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Samedi, la France a été traversée par une vague insurrectionnelle. Magasins pillés, policiers caillassés, bâtiments incendiés, mobiliers urbains saccagés… Ces images de violence ont tourné en boucle sur les réseaux et ont été reprises en manchette par les journaux. Pour peu, on en viendrait à oublier que la grande majorité des manifestants – entre 550 000 et 800 000 selon les comptages – ont marché dans le calme. Une dichotomie qui n'est pas isolée. Le vendredi 9 octobre, à Bruxelles, une manifestation organisée par la FGTB et à laquelle de nombreux affiliés de la CSC s'étaient mêlés avait elle aussi été émaillée de violences commises par quelques centaines de personnes, jeunes pour la plupart, masquées le plus souvent, venues pour en découdre avec les forces de l'ordre. Là comme ailleurs, ces incidents ont fortement éclipsé le message que les 30 000 à 50 000 personnes étaient venues délivrer avec détermination mais pacifiquement.
"Cette violence à visage masqué, ce n'est pas nous"
Les syndicats condamnent ces violences. Ils affirment qu'elle n'est pas la leur. "Lorsque nous organisons des mobilisations, nous le faisons à visage découvert, argumente Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale de la CSC (syndicat chrétien). Or les violences qui sont survenues le 9 octobre sont le fait de personnes à visage masqué. Et ça, ce n'est pas nous. Les atteintes qui ont été portées à des commerces et à des transports publics (plusieurs bus ont été détruits, le 9 octobre, NdlR), ce n'est pas nous non plus. Nous, au contraire, ce que nous demandons, ce sont des moyens pour développer les services publics, une autre mobilité, etc. Ce qui se passe lors de ces violences est donc très éloigné de ce pour quoi nous nous mobilisons."
Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC ©EDALes syndicats disent d'ailleurs tout mettre en œuvre pour éviter les débordements lors de leurs mobilisations. "Avant la manifestation du 9 octobre, nous avions lancé des appels au calme sur les réseaux sociaux et par tous les canaux possibles et imaginables", affirme Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne (syndicat socialiste).
Bruxelles et Liège ont vécu un week-end de violenceUn service d'ordre négocié avec la police est mis en place pour les manifestations
Pour encadrer leurs manifestations elle-même, les syndicats mettent en place un service d'ordre, en dialogue avec la police. "Nos stewards ont accompagné les étudiants qui étaient pacifiques, poursuit Jean-François Tamellini. De toute évidence, les risques de dérapages ont été mal évalués. Il y a eu des agissements, reconnaît le syndicaliste. Des agissements que nous condamnons. Mais ils ne sont pas le fait des étudiants que nous encadrions. Cette situation est dommageable parce qu'elle a été instrumentalisée pour obscurcir les revendications des jeunes qui sont vraiment légitimes."
Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne. ©DLELes responsables syndicaux prennent donc leur distance avec les fauteurs de troubles. Ils disent même ne pas savoir qui ils sont. "Ce ne sont pas des militants syndicaux, explique Marie-Hélène Ska. Mais je ne peux pas en dire plus sans tomber dans une analyse qui relèverait du café du commerce. Il revient à la police et puis après de la justice de les identifier, de voir pourquoi ils étaient là et ce qu'ils ont fait ou pas fait."
Le monde politique accusé de refuser le dialogue
Les syndicats reprochent cependant au monde politique d'instrumentaliser ces violences. "Il est très frappant de voir le contraste entre la réaction du monde le politique quand il y a des violences en marge d'une de nos manifestations et la faiblesse voire l'absence de leurs réactions quand il y a des violences policières à l'encontre de manifestants comme c'est arrivé précédemment", constate Marie-Hélène Ska.
Le monde politique porterait même, à entendre les leaders syndicaux, leur part de responsabilités dans les débordements. "Ce qui me frappe aussi, poursuit la secrétaire générale de la CSC, c'est l'absence de réactions de ce même monde politique lorsque nous nous manifestons pacifiquement à visage découvert et dans l'espace public. Depuis un an et demi, nous mobilisons, parce que les fins de mois sont difficiles, parce que les atteintes aux droits sont importantes, parce que les conditions de vie et de travail se dégradent. Mais cela fait un an et demi que le gouvernement refuse de nous recevoir, que les mesures continuent à être prises, qu'il affiche une forme d'indifférence, même quand nous proposons des mesures alternatives. Quand le monde politique ne donne pas de réponse à des mobilisations pacifiques qui se déroulent dans le calme, qui sont encadrées, etc., il n'encourage pas non plus à ce que les choses se passent sereinement."
"Personne ne nous fera taire" : la secrétaire générale de la FGTB tacle Georges-Louis BouchezJean-François Tamellini embraye. "À aucun niveau de pouvoir, il n'y a une écoute de ce qui se vit sur le terrain, regrette-t-il. Dans l'histoire sociale belge, les gouvernements, même très à droite, ont toujours ouvert des portes pour des négociations. Aujourd'hui, pas. Cette porte est complètement close pour la jeunesse. C'est un signe d'irresponsabilité."
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