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Une chronique "J'assume" de Rik Torfs, professeur de droit canonique, écrivain, recteur honoraire de la KU Leuven
Ces dernières années, les partis d'extrême droite se sont renforcés en Europe. Parfois ils ont goûté au pouvoir, comme le PVV aux Pays-Bas ou le FPÖ en Autriche. Cela ne leur a pas rapporté de gains par la suite. Giorgia Meloni, elle, est en Italie la première ministre restée le plus longtemps en fonction depuis 1946.
En même temps, il existe des pays où les partis traditionnels rejettent par principe toute collaboration avec l'extrême droite. Cela a donné lieu au Brandmauer contre l'AfD en Allemagne, au front républicain contre le Rassemblement National en France et au cordon sanitaire contre le Vlaams Belang en Belgique. Cette stratégie est liée à une condition essentielle : les partis traditionnels doivent rester plus importants que l'extrême droite. Sinon, un problème se pose.
En théorie, on pourrait y remédier en interdisant les partis d'extrême droite. Une procédure difficile, qui demanderait beaucoup de temps et susciterait des critiques.
Une autre solution consiste à changer d'avis et à plaider pour la levée du cordon. Ce n'est pas non plus évident.
Pour changer d'avis, il faut d'abord en avoir un. Il est en effet possible de proclamer une opinion, par exemple pour des raisons stratégiques, sans que celle-ci reflète une position personnelle profondément ancrée. Une opinion est souvent comme un vêtement. Les gens le portent tant qu'il est à la mode. Ensuite, ils s'étonnent qu'il ait jamais été populaire et rient de ces habits ridicules sur les photos d'autrefois. Qu'est-ce que cela signifie pour l'avenir du cordon sanitaire et de ses équivalents ? Certains pensent sincèrement qu'il est nécessaire pour sauver la démocratie. D'autres, en revanche, suivent simplement l'air du temps ou voient l'avantage pratique qu'offre l'exclusion de certains partis. Ce n'est pas parce que les gens invoquent verbalement de grands principes qu'ils y adhèrent réellement.
Le RN en France, l'AfD en Allemagne
Regardons un instant l'évolution récente en France et en Allemagne. En France, la normalisation de l'extrême droite est plus poussée. Aussi bien les médias que des intellectuels connus y participent. Luc Ferry qualifie Marine Le Pen de droite populaire et républicaine, nullement une menace pour la démocratie. La question se pose de savoir pourquoi tant de gens ont progressivement changé d'avis. Parce que le RN lui-même serait devenu moins radical ? Peut-être. Parce que les analystes seraient arrivés à la conclusion que leur position antérieure était trop radicale ? C'est possible. Parce qu'il n'est pas exclu que Marine Le Pen devienne présidente l'année prochaine ? C'est la raison la moins substantielle des trois, mais à mon sens la plus importante.
Les facteurs historiques, identitaires et économiques qui expliquent les résultats de l'élection en Saxe-AnhaltCela explique la différence entre la France et l'Allemagne. L'AfD a certes obtenu près de 44 % des voix lors des élections régionales en Saxe-Anhalt, ce qui peut localement mener à l'ingouvernabilité, mais au niveau fédéral, le parti d'extrême droite se situe encore dans les sondages sous les trente pour cent. Il est loin d'être incontournable. Cela explique pourquoi la gauche conservatrice de Sahra Wagenknecht, certains démocrates-chrétiens et, ici et là, un social-démocrate remettent en question le Brandmauer, mais que celui-ci reste officiellement en place, parfois avec une argumentation minimale. Ainsi le ministre fédéral démocrate-chrétien Philipp Amthor souligne que son parti opte pour l'humanité, alors que l'AfD veut le contraire.
L'exception belge francophone
La normalisation de l'extrême droite est un phénomène européen largement répandu. La Belgique francophone, qui connaît non seulement un cordon sanitaire mais aussi un cordon médiatique, fait figure d'exception. En Flandre, ce dernier n'existe pas. Le cordon sanitaire lui-même n'y est pas populaire. Beaucoup préféreraient le voir disparaître. Après quoi chaque parti conserve évidemment la liberté de ne pas gouverner avec le Vlaams Belang par principe.
Entre-temps, la normalisation progressive de l'extrême droite en Europe occidentale est un fait. Cela se produit en partie sous la pression des résultats électoraux. Les esprits ont-ils aussi évolué sur le fond, indépendamment de cela ? Je le pense. Même si la plupart des gens qui ont progressivement changé d'avis ne l'admettront que si cela ne compromet pas leur propre position sociale.
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