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Le long-métrage revient sur les conséquences des multiples conflits entre l'Egypte et Israël sur la famille de son héros, un pianiste qui tombe sous le charme de sa correspondante autrichienne. Abu Bakr Shawky porte avec tendresse et virtuosité son histoire familiale à l'écran.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 01/07/2026 17:00
Temps de lecture : 5min
Une scène du film "Notre histoire - Chroniques du Caire" de Abu Bakr Shawky. (MAVERICK DISTRIBUTION)
Notre histoire - Chroniques du Caire d'Abu Bakr Shawky, en salles mercredi 1er juillet, est un réjouissant saut temporel en Egypte. Le cinéaste a transformé l'histoire d'amour entre son père égyptien et sa mère autrichienne, ainsi que ses récits familiaux, en une fiction de deux heures qui retrace, à travers le quotidien d'une famille cairote, la vie socio-politique égyptienne entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, marquée par les guerres successives avec Israël.
Le Caire, été 1967, appartement de la famille d'Ahmed. Le jeune homme, incarné par Amir El-Masry, s'installe à son piano et joue. À la porte, Fairuz (Nelly Karim), sa mère enceinte, règle son compte au voisin qui est venu se plaindre du bruit. Le facteur arrive. Il a une lettre en provenance d'Autriche pour Ahmed, que sa mère surnomme Beethoven. Le jeune homme a écrit dans un journal pour trouver un correspondant et une Autrichienne lui a répondu. C'est d'ailleurs avec les mots d'Elizabeth, alias Liz (Valerie Prachner), que Notre histoire - Chroniques du Caire, film dédié "à nos parents" est lancé.
La première séquence du film s'ouvre et se referme sur une pièce centrale pour la famille d'Ahmed : le salon. Entre les deux plans, on découvre le reste de l'appartement dans une virevoltante visite guidée, souvent dans les pas du protagoniste de la scène. On retrouve donc le pianiste, en train de se faire chahuter par son frère jumeau Hassan (Ahmed El Azaar) surnommé Hassanovitch pour sa maîtrise du russe, et son autre frère Sharaf (Khalid Mokhtar) dans une chambre. Puis, on découvre la cuisine de Fairuz et sa récalcitrante gazinière, avant de sortir de l'appartement pour atterrir au bas de l'immeuble où les fans de ballon rond, dont Sharaf, se livrent à leur sport favori en se défiant par équipes interposées.
Enfin, retour au salon où Abeh Hamada (Sabry Fawaz), l'oncle violoniste qui a joué pour Oum Kalthoum – la diva égyptienne adulée dans tout le Moyen-Orient et au-delà –, est vissé au canapé où toute la famille le rejoindra bientôt, entre autres, pour voir le Zamalek ou une émission à la gloire des différents régimes égyptiens. Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarack se succèdent à la tête d'un pays qu'ils vont tous diriger d'une main de fer. Et ils vont tous recourir à la propagande, indispensable surtout en temps de guerre.
Shawky, le réalisateur, revient sans cesse à cet appartement et surtout à ce salon où tous les événements marquants de la famille d'Ahmed finissent par connaître leur point d'orgue. À commencer par les matchs du très malchanceux club de foot du Caire, le Zamalek, que personne ne veut néanmoins rater en cas de victoire. Le placement sur le canapé de la famille est même devenu un moyen de les aider à gagner. Tout comme éloigner Marei (Sherif Dessouky), l'autre oncle d'Ahmed, accusé de transmettre des mauvaises ondes au Zamalek.
C'est dans ce même salon que tout le monde a entendu Ragheb (Ahmed Kamal), le père d'Ahmed qui travaille au ministère de l'Agriculture, dire "corruption" alors qu'il est invité à la télévision nationale. Au grand dam des siens et surtout du présentateur star, infatigable propagandiste dont le visage en noir et blanc remplit l'écran de télévision. L'incident sera vite balayé par la guerre des Six Jours, énième conflit avec Israël. Hassan, le jumeau d'Ahmed qui a reçu sa convocation pour rejoindre l'armée contrairement à son frère, est appelé sous les drapeaux. Un premier choc pour la famille qui en subira d'autres tout au long de ce récit découpé en chapitres.
