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Une histoire de pépin
Écureuil est dans tous ses états. Il a avalé un pépin de pomme « sans faire exprès ». Tout irait bien si ce n’était cette croyance entendue selon laquelle « si on avale un pépin de pomme, on a un arbre qui pousse à l’intérieur ». Il n’en faut pas plus au rongeur pour s’emballer et questionner ses amis sur ce phénomène. L’attachant écureuil d’Olivier Tallec est de retour dans une sixième aventure, toujours aussi inquiet, envahi par ses jongleries. Un sujet qui rappelle bien sûr Un verger dans le ventre, de Simon Boulerice, paru à La courte échelle (2014), mais la finale ici prend une tout autre tournure. La source semble en fait intarissable pour Tallec, qui s’épivarde allègrement et avec sagacité en déjouant les truismes, s’attaquant aux incohérences avec cette façon unique de s’adresser à l’intelligence des enfants. Et si l’humour domine la série, la poésie de l’artiste s’immisce dans les tableaux de verdure où fougères, chênes, lierres participent à la beauté tout en assurant un contraste avec la couleur du petit roux, objet central de l’histoire. Brillant, lumineux, fameux.
Marie Fradette
Les joies du partage
« Elias se promène au fond du jardin, quand une goutte lui tombe sur la main. Pour se protéger de l’eau, il ouvre son parapluie. Il étale son mouchoir à carreaux, et s’assied dessus, bien à l’abri. » Arrive tout à coup dame écureuil, puis une souris, et ainsi de suite jusqu’à l’ours polaire, chacun espérant trouver refuge auprès du garçon. Avec L’abriparapluie, Aurélie Catex met en lumière les joies du partage tout autant que la force du groupe. Présentée sous forme d’accumulation — une structure narrative qui a fait ses preuves —, l’histoire fourmille d’action, portée par une illustration à la fois délicate et échevelée, à l’image du mouvement tendre qui agite les pages. En tête, l’arrivée dans cette suite ininterrompue du loup, qui sème la confusion chez les personnages en demandant asile à son tour. Poils hérissés par un vent de peur qui souffle sur eux, les animaux sont rapidement apaisés par la générosité d’Elias. Un livre illustré adapté aux petites menottes non seulement par son format, mais aussi par la simplicité avec laquelle Catex parvient à se hisser à hauteur d’enfant.
Marie Fradette
Grandir, c’est long
Juste à temps pour la fièvre des séries, Sophie Dora Swan fait son entrée en littérature jeunesse avec un recueil de poésie sur les vertiges de la nouveauté et les exigences de la performance sportive. Un enfant voit son rêve d’accéder à la cour des grands se concrétiser. « j’ai entendu quatre syllabes / ultra-sucrées / moelleuses / et croustillantes / des guimauves grillées / au bout d’un bâton / sé-lec-tio-nné ». La marche s’avère toutefois vertigineuse pour le jeune patineur, qui doit apprivoiser un nouvel entraîneur qui lance des consignes en forme de couteaux et de nouveaux coéquipiers aux allures de hyènes ricaneuses. « dans ma ligue maison / quand j’embarquais sur la glace / mon coach m’appelait le Rocket / dans ma nouvelle ligue / la fusée manque son décollage / une grosse panne / de carburant ». Dans une langue déliée et accessible, truffée d’images puisées à même l’imaginaire du hockey, la poète regarde la peur et l’anxiété dans les yeux et tend la main à tous ceux pour qui grandir ressemble à « un long hiver / trois périodes / le cœur à l’envers ».
Anne-Frédérique Hébert-Dolbec
Ce qui fait battre le cœur
« Aucune journée n’est la bonne pour abandonner. Ni un rêve. Ni un ami. Ni ce qui fait battre le cœur. Aujourd’hui, on a pourtant choisi de te laisser seul… ici. » Dans cet album délicat et doux comme un murmure, une forêt raconte la rencontre providentielle entre un chaton abandonné aux pieds de ses pins et un petit garçon curieux, conscient de l’importance de prendre soin. Les mains sur les oreilles, à l’écoute de son cœur, le petit Arthur apprivoise peu à peu le craintif animal, ce qui donne naissance à une amitié indestructible. Les mots d’orfèvre de Marie-Andrée Arsenault, ciselés à même la sagesse et la poésie des arbres, sont sublimés par les aquarelles de Catherine Petit, qui parvient à mettre en image l’horizon prometteur de l’enfance ainsi que la douceur et les éclats des saisons, celles de la forêt comme celles du cœur. À lire en partage, parce que « toutes les journées sont bonnes pour retrouver : Un rêve. Un ami. Ce qui fait battre le cœur ».
Anne-Frédérique Hébert-Dolbec


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