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Mariée et mère de deux filles, Dominique Cottrez avait été condamnée en 2015 à neuf ans de prison par la cour d’assises du Nord pour le meurtre de huit de ses nouveau-nés, dont les grossesses avaient par ailleurs été cachées à son entourage. Retour sur une affaire hors norme.
Sandrine Tran - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :
Ce qu’on a vu d’elle au premier abord était son poids. Dominique Cottrez est obèse depuis presque toujours. Un complexe qu’elle traîne avec elle mais dont elle ne parle pas. Elle, femme discrète et effacée, mère de deux enfants, qui se fait connaître à la France entière le 24 juillet 2010 lorsqu’elle devient la principale suspecte de plusieurs néonaticides. Un précédent qui fait écho aux corps de nourrissons retrouvés lundi à Orange (Vaucluse).
L’affaire aurait pu rester secrète pour toujours. On apprendra plus tard qu’elle l’était déjà depuis 16 ans. Cet été 2010, un couple décide de faire des travaux et creuse dans son jardin de Villers-au-Tertre, dans le Nord. Ils y trouvent deux sacs poubelle, avec à l’intérieur des restes d’ossements. La gendarmerie est alertée. Immédiatement, le lien se fait avec les anciens propriétaires de la bâtisse, la famille Lempereur, dont Dominique Cottrez est une des filles, la chouchoute dit-on. Le suspense ne dure pas longtemps car l’aide-soignante, alors âgée de 46 ans, avoue être à l’origine du meurtre des deux bébés dont les ossements ont été retrouvés. Elle les avait enterrés chez ses parents, où elle avait un temps vécu lorsqu’elle venait de se mettre en couple avec son futur époux, Pierre-Marie, un charpentier.
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Les corps gardés près du lit conjugal
Mais l’histoire devient plus macabre encore. Dominique Cottrez avoue avoir tué six autres nouveau-nés, portant à huit le nombre de néonaticides. Elle a accompli six fois son geste fatal après avoir accouché, seule, dans son lit le plus souvent. Ses grossesses sont toutes cachées sans grande difficulté à son entourage au vu de sa corpulence. Même Pierre-Marie maintiendra qu’il n’en a jamais rien su. Encore plus difficile à croire quand on sait que les corps ont été cachés dans des sacs eux-mêmes gardés dans leur domicile familial. Le grenier et… la chambre parentale. Il y avait bien une odeur « bizarre » qui émanait de la maison disaient les invités. Dominique Cottrez aérait tout le temps pour tenter de couvrir l’odeur de putréfaction des corps. Les expertises médico-légales diront que les nourrissons sont nés entre 1994 et 2007.
Dominique Cottrez, alors âgée de 51 ans en 2015, lors de son procès à la cour d’assises du Nord, à Douai, pour le meurtre de huit enfants qu’elle a mis au monde. Photo Sipa/Michel Spingler
Le complexe de son obésité
Sur toutes les lèvres, une seule question : pourquoi ? La femme explique avoir été traumatisée par son premier accouchement. « La sage-femme m’a tutoyée et traitée de gros boudin. Elle m’a dit que j’avais intérêt à perdre 30 kilos si je voulais un autre enfant », explique-t-elle à la cour d’assises du Nord lors de son procès. Elle pesait 100 kilos pour 1,55 mètre au début de sa grossesse, 130 à la fin. À sa deuxième grossesse, elle n’annonce rien jusqu’au septième mois. Elle raconte aussi ne pas avoir pris de contraception parce qu’elle ne voulait pas qu’un gynécologue ait honte de son corps. Seul son mari le voit, « et encore ».
Avant le procès, Dominique Cottrez tente de se justifier en disant qu’elle a été violée à plusieurs reprises par son père dans son enfance. Elle détaille, pleure, invente des scénarios. Au tribunal, Me Frank Berton, son conseil, lui redemande à l’audience si elle a bien été victime d’inceste par son défunt paternel et elle rétropédale. C’est la sidération. Cet aveu d’inceste semblait apporter une explication aussi terrifiante que réelle à l’octuple infanticide.
Dominique Cottrez est condamnée par la cour d’assises du Nord le 2 juillet 2015 à neuf ans de prison - une peine moins sévère que les 18 ans requis par l’avocat général. Les jurys avaient reconnu l’existence d’une altération du discernement. Elle est sortie de prison en juillet 2018, après une libération conditionnelle.


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