La vie à la maison n'est pas un long fleuve tranquille. La vie amoureuse d'Ahmed ne semble pas l'être non plus. C'est en 1977, soit une décennie après le début de leur correspondance, que Liz et Ahmed se rencontrent pour la première fois à Vienne. Liz avait rappelé à son nouvel ami pianiste, lors de leur premier échange épistolaire, qu'elle vivait dans la capitale de la musique classique. Quand Ahmed la rejoint en Autriche, il espère pouvoir y donner son premier concert, mais les choses ne se passent pas comme le jeune homme le souhaite. Il doit rentrer précipitamment en Egypte à cause des conséquences de la guerre du Kippour, toujours avec Israël, déclenchée en 1973 par le successeur de Nasser, Anouar el-Sadate. Après son assassinat, les Ragheb entendront à la télévision, en guise d'hommage : Sadate, "héros de la guerre et de la paix". Car le dirigeant guerrier signe la paix avec Israël à Camp David, en 1978, sous l'égide des Etats-Unis.
En outre, la carrière de pianiste d'Ahmed s'épanouit difficilement dans un pays en conflit permanent, où les archaïsmes perdurent, où le prix du pétrole augmente... Résultat : les gens prennent la rue pour dénoncer leurs difficiles conditions de vie. Heureusement, côté cœur, cela va de mieux en mieux entre Ahmed et Liz. Leur histoire d'amour constitue le fil rouge d'un long-métrage nourri par de nombreuses archives, notamment des images des dirigeants égyptiens, des différents conflits et de celles des matchs du Zamalek. Le récit, joliment habillé par une palette de tons sépia, est servi par d'excellents comédiens qui donnent vie et couleur à cette formidable famille égyptienne.
La mise en scène de Shawky est dynamique – on entre, on sort, on passe d'un lieu à un autre, d'un pays à un autre –, originale, comme en atteste cette mise en abyme, à savoir la présence quasi permanente d'un petit écran dans le grand. Cependant, ce mouvement ramène toujours à l'essentiel : à la famille d'Ahmed, composée aussi de leurs amis et de tout le voisinage. Par ailleurs, le cinéaste met subtilement en parallèle les épreuves de ce clan, ses émotions collectives avec les aspirations d'Ahmed qui tient, lui, à être reconnu dans sa profession.
Après Yomeddine, son premier film en compétition officielle en 2018 au Festival de Cannes, et Hajjan (2023), Abu Bakr Shawky revient au cinéma avec une vraie perle. Sans jamais semer la confusion, Notre histoire - Chroniques du Caire relève le pari d'être à la fois une fresque familiale, l'histoire d'un couple, le destin d'un homme et une subtile analyse politique d'une Egypte, prise au piège des tensions géopolitiques de son époque et gouvernée par des dirigeants charismatiques aux ego démesurés qui n'ont laissé que la carte de la résilience à leurs compatriotes.
Affiche du film "Notre histoire - Chroniques du Caire". (MAVERICK DISTRIBUTION)
Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Abu Bakr Shawky
Avec : Amir El-Masry, Valerie Pachner, Nelly Karim
Pays : Autriche, France, Belgique, Egypte, Suède
Durée : 2h
Sortie : 1er juillet 2026
Distributeur : Maverick Distribution
Synopsis : Le Caire, 1967. Ahmed, pianiste obstiné dans une famille qui ne jure que par le football, reçoit une lettre en provenance d'Autriche : Liz a répondu à son annonce pour devenir sa correspondante. De la guerre des Six Jours à l'ère Sadate, leur destin va s'écrire en même temps que celui de l'Egypte : entre rêves contrariés, conflits, chaos familial, et petites victoires arrachées au destin.
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