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« Notre voisine hurlait : “Les talibans reviennent !”, nous étions pétrifiées » : cinq ans après, des Afghanes racontent ce jour funeste où elles sont devenues le pire ennemi de leur propre nation

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KABOUL, AFGHANISTAN. 21/01/2025. Mina tient ses deux plus jeunes enfants dans son salon. Sa fille vient de terminer sa 6ème classe, le dernier niveau autorisé pour les filles, et ne fera pas sa rentrée dans quelques semaines. Mina est institutrice – il est encore permis aux femmes d’enseigner aux toutes petites sections. Mina a connu le premier règne taliban, il est d’autant plus douloureux pour elle de voir l’histoire se répéter et sa fille vivre les mêmes choses qu’elle. Sandra Calligaro/ITEM/Saif Images

Paroles d'Afghanes

L’épisode 2 sera disponible prochainement.

Paroles d'Afghanes

L’épisode 2 sera disponible prochainement.

Par Annick Cojean 

Publié aujourd’hui à 18h00, modifié à 18h13

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Reportage« Paroles d’Afghanes » (1/6). Cinq ans après le retour des talibans au pouvoir avec leur charia archaïque, notre envoyée spéciale à Kaboul a fait témoigner ces femmes presque invisibles sur la peur au quotidien, le joug de la famille, les mariages forcés et leurs rêves confisqués.

A-t-il jamais existé sur terre un régime qui aurait fait des femmes le pire ennemi de la nation, obsédé par l’urgence de leur ôter le moindre droit, de leur dénier toute liberté, de les brimer, de les cloîtrer, de les humilier, de leur interdire toute initiative, y compris de rêver et de s’instruire, de voyager seules ou d’accomplir des choses aussi simples que choisir leurs vêtements, déambuler dans un parc, chantonner dans la rue, rire sur un balcon, réciter de la poésie ou sentir le vent courir dans leurs cheveux ?

A-t-il jamais existé dans l’histoire un régime qui aurait déclaré la guerre… à la moitié de sa population ? Pas à des inconnus, à des gens venus d’ailleurs, ou par trop différents à cause de leur culture, de leur mystère et de leurs mœurs singulières. Non. La guerre à leurs mères, leurs sœurs, leurs épouses et leurs filles, tantes, cousines, voisines. La guerre à leurs semblables, mais du genre opposé. La guerre aux femmes. Genre mineur. Genre sulfureux. Méprisable. Corvéable. Punissable à souhait – « Nous fouetterons les femmes en public. Nous lapiderons les femmes en public », prévenait à la radio le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, le 24 mars 2024, pour châtier l’adultère. Réduit au statut d’esclave, propriété de ses seigneurs et maîtres : le père ou le mari ; le père puis le mari.

Bahar (prénom d’emprunt), 14 ans, enfile sa burqa avant de sortir de chez elle pour se rendre dans une école clandestine. Elle et sa mère ont fui son père, qui menace de la marier de force. A Kaboul, le 22 janvier 2025. Bahar (prénom d’emprunt), 14 ans, enfile sa burqa avant de sortir de chez elle pour se rendre dans une école clandestine. Elle et sa mère ont fui son père, qui menace de la marier de force. A Kaboul, le 22 janvier 2025.

Le cas de l’Afghanistan, depuis le retour des talibans au pouvoir le 15 août 2021, est presque une énigme tant il s’obstine à appliquer radicalement son fondamentalisme religieux, la loi de la charia, jusque dans ses prolongements les plus extrêmes et les plus archaïques. Toutes les mesures prises par son gouvernement depuis cinq ans, dont un nouveau code pénal promulgué en janvier, vont résolument dans le même sens : contrôle et persécution accrue des femmes, cruauté à leur égard sans limite, volonté de les faire totalement disparaître de l’espace public et de les rendre invisibles… Y compris les petites filles, dont une nouvelle règle, édictée en juin dans la ville d’Herat, exige désormais qu’en plus d’être entièrement voilées elles portent des gants noirs…

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