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Menaces proférées à l’encontre du Canada et du Groenland, kidnapping brutal du président du Venezuela, génocide à Gaza dénoncé par un nombre croissant d’institutions et d’experts internationaux, et maintenant attaque du haut des airs de l’Iran qui conduit à une guerre généralisée au Moyen-Orient : du plus loin au plus près, on a l’impression que l’heure est à la guerre et que partout « le monde d’avant » se défait comme un château de sable sous les vagues répétées d’une marée qu’on ne pourrait plus arrêter.
Le monde d’avant ? Celui qui s’était construit dans le sillage de la défaite du nazisme et au sortir de la Seconde Guerre mondiale (1945) et qui, au-delà des horreurs d’Hiroshima et de l’Holocauste, avait quand même donné naissance à l’Organisation des Nations unies et à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et avait su, vaille que vaille, préserver, au sein de régimes politiques dits de démocratie libérale, non seulement quelques règles de droit international non négligeables, mais aussi et surtout les aspirations toujours vivantes des classes populaires à l’égalité sociale et politique, à la fin de toute discrimination et à un autre monde possible, postcapitaliste.
Or, avec ces politiques guerrières et mafieuses de l’Oncle Sam qui prennent tout le devant de la scène, on oublie que la montée des autoritarismes, la mise en berne des idéaux démocratiques, le sourd glissement de la société vers la droite dépendent aussi et surtout de ce qui se joue dans la société civile ainsi que des luttes collectives qui s’y donnent. Après tout, Donald Trump a bien été élu de manière relativement démocratique par deux fois (en 2016, puis en 2024), tout comme Jair Bolsonaro, José Antonio Kast et Javier Milei en Amérique latine, et probablement comme Marine Le