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Les bandes originales de la série et du film misent, avec succès, sur une musique sombre, violente et anachronique. Avec un casting de stars.
«He’s a ghost, he’s a god, he’s a man, he’s a guru...» («c’est un fantôme, c’est un dieu, c’est un homme, c’est un gourou...») Quoi de mieux que ce bref extrait de Red Right Hand, titre de Nick Cave and the Bad Seeds, pour résumer Thomas Shelby (Cillian Murphy), héros mythique de la série Peaky Blinders . Réenregistré pour le film L’Immortel, le morceau, fil rouge de la saga, prend encore une autre ampleur. Comme au tout début de la saison 1, Tommy débarque en ville sur son cheval. Il a quitté sa vie d’ermite et revient dans l’action sous le regard plein d’espoir et d’admiration des passants. Toujours plus «bigger than life». Une scène emblématique.
David Bowie, PJ Harvey, Radiohead, Tom Waits, The Doors, The White Stripes, Arctic Monkeys... Steven Knight, créateur de Peaky Blinders, a toujours fait des choix musicaux forts, un rock anachronique pour une fiction se déroulant entre 1919 et 1940. «Quand elle fonctionne, on ne se pose pas la question de savoir d’où vient la musique. C’est l’arrière-plan. Elle doit opérer dans votre subconscient. Et doit dire autre chose que l’image ou le dialogue. Quelque chose de plus fondamental sur ce qui va se passer, ce que l’on va ressentir. Dans un film ou une série, c’est la musique qui vous donne la permission de pleurer. La musique contemporaine relie plus directement à l’émotion, la tristesse comme la colère», analyse-t-il.
« Je suis obsédé par la musique ! Quand je peux connecter cette passion et celle du cinéma, c’est génial. »
Cillian MurphyUn goût qu’il partage avec son héros, l’acteur irlandais Cillian Murphy, très impliqué dans la bande originale dès la deuxième saison. En 2017, il nous confiait : «Je suis obsédé par la musique ! Il y a vingt ans, je jouais dans un groupe. J’achetais des tonnes de disques, je lisais tous les magazines… J’adorais évoluer parmi les musiciens et je voulais en faire mon métier. Du coup, désormais, quand je peux connecter cette passion et celle du cinéma, c’est génial. J’ai commencé par proposer PJ Harvey. Et, parfois, je me crée des playlists.»
La cote d’amour de la série et son succès aidant, L’Immortel affiche un casting de stars côté BO, orchestré par Antony Genn qui a joué par le passé avec Pulp ou Joe Strummer. «Quand je pense aux Peaky Blinders, je vois des gens traumatisés et pleins de défauts, qui traversent une époque sanglante et crasseuse, explique le compositeur et superviseur. C’est violent, à l’intérieur comme à l’extérieur, les personnages consomment toutes sortes de substances, c’est vraiment tordu, un monde de camés. La dernière chose que l’on veut, c’est donc une musique parfaite comme bande-son. Je suis fou des musiques des films des années 70, notamment Klute, Les Hommes du président, Marathon Man. Le genre de truc qui permet de sentir l’humanité, l’imperfection, l’imprévisible.»
L’artiste propose ainsi à Cillian Murphy de collaborer avec Fontaines D.C. À l’arrivée, une soixantaine de morceaux qui partent dans tous les sens avant de trouver leur place dans le soundtrack. «Les ordinateurs ne m’intéressent pas, j’ai besoin de travailler sur du concret, fusionner des sons, créer un déséquilibre», dit encore Antony Genn. Grian Chatten de Fontaines D.C. revisite par ailleurs Angel de Massive Attack. Le superviseur invite aussi des musiciens de rue, Lankum, un groupe de folk irlandais, ou encore Amy Taylor, compositrice et chanteuse du groupe australien Amyl and the Sniffers, très punk, pour illustrer la première apparition pleine d’arrogance, de Duke, fils illégitime de Thomas Shelby. «C’est un putain de chaos ou pas ?», interroge Antony Genn. Indéniable !


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