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Troisième entrée ambitieuse d’une saga qui commence à dater, Nioh 3 tente à son tour la formule soulslike dans une structure plus ouverte. Si les sensations de gameplay, ainsi que sa profondeur, convainquent, les mêmes défauts se répètent, encore et toujours. Notre test après plusieurs dizaines d’heures de jeu.
Nioh fait partie de ces sagas qui s’accrochent dans le genre si âpre des soulslike — genre inspiré des titres développés par FromSoftware. Là où d’autres tentent leur chance une fois et s’y cassent les dents, Team Ninja en est déjà à son troisième opus en moins de dix ans. Un acharnement à souligner, alors même que l’éditeur a changé pour Nioh 3 (ce n’est plus Sony).
À l’instar de ses prédécesseurs, Nioh 3 nous envoie encore combattre des démons et des samouraïs ennemis dans un univers nippon fantastique. L’histoire est simple : en l’an 1622, alors que Tokugawa Takechiyo s’apprête à devenir shogun, son jeune frère, Tokugawa Kunimatsu, succombe au Mal et sème la zizanie dans une période de paix. Un scénario qui sonne un tantinet comme un prétexte, pour justifier des combats toujours plus exigeants.
Nioh 3 tente la formule plus ouverte
Quand on joue à Nioh 3, on sent qu’un certain Elden Ring est sorti depuis la parution de Nioh 2 en 2020. Ainsi, le troisième opus abandonne la structure de ses prédécesseurs, articulée autour de missions, pour une expérience plus ouverte. Le jeu est en réalité découpé en régions, elles-mêmes découpées en zones de différents niveaux. Elles recèlent de tâches à accomplir pour encourager l’exploration (bases à nettoyer, esprits bénéfiques à récupérer, boss optionnels…) et gagner en progression.
On a parfois l’impression qu’il en fait trop, pour son propre bien
Cette liberté accordée dans Nioh 3 est à double tranchant. Si l’idée de pouvoir parcourir le monde à l’envi change la donne, elle a tendance à plomber sérieusement le rythme et à installer la joueuse ou le joueur dans une forme de redondance. On se retrouve alors à nettoyer les environnements en accomplissant des objectifs génériques et répétitifs, en perdant au passage l’essence de la formule Nioh. Pire, on joue parfois plusieurs heures sans rencontrer un seul boss, avant d’en enchaîner deux ou trois en l’espace d’un quart d’heure.
La structure ouverte de Nioh 3 a au moins le mérite de diluer davantage le challenge, puisqu’on fait évoluer son personnage de manière plus naturelle. À ce sujet, Team Ninja empile encore un peu trop les différents leviers de gain de puissance. Aux points d’expérience classiques s’ajoutent en effet la renommée, les compétences ou encore les gardiens. Il y a mille et une façons d’être toujours plus fort dans Nioh 3, mais on a parfois l’impression que le jeu en fait trop pour son propre bien, et que l’apprentissage de sa profondeur et la maîtrise de ses éléments de gameplay n’ont rien d’intuitif. En tout cas, vous ne manquerez pas de choix pour créer votre build, pour peu que vous ayez saisi toutes les couches de subtilité pour bien tout optimiser.

Un double gameplay efficace malgré tout
Disponibilité
Nioh 3 est disponible à compter du 6 février sur PS5 et PC. Une longue démo jouable est disponible, avec transfert de la progression.
Nioh 3 revendique par ailleurs une autre nouveauté loin d’être inintéressante. Notre héroïne ou notre héros dispose en effet de deux profils de gameplay diamétralement opposés, sinon complémentaires. D’un simple appui sur la gâchette, on peut donc passer de samouraï à ninja, ce qui offre en réalité trois options de jeu. Soit, comme dans Nioh et Nioh 2, on reste sur le samouraï, moins mobile et axé sur la parade et les postures. Soit on privilégie l’esquive, l’agilité et l’attrition avec le ninja, bien plus vif. Soit on fait un mix des deux, sachant qu’on peut stopper une attaque puissante ennemie, symbolisée par une émanation rouge, en switchant au bon moment.
Ce double gameplay ajoute un peu plus de richesse encore à ce qu’est Nioh, sans pour autant se défaire de l’un des plus grands défauts de la saga : la surabondance de loot. Avec deux classes accessibles n’importe quand, Nioh 3 crache en continu de l’équipement, que ce soient des armes, des accessoires, des pièces d’armure… En résultent des va-et-vient incessants entre l’inventaire, les checkpoints pour faire des offrandes et le hub où se trouve la forge. Pour un jeu vantant ses combats frénétiques, c’est pénible.

