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Chronique
Jean-Pierre Filiu
Professeur des universités à Sciences Po
Le premier ministre israélien n’a jamais cessé de justifier l’attentat qui a tué le plus grand nombre de civils dans la Palestine sous mandat britannique, explique l’historien Jean-Pierre Filiu dans sa chronique.
Publié aujourd’hui à 07h00 Temps de Lecture 3 min.
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Cela fera bientôt quatre-vingts ans que, le 22 juillet 1946, la milice sioniste de l’Irgoun a perpétré un attentat particulièrement sanglant contre l’hôtel King David de Jérusalem. Quatre-vingt-onze personnes, majoritairement des civils, ont péri dans l’explosion de charges placées par un commando de l’Irgoun dans le sous-sol du bâtiment, où était installé, entre autres, le quartier général britannique pour la Palestine. Mais l’hôtel restait un des établissements les plus réputés de la Ville sainte, d’où le très lourd bilan, incluant 17 Juifs, 28 Britanniques et 41 Arabes, tués dans l’effondrement d’une partie de l’édifice.
Soixante ans plus tard, Benyamin Nétanyahou a pourtant dévoilé une plaque célébrant ce fait d’armes de l’Irgoun dans l’enceinte même du King David. Il a justifié un tel hommage en considérant « essentiel de ne pas confondre les groupes terroristes et les combattants de la liberté, l’action terroriste et l’action militaire légitime ». L’actuel premier ministre israélien est resté fidèle à des convictions aussi tranchées, conformes à son héritage aussi bien familial que politique.
L’Irgoun (« l’organisation ») était la branche armée de la dissidence révisionniste du mouvement sioniste, qui s’était opposée dès 1922 à la limitation de la colonisation juive à la seule Palestine. Vladimir Jabotinsky, le charismatique leader de cette tendance révisionniste, considérait en effet que les immigrants sionistes devaient pouvoir s’implanter aussi librement en Jordanie qu’à l’ouest du Jourdain. Il s’opposait farouchement à la majorité travailliste de la population juive de Palestine, au point de faire scission en 1935 et d’établir sa propre « organisation sioniste ».
Contradictions internes au mouvement sioniste
La milice de l’Irgoun était désormais en Palestine la rivale révisionniste de la Haganah, (« la défense »), la formation paramilitaire dominée par les travaillistes de David Ben Gourion, nettement plus nombreuse et mieux dotée. Les divergences entre les deux groupes armés n’étaient pas que politiques puisque l’Irgoun se livrait, dès 1937-1938, à des attaques aveugles contre la population arabe, attaques désavouées par la Haganah.
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