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RÉCIT - Hiver comme été certains agriculteurs et éleveurs installés en montagne jouent la carte du tourisme, pour faire découvrir leur activité et partager leur passion. Une démarche qui s’inscrit dans l’histoire de ces territoires, façonnés par l’activité agricole.
Alors qu’elle était âgée d’une vingtaine d’années, Lucile Mattis s’est orientée un temps vers des études de commerce, avant de s’intéresser à la mécanique et de passer son permis poids lourds. « J’ai toujours eu envie de voir ce qui se passait ailleurs, raconte la jeune femme. Mais je savais aussi que le travail à la ferme me plaisait, j’ai fini par revenir à la maison ! » A 29 ans, elle a pris la suite de son père à la tête de la Ferme de l’Adroit, l’exploitation familiale installée à Val d’Isère, et marche dans les pas des quatre générations qui ont développé l’activité avant elle.
Chaque jour, elle débute sa journée par la traite de son troupeau de 36 Brunes des Alpes, une race de vaches montagnardes habituées à l’altitude et à la rigueur des éléments. Puis elle rejoint la fromagerie, où se déroule la transformation du lait. « Nous fabriquons 12 à 13 fromages différents, des yaourts, des fromages blancs, de la confiture de lait... Tout est élaboré sur place », détaille Lucile. Poules, cochons et chevaux complètent le tableau de la ferme.
Mais si le quotidien est rythmé par le travail auprès des bêtes, l’activité évolue en lien avec les saisons touristiques, qui voient exploser la fréquentation de Val d’Isère en hiver et en été. Comme pendant le reste de l’année, Lucile Mattis ouvre alors les portes de son exploitation aux visiteurs.
Chaque jour, touristes et locaux peuvent venir visiter la ferme, observer les animaux et assister à la traite, à 6 h du matin et à 17h15. L’office de tourisme organise des visites de la fromagerie et un magasin situé sur place permet de trouver les produits de la ferme : tomme, bleu raclette, fondue, valiflette (une déclinaison de reblochon), saucisson pur porc ou terrine à l’ancienne. « C’est incroyable car certaines familles viennent ici depuis plusieurs générations, raconte Lucile. Ils venaient quand ils étaient enfants, à l’époque de mes grands-parents et ils veulent continuer à transmettre à leur famille l’importance de comprendre d’où vient ce que l’on met dans son assiette. »
Complément de revenus et pluriactivité
À Val d’Isère, comme partout dans les Alpes, agriculture et tourisme ont toujours fonctionné au diapason. Bien avant le développement des stations de ski, le travail de la terre et l’élevage constituaient les principaux moyens de subsistance dans les massifs français. À partir de la fin de XIXe, le début de l’excursionnisme et l’ouverture des routes permettant de franchir les cols, ont permis aux agriculteurs de trouver un complément de revenus, en accueillant ces visiteurs dans leurs fermes-auberges le temps d’une étape.
Après-guerre, le développement des stations de ski a impulsé un essor économique permettant aux habitants de devenir pluriactifs. Encore aujourd’hui, nombre de « pulls rouges », les moniteurs de ski appartenant à l’ESF, cumulent cette activité avec leur métier d’agriculteur.
« Depuis toujours, les agriculteurs font partie intégrante du paysage et de notre histoire, on l’oublie parfois quand on voit le développement des stations, explique Cécile Ferrando, directrice de l’Office de tourisme de la station tarine. Et en parallèle, le tourisme a aidé à conserver une activité agricole sur le territoire. » À la Ferme de l’Adroit, si les visites de l’exploitation sont gratuites, la fréquentation touristique hivernale et estivale permet d’assurer un volume de vente suffisant pour soutenir l’activité : « Sans le tourisme, nous ne pourrions pas faire fonctionner une ferme avec autant d’animaux », explique Lucile Mattis.
Elle collabore également avec la commune pour assurer la préservation des espèces végétales locales, en collectant et conservant des graines qu’elle sème sur les sols qui ont été travaillés pour aménager des pistes ou dans le cadre de chantiers. Et en été, les moutons qui montent en alpages depuis les vallées permettent à leur tour d’entretenir les terrains qui se transformeront en piste de ski l’hiver.
L’image de marque du reblochon
À La Clusaz, en Haute-Savoie, ces liens entre agriculture et tourisme ont également façonné l’identité de cette station village située en plein cœur des Aravis. Quinze exploitations agricoles sont aujourd’hui installées sur le territoire de cette commune de 1600 habitants. « Pour nous, il s’agit d’un vrai trésor et d’un patrimoine à préserver », appuie Jean-Philippe Montfort, directeur de l’office de tourisme. Le village a bâti son image de marque autour de cette culture montagne, où les agriculteurs jouent les premiers rôles, tout comme le produit star des Aravis : le reblochon.