Vous l’aurez compris, Nioh 3 s’efforce d’amorcer quelques changements majeurs. Mais on aurait préféré qu’il nettoie d’abord les errements de ses prédécesseurs. En tête : l’équilibrage toujours un peu douteux. Les boss, parfois recyclés à l’instar de nombreux membres du bestiaire, se révèlent impitoyables en raison du delta immense entre les dégâts qu’ils font et ceux qu’on leur fait. Quand on ne fait que grignoter leur barre de vie, ils nous rétament en deux temps trois mouvements. C’est le genre qui veut cela, certes, mais un dosage un peu plus juste n’aurait pas été de refus pour rendre les confrontations plus digestes et moins frustrantes. Nioh 3 pardonne très peu l’erreur et un seul combo adverse mal anticipé peut entraîner un game over fâcheux.
Pour aller plus loin
À ce constat de dureté s’ajoutent quelques largesses dans la précision du gameplay au sens général, un constat impardonnable pour le genre. Appuyer sur le raccourci pour prendre une potion (un élixir ici) ne fonctionne pas toujours. Les esquives/parades demeurent aléatoires en raison d’un manque d’appréhension des attaques des boss, qui disposent semble-t-il d’une zone assez large pour nous toucher. Dans Nioh 3, vous pouvez faire trois fois le même mouvement défensif face à un même coup, pour autant de résultats différents. On pestera aussi sur ces moments où les boss foncent pour nous saisir : là encore, la fenêtre d’action est beaucoup trop étendue et se retrouver à bonne distance est loin d’être évident. Bref, attendez-vous à beaucoup mourir dans ce jeu où la durée de vie s’étire, s’étire et s’étire.
Ce manque d’ajustement est d’autant plus à déplorer que le feeling reste une sacrée force pour Nioh 3. Couplé à la possibilité d’être ultra polyvalent ou hyper spécialiste, il participe à cette envie de tout nettoyer en se délectant d’un gameplay globalement grisant (et viscéral). La gestion de la jauge de Ki, ersatz de la jauge d’endurance différente entre les humains et les démons, reste une formidable idée, tant elle récompense le beau jeu — quand le jeu en question vous y autorise, bien sûr.

Nioh, c’est toujours moche
On aurait enfin voulu que les développeurs fassent un vrai effort sur la partie graphique. Nioh premier du nom était vilain. Nioh 2 était vilain. Et Nioh 3 est vilain à son tour. Un héritage dont Team Ninja pourrait se détacher afin de marquer les esprits et montrer qu’il avance dans la bonne direction. Il n’est pas aidé non plus par sa direction artistique tout à la fois insipide et déprimante. Du noir, du rouge, des surfaces qui luisent… : les décors ne donnent vraiment pas envie, avec un rendu qui transpire l’ancien temps et semble bloqué dans son jus d’il y a bientôt une décennie. Heureusement que, techniquement, Nioh 3 offre ce qu’on attend de lui, à savoir de la fluidité (n’hésitez pas à sélectionner le mode d’affichage adéquat sur votre console).
Le verdict
On a aimé
- L’école du gameplay est là
- Tant de possibilités
- La double classe fonctionne
On a moins aimé
- Qu’est-ce que c’est vilain
- Trop de loot tue le loot
- Boss toujours un peu déséquilibrés
En introduisant la possibilité de passer de samouraï à ninja en plein combat, Nioh 3 affûte toujours plus le gameplay de ses prédécesseurs. Il s’épanouit aussi dans une structure plus ouverte, qui dilue autant le challenge que le rythme général. Mais derrière les bonnes sensations qu’il procure, Team Ninja reste plombé par des défauts présents depuis le premier opus. Trop de loot, trop long, pas toujours très bien équilibré, graphiquement vilain : Nioh 3 donne l’impression d’avoir mal choisi ses combats. Autant dire que la saga commence sérieusement à s’essouffler, en dépit de la bonne volonté de Team Ninja de vouloir s’inscrire dans la durée au sein d’un genre terriblement peu accessible.
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