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Et si la prochaine pandémie était provoquée par une arme biologique conçue avec l'aide de l'intelligence artificielle ? Le scénario inquiète des scientifiques. Dans le New York Times, Jeff Coller, un éminent professeur de l'Université Johns Hopkins (Maryland), met en garde contre une nouvelle ère de menaces biologiques face à laquelle le monde ne serait pas préparé.
En accélérant certaines étapes de la conception d'agents pathogènes, l'intelligence artificielle pourrait, en théorie, faciliter le développement d'armes biologiques. Et ce, plus rapidement que les scientifiques ne peuvent élaborer la contre-mesure pour les combattre. Le danger serait, selon ce biologiste, particulièrement préoccupant si cette technologie tombait entre les mains d'"acteurs peu transparents". "Il ne serait pas extrêmement difficile pour une personne disposant d'un modèle d'IA correctement entraîné de concevoir un virus qui pourrait représenter un grave danger pour nous", estime-t-il.
Et Jeff Coller d'alerter : "Nous ne sommes pas prêts pour la nouvelle ère des menaces biologiques".
Eric Muraille : "Le virus peut se retourner contre son propagateur"
Interrogé par La Libre sur cette perspective, Eric Muraille, spécialiste belge en immunologie et en épidémiologie à l'ULB, confirme que l'IA pourrait améliorer la conception d'armes biologiques. Il se montre toutefois plus nuancé. Car concevoir un agent pathogène ne suffit pas à en faire une arme fiable. Pour avoir un effet réel, "celle-ci doit être efficace, mais aussi contrôlable", signale le scientifique belge. "Or, le propre d'un virus ARN, par exemple, c'est de se modifier. Il peut donc rapidement devenir inefficace ou se retourner contre son propagateur…"
Ces limites biologiques ne font pas disparaître le risque. Elles rappellent néanmoins que la conception d'une arme biologique opérationnelle se heurte à des obstacles qui ne peuvent être résolus par la seule puissance de calcul de l'IA.
En outre, M. Muraille estime que la piste d'un loup solitaire fabriquant son virus dans son coin "ne colle pas". "Même si l'IA peut faciliter les manipulations, l'individu doit au moins disposer d'un doctorat, qui lui confère les compétences théoriques et pratiques nécessaires. Il doit aussi avoir accès à une centrifugeuse ou un incubateur. Il est donc difficile d'avancer de façon discrète".
Quoi qu'il en soit, face à cette menace potentielle, la prévention des pandémies reste un enjeu crucial. De nombreux scientifiques travaillent à renforcer les moyens de détecter et de contenir l'apparition de nouveaux agents pathogènes. Mais, selon Eric Muraille, deux étapes demeurent beaucoup trop longues actuellement : la validation des vaccins et le processus de vaccination lui-même. Or, si un agent pathogène se propage rapidement, ces délais peuvent devenir déterminants.
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