différentes personnes sur la question de la rupture » de l’ordre international — une idée inspirée du discours de Mark Carney à Davos. Un second, axé sur son expérience à l’ONU et sur l’art de la négociation, devrait être publié par la suite.

Rupture et reconstruction

Aux yeux de l’ex-politicien, il faut réfléchir collectivement « à ce qui va remplacer [l’ordre international], à ce que ça veut dire pour nous, mais aussi pour le monde en général ». Puisqu’après la rupture, viendra la reconstruction. « M. Carney a raison de dire que nous n’avons pas perdu notre capacité d’agir. Mais c’est en agissant avec d’autres qu’on pourra avoir le plus grand impact. »

En parallèle, l’ONU — qui peine aujourd’hui à être entendue — doit absolument être réformée pour que l’organisation conserve sa pertinence, insiste celui qui a été président du Conseil économique et social de l’ONU. « C’est essentiel. L’ONU doit changer. […] Elle doit redécouvrir la vitalité de son message de 1945. »

En 1969, l’ex-premier ministre canadien Lester B. Pearson a écrit dans son rapport phare Partners in Development, commandé par la Banque mondiale, que l’aide au développement n’est pas « une question de charité, mais d’intérêt mutuel et de responsabilité partagée ».

Une idée qui guide désormais la réflexion de Bob Rae. « Nous devons avoir le sens de l’avenir. C’est toujours nécessaire de penser aux autres et de penser aux prochaines générations. »

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