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L’anxiété n’est pas une vue de l’esprit

Comme nous avions beaucoup aimé son ouvrage précédent, Je pense que j’en aurai pas, récompensé du prix de la critique ACBD en 2024, nous attendions avec impatience Valse anxieuse, la nouvelle bande dessinée de Catherine Gauthier. Et nous n’avons pas été déçus !

Comme le titre l’indique, il s’agit d’une profonde réflexion sur les effets des troubles anxieux, qui sont, dans leur plus simple expression, un dérèglement de notre chien de garde interne qui, souvent après avoir vécu des stress immenses, se détraque et tombe en état presque constant d’hypervigilance, se déclenchant au moindre semblant d’anomalie.

Le propos est clair et, surtout, empreint d’une bienveillance lucide sur ce que représente le fait de vivre au quotidien avec ce trouble, qui peut quand même s’apprivoiser avec le temps et même, le cas échéant, devenir un outil. Nous retenons aussi la grâce et l’élégance du dessin de Catherine Gauthier, qui est ici en parfaite maîtrise de son crayonné, aux ombres subtiles et aux lumières douces, à la manière du propos.


La vie pas si trouble d’un ado qui n’aime pas parler

Illustrateur bien connu dans le monde de l’édition, entre autres pour ses collaborations avec Simon Boulerice et Jean-Philippe Baril Guérard, voilà que Benoit Tardif s’est enfin laissé convaincre de se raconter lui-même dans Pizza Punk Aréna, un genre d’hommage à son adolescence passée à Saint-Eustache, sur la Rive-Nord.

On se retrouve donc durant les années 1990, où Benoit n’est pas nécessairement le jeune adolescent le plus populaire de son quartier. Il est toutefois un bon gardien de but pour son équipe de hockey mineur et, surtout, il est captivé par la culture populaire de son époque. Pensez, dans le style, à une chanson nostalgique des Cowboys Fringants, en version un peu plus punk, mais aussi axée sur la culture des jeux vidéo et les cartes de hockey que sur les sorties au ciné-parc. Et comme Tardif est un homme de peu de mots, c’est lui qui le dit, il laisse toute la place à son imaginaire dans un dessin aux accents enfantins, mais réalisé par la main sûre de celui qui a beaucoup de métier.


La lutte à ciel ouvert

Dans ce Paris de monuments, de plaques commémoratives et de grandes avenues, une mémoire longtemps reléguée dans l’ombre ressurgit peu à peu. Au volant de sa vieille 2CV jaune, l’historienne Michelle Perrot entraîne la jeune Romy dans un parcours où chaque lieu ravive des siècles de combats féminins. L’album se transforme alors en une déambulation à la fois vivante, érudite et profondément incarnée. Pour mettre en scène ce voyage urbain, la grande reporter Annick Cojean et la scénariste Sophie Couturier choisissent d’éviter tout ton professoral. L’ouvrage se déploie plutôt avec la fluidité d’une conversation entre générations. D’Olympe de Gouges à Simone Veil, des suffragettes aux débats contemporains autour de #MeToo ou de Gisèle Pelicot, l’album rappelle combien l’histoire des femmes fut longtemps invisibilisée. Le trait souple et lumineux d’Emma Ère accompagne cette excursion parisienne. Son coup de crayon donne vie aux époques et aux visages. L’ensemble parvient à rendre limpide une réflexion historique foisonnante sans jamais sacrifier l’élan ni la vitalité de la narration.


Punk, trash et profondément humaine

Chez Elizabeth Pich, le chaos ne fait jamais une entrée discrète. Il surgit en fanfare, les bras ouverts, avant de transformer la moindre situation banale en catastrophe. Avec ce nouvel album, moins lubrique que le précédent, mais tout aussi déjanté, l’autrice et dessinatrice allemande retrouve son attachante Fungirl, grande perche incontrôlable à mi-chemin entre Gaston Lagaffe, Olive Oyl et une antihéroïne punk incapable d’agir sans provoquer un désastre. Mais derrière l’accumulation de gags, l’irrévérence permanente et cet humour qui flirte sans cesse avec le mauvais goût, Pich compose un récit bien plus sensible qu’il n’y paraît, où l’absurde laisse régulièrement place à une belle humanité. Son dessin minimaliste éclate de mouvement et de couleurs, pendant que les situations les plus délirantes laissent affleurer la vulnérabilité de ses personnages. Fungirl avance ainsi dans le monde avec l’énergie bouillonnante d’une enfant hyperactive. Malgré les couacs qu’elle provoque sur son passage, tout semble toujours finir par retrouver son cours, d’une manière ou d’une autre.

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