À la Ferme des Corbassières, fondée en 1980 par la famille Donzel, la passion des vaches et du reblochon se transmet autant entre les générations, qu’aux visiteurs qui franchissent le seuil de l’exploitation. En hiver, des visites de la ferme sont organisées pour permettre aux vacanciers de découvrir la fabrication du fromage. Et en été, les Donzel reçoivent les randonneurs dans leur ferme d’alpage, où le reblochon est fabriqué matin et soir, avec le lait de la traite. Goûters et repas conviviaux y sont proposés chaque jour, avec les produits fabriqués sur place : confiture, fromage blanc et, bien sûr, reblochon.
Une façon, pour la famille, de « valoriser un savoir-faire », comme l’explique Jennifer Donzel : « Ouvrir notre ferme nous demande de l’énergie, mais ça nous aide aussi à faire comprendre notre façon de vivre et de travailler », appuie la jeune femme. La vente directe des produits permet également d’apporter un complément de revenus et de cultiver une part d’indépendance, en maîtrisant la chaîne de production de A à Z.
Un forfait acheté, une entrée gratuite au musée
En plus des visites de ferme organisées toute l’année à La Clusaz, les vacanciers bénéficient en hiver, pour tout forfait acheté, d’une entrée gratuite au Musée du patrimoine local, le Hameau des Alpes, qui consacre une salle au reblochon. Ils peuvent également accéder à un espace immersif, avec sons et lumières, dans la gare de la télécabine de Beauregard, qui offre une plongée dans l’histoire de l’agriculture de montagne (gratuit avec un forfait de ski ou un forfait piéton). Avant de glisser le long de « la piste du reblochon », agrémentée d’animations ludiques.
« Cette identité montagnarde nous permet de toucher une clientèle qui recherche ces interactions avec des gens qui vivent à l’année sur notre territoire et c’est également une façon de les fidéliser », poursuit Jean-Philippe Montfort.
Il en veut pour preuve les 80% de taux d’occupation enregistrés à La Clusaz pendant l’hiver 2020/2021, alors que les remontées mécaniques étaient restées fermées pour limiter la propagation du Covid 19. « Les visiteurs ont répondu présent car nous sommes un village vivant, dont l’activité ne tourne pas uniquement autour du ski. » Une attractivité bienvenue à l’heure où les stations de moyenne montagne recherchent à diversifier leurs activités, pour faire face à un enneigement de plus en plus aléatoire.
Visites de ferme, dégustations, chambres d’hôtes, tables paysannes : nos adresses dans les Alpes
Haute-Savoie : la Ferme des Corbassières à La Clusaz
En hiver, les visites de la ferme permettent de découvrir la fabrication du reblochon. En été, l’accueil se fait dans la ferme d’alpage, où les visiteurs peuvent profiter d’un goûter et d’un repas avec les produits fabriqués sur place. Alpage des Corbassières – La Clusaz
Haute-Savoie : La Chèvrerie des Ours
Cette exploitation compte 70 chèvres et produit fromages, fromages blancs et flans, directement sur place. Les chambres d’hôtes permettent de s’immerger dans l’ambiance de la ferme, qui propose également une table d’hôtes. 740 chemin des grangettes, La Combe de Magy - Les Gets
Savoie : la Ferme de l’Adroit à Val d’Isère
La visite de la ferme se fait librement et sans inscription. Possibilité d’assister à la traite, à 6h et 17h15. Accès sur place à une boutique où sont proposés tous les produits transformés sur la ferme (yaourts, fromages, saucissons…). (Restaurant temporairement fermé). Rue des Barmettes - Val d’Isère
Isère : La Ferme du Clos dans le Vercors
Située dans le Parc naturel régional du Vercors, une ferme pédagogique qui a inspiré le film « Une hirondelle a fait le printemps » et qui propose des visites et des dégustations de produits élaborés sur place (fromages de chèvre, confitures…). La ferme propose également des chambres d’hôtes, location de chalets et de roulottes. 210, chemin du Clos - Chatelus
Hautes-Alpes : La Ferme de la Montagne, à Sigottier
En plein cœur du Buëch, dans les Hautes-Alpes, la ferme accueille un élevage de chèvres, et produit de la laine angora et cachemire. Sur place, vente directe de pelotes de laine, pulls, écharpes et gants, issus de la laine de l’élevage. Une chambre d’hôtes et des gîtes permettent de découvrir l’activité de la ferme. Chemin de la Montagne - Sigottier
En vidéo - Les images de la plus grosse tartiflette du monde réalisée en Savoie.


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