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TÉMOIGNAGE
Pour Céleste*, l’été 2026 n’a pas été marqué par le mariage de sa meilleure amie… mais par un mariage amical AVEC elle. La jeune trentenaire plaide pour une reconnaissance de l’amitié dans la loi.

DR
Diane et Céleste lors de leur mariage d’amitié, le 27 juin dernier.
Diane* et moi nous sommes rencontrées en classe de seconde via un groupe d’amis commun. Sans le conscientiser à l’époque, je crois que nous appréhendions déjà l’amitié de la même manière et c’est en grande partie ce qui a fini par tant nous rapprocher. Le quotidien du lycée nous a permis d’apprendre à nous connaître et notre lien s’est consolidé après notre première année d’études, lorsque nous avons fait un InterRail ensemble.
C’était, pour elle comme pour moi, le premier grand voyage sans un membre de notre famille. Nous avons découvert que nous avions le même rythme en termes de voyages, de curiosité. Les petites galères, nous arrivions à les gérer ensemble avec beaucoup de légèreté et de sang-froid. Cela a aussi été beaucoup de rires. Après cela, nous sommes beaucoup parties en vacances ensemble, toutes les deux ou avec notre groupe d’amis commun.
Durant nos années d’études, notre amitié, au lieu de s’étioler, s’est développée. Nous sommes restés géographiquement proches, ce qui nous a permis des moments prolongés l’une avec l’autre. C’est quelque chose qu’on a davantage tendance à développer dans les relations amoureuses, or cela permet d’atteindre un stade d’intimité nécessaire pour arriver, selon moi, à une amitié authentique.
« Si nous avions été en couple, la question se serait posée »
Après une année Erasmus où Diane est venue me rendre visite – et durant laquelle elle m’a remplacée dans la coloc où je vivais –, nous nous sommes retrouvées à habiter dans la même résidence. Elle a ensuite vécu à Lyon, moi à Paris. Lorsqu’elle s’est installée dans la capitale, en cherchant dans les quartiers où vivaient ses amis, elle a à nouveau trouvé un appartement quasiment en face de celui que j’occupais avec mon copain de l’époque. Cela nous arrangeait car ça permettait une relation très soutenue.
En 2024, j’ai décidé de partir pour aller vivre un an au Mexique. Également dans un moment de transition professionnelle, Diane m’a dit qu’elle aimerait bien, si j’étais d’accord, me suivre. Si nous avions été en couple, cette question aurait été une évidence. J’ai trouvé ça beau qu’elle se pose de la même manière pour ma meilleure amie.
J’avais besoin de vivre des choses de mon côté, et nous avons décidé que Diane me rejoindrait au bout de quelques mois. Le voyage s’est passé à merveille, et passer plusieurs mois en totale promiscuité, en bus et sac à dos, m’a confirmé qu’elle était mon âme soeur et que je voulais m’engager auprès d’elle autant que je m’engagerais auprès d’un partenaire amoureux.
« Jour de l’amour et de l’amitié »
Au Mexique, j’ai découvert que le 14 février était le jour « de l’amour et de l’amitié ». Cela a beaucoup résonné chez moi. Ce jour-là, je travaillais tôt le matin et j’ai rejoint Diane dans un restaurant où nous avions décidé de bruncher pour célébrer cette journée. Je lui ai fait un petit cadeau et, surtout, une carte avec une déclaration d’amour, comme nous avons l’habitude d’en faire. Mais là, à la fin, je la demandais en mariage amicalement. Elle a eu la même réaction que si son mec faisait sa demande. Elle a fondu en larmes en répondant « Oui, oui, oui ! »
Nous avions encore devant nous plusieurs mois de voyage durant lesquels nous avons beaucoup parlé de l’organisation de la fête. Nous avons décidé que cela se passerait dans ma maison d’enfance et, surtout, que nous porterions toutes les deux des robes de mariée. Nous voulions qu’il y ait des indicateurs forts pour nos proches, que ce ne soit pas considéré juste comme une fiesta, même s’il s’agissait d’un moment symbolique et non d’un mariage civil.
Dans ce projet de mariage amical, les premières questions de mon entourage portaient sur la place de mon compagnon. Mais Sacha* a très très bien accueilli la chose, il a d’ailleurs été très impliqué dans l’organisation du mariage et en a même réalisé l’aftermovie.
Le 27 juin dernier, au moment où la première musique a résonné où nous devions avancer côte à côte dans l’allée, j’avais déjà envie de pleurer. Je crois que ni Diane ni moi ne nous attendions à ce que le moment soit si émouvant et solennel. Nos parents ont fait de super beaux discours qui ont fait pleurer tout le monde, tout comme nos amis. Car c’était aussi, à l’aune de la trentaine, une façon de célébrer nos amitiés communes et le groupe avec lequel nous évoluons depuis 15 ans.
Une « maison de l’amitié »
Aujourd’hui, nous avons le souhait d’acheter une « maison de l’amitié » à la montagne. Cette maison serait à nous mais ouverte le plus largement possible à nos amis. Un lieu pour se retrouver sur du temps long et de qualité. Avec ou sans nos partenaires amoureux, avec ou sans enfants. Un lieu où parler, créer, se retirer... Il y a très peu d’espaces pour faire cela entre amis adultes. Récemment, je suis tombé sur une vidéo vieille de près de dix ans dans laquelle Diane et moi évoquons déjà cette idée.
J’ai commencé à chercher et nous faisons les visites à deux. Dans l’immédiat, Diane se concentre sur l’ouverture d’un commerce qui ne lui permet pas d’investir dans le projet mais l’idée est qu’elle puisse le rejoindre ultérieurement.
Je suis d’ailleurs totalement favorable à une reconnaissance de l’amitié dans le droit. Pourquoi met-on au cœur de la société le seul couple romantique ? Les amis sont présents tout au long de notre vie, donc arrêtons d’invisibiliser ce lien ! En cas de fin de vie ou maladie, par exemple, l’ami qui souhaite épauler un proche se confronte à de nombreux obstacles.
En termes d’héritage, pourquoi ne pas pouvoir léguer ses biens à sa meilleure amie avec qui on a partagé toute sa vie ? Favoriser la présence de ce lien dans nos vies pourrait aussi permettre de donner plus de force à des femmes qui se trouvent dans une relation amoureuse toxique ou maltraitante. Il est temps de réinvestir les liens d’amitié.
*Les prénoms ont été modifiés.
Ce témoignage a été recueilli et édité par Clément Giuliano. « Le HuffPost » est toujours à la recherche de témoignages en lien avec l’amitié. Vous avez une histoire à raconter ? Écrivez-nous à l’adresse : [email protected]


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