Dans les registres du Conseil d’Etat du canton de Neuchâtel, à la date du 21 juin 1740, plusieurs pages ont été laissées blanches pour toujours. Le compte rendu de la séance s’interrompt brusquement et le vide qui suit, et qui par ailleurs n’est pas réglementaire, demeure un mystère… Qu’a-t-il bien pu se passer? La réponse se trouve à Berlin, à plus de 900 kilomètres du château de Neuchâtel. A l’époque, le canton est une principauté placée sous l’autorité du roi de Prusse, qu’elle s’était choisi comme souverain en 1707. C’est donc directement au roi que les rapports sont envoyés.
Un document conservé dans les Archives secrètes d’Etat du Patrimoine culturel prussien (Geheimes Staatsarchiv Preussischer Kulturbesitz) permet de combler la lacune du registre conservé à Neuchâtel. Le 21 juin 1740, une violente altercation eut lieu entre le gouverneur, représentant du roi à Neuchâtel, et le procureur général. Une histoire d’honoraires impayés, semble-t-il; mais les esprits s’échauffèrent au point que l’on jugea indigne de relater les faits dans le procès-verbal officiel et qu’une missive fut envoyée au roi afin qu’il tranche l’affaire. Nul ne sait ce que Frédéric II pensa de cette querelle administrative au sein d’une principauté qu’il ne visita jamais. Mais, selon toute vraisemblance, il ne daigna pas y répondre.


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