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Neuf moments sportifs marquants des Jeux de Montréal

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Il y a 50 ans, Montréal accueillait ses Jeux olympiques. Le Devoir en commémore neuf moments notables, entre records, performances et rivalités internationales.

La reine des Jeux

Figure hypermédiatisée des Jeux de 1976, Nadia Comăneci devient, à l’âge de 14 ans, la première gymnaste de l’histoire des Olympiques à obtenir une note parfaite aux barres asymétriques.

Le tableau d’affichage du Forum de Montréal n’est, à l’époque, pas programmé pour afficher un 10. La note de 1.00 est alors signalée, semant la confusion dans un public conquis par la performance de la jeune Roumaine.

Sept fois plutôt qu’une, la gymnaste haute de moins de 1 m 55 obtient une note parfaite durant ces Jeux, raflant au passage trois médailles d’or, une d’argent et une de bronze.

Devant cinq cents millions de téléspectateurs, le talent précoce de Nadia Comăneci pousse à l’admiration. Au Québec, le nombre de clubs de gymnastique double et le prénom de Nadia devient l’un des plus populaires pour les fillettes nées au lendemain des Jeux de 1976, relate Pierre Gince dans son livre Les Jeux olympiques de Montréal et nous.

« Par contamination, le succès de la petite Roumaine nous a touchés », résume au Devoir Laurent Turcot, professeur d’histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

« L’athlète le plus complet du monde »

En 1976, l’Américain Bruce Jenner remporte l’or et établit une performance inégalée : empochant 8618 points, il détient le record du monde au décathlon pendant 42 ans.

Jenner, qui porte désormais le prénom Caitlyn, est alors sacré athlète masculin « le plus complet du monde ». Exclusivement réservé aux hommes, le décathlon comprend dix épreuves d’athlétisme : quatre courses (100 m, 400 m, 110 m haies et 1500 m), trois sauts (longueur, hauteur et perche) et trois lancers (poids, disque et javelot).

En 2015, Jenner entreprend une transition de genre. Aujourd’hui, ses prises de position publiques demeurent opposées à l’inclusion des femmes trans dans les compétitions sportives féminines.

Des nageuses canadiennes qui brillent, d’autres laissées dans l’ombre ?

Sur les onze médailles du Canada, sept sont remportées par des nageuses. Parmi elles, Nancy Garapick — âgée elle aussi de 14 ans — décroche deux médailles de bronze au 100 m dos et au 200 m dos. Cheryl Gibson et Becky Smith brillent à l’épreuve du 400 mètres quatre nages en remportant respectivement l’argent et le bronze.

Or, seules les nageuses de l’Allemagne de l’Est devancent les trois Canadiennes au tableau des médailles. Leur secret ? Un large programme de dopage institutionnalisé au sein de la République démocratique allemande, documenté surtout après la chute du mur de Berlin. Des archives ont montré que plusieurs nageuses recevaient des stéroïdes anabolisants et d’autres substances dopantes, administrés parfois à leur insu.

« Si ce n’avait pas été du dopage en Allemagne de l’Est, je pense qu’on aurait eu des vedettes québécoises et canadiennes autrement célébrées. C’est dommage pour elles », estime Denis Poulet, auparavant directeur de l’information à Mission Québec 76, ce programme de soutien au développement des athlètes québécois en vue des Jeux de Montréal.

Le plus décoré

Né à Vladimir, le gymnaste soviétique Nikolai Andrianov devient, du haut de ses sept médailles, l’athlète le plus décoré de ces Olympiques. Il se signale par sa polyvalence hors pair : excellent au sol, aux anneaux, au saut de cheval, aux barres parallèles et au cheval d’arçons, lui valant le titre de meilleur gymnaste aux Jeux de 1976.

Andrianov devient un symbole de la domination soviétique, qui est alors à son paroxysme en 1976, selon Jean Lévesque, professeur au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal.

Sept des dix pays en tête de classement faisaient partie du bloc de l’Est, avec l’Union soviétique en première place.

Le Cubain de tous les records

Surnommé El Caballo (« le cheval ») pour sa foulée hors pair, Alberto Juantorena devient non seulement le premier Cubain à obtenir l’or en athlétisme en 1976, mais surtout le seul athlète de l’histoire des Jeux à s’imposer simultanément au 400 m et au 800 m.

La première épreuve relève du sprint long, alors que la seconde est un demi-fond qui combine à la fois vitesse et endurance.

« Cuba a en quelque sorte copié le système soviétique, mais en l’adaptant avec des ressources limitées », commente au Devoir Jean Lévesque pour expliquer les performances exceptionnelles du pays en athlétisme et en boxe, où excelle Teófilo Stevenson, pour une population sous les dix millions en 1976.

L’excellence finlandaise en athlétisme

Né à Myrskylä, à environ 90 kilomètres d’Helsinki, Lasse Virén cumule déjà deux médailles d’or aux Jeux de Munich de 1972 au 5000 m et au 10 000 m. Le Finlandais répète cet exploit quatre ans plus tard à Montréal, concrétisant l’exploit olympien du « double doublé » en course de fond. C’est la première fois qu’un coureur de fond conserve ses titres olympiques sur ces deux distances.

Lasse Virén se taille ainsi une place parmi ses prédécesseurs Hannes Kolehmainen et Paavo Nurmi, et s’inscrit dans la riche tradition finlandaise de l’athlétisme, le sport le plus médaillé du pays.

Un athlète québécois polymorphe

Plus près d’ici, un jeune Rimouskois se distingue comme meilleur cycliste canadien lors des Jeux de 1976. Pierre Harvey, âgé de 19 ans, obtient la 24e place à la course sur route individuelle.

Le père du fondeur Alex Harvey incarne un idéal sportif pour plusieurs Québécois et Canadiens, qui ont alors redoublé d’attention envers des compétitions sportives autrement peu connues, selon Laurent Turcot. « La participation de Pierre Harvey aux Jeux olympiques d’été et d’hiver [de 1984] a révélé le côté polymorphe de nos athlètes, explique le professeur. On s’est rendu compte qu’on était capable de créer des athlètes et de les entraîner. »

Les succès de Pierre Harvey à vélo et en ski de fond constituent le symbole de l’affirmation de la jeunesse québécoise lors des Jeux de 1976, selon Denis Poulet. « Lucette Moreau en athlétisme, Jean Fournel en kayak, Luc Tousignant en handball […] sont sans doute [parmi] les plus grands gagnants du Québec au chapitre de l’expérience », estime-t-il.

Une rivalité sportive canado-américaine

« Dans l’œil du public canadien et de mon sport à l’étranger, je suis “né” à Montréal en 1976 ! […] J’ai raté l’or… mais gagné le cœur du Québec et du Canada. » C’est en ces mots que Greg Joy, né en Oregon, mais ayant grandi en Colombie-Britannique, décrit sa médaille d’argent obtenue à l’arraché dans Les Jeux olympiques de Montréal et nous.

En finale du saut en hauteur, le Canadien affronte son rival américain, Dwight Stones, alors détenteur du record du monde établi à 2,31 m. Pendant les phases de qualifications, Dwight Stones est hué pour des commentaires désobligeants qu’il aurait tenus envers les Canadiens français et la construction inachevée du Stade olympique.

Sous une pluie battante, l’Américain réalise une contre-performance en glissant sur la surface synthétique, ce qui ne lui vaut « qu’une » médaille de bronze. Contre toute attente, Greg Joy devance son rival au deuxième rang, sous un tonnerre d’applaudissements de la foule, comme le décrit lui-même l’athlète canadien.

Une présence africaine limitée

Des centaines de sportifs africains, dont 173 en athlétisme, ont dû plier bagage juste avant la tenue de la cérémonie d’ouverture au Stade olympique. Certains parmi les meilleurs coureurs de fond qui ont été privés de leur participation aux Jeux, relate le commentateur sportif Pierre Houde dans Les Jeux olympiques de Montréal et nous.

En cause, un boycottage d’une vingtaine de pays africains — à l’exception de la Côte d’Ivoire et du Sénégal —, qui contestent la récente tournée de l’équipe de rugby néo-zélandaise en Afrique du Sud, pays exclu depuis 1964 des compétitions olympiques pour sa politique d’apartheid.

C’est un mouvement important de boycottage qui prend de l’ampleur avec les Jeux de Montréal, estime Laurent Turcot. « On s’est servi du sport pour orienter des visées politiques. »

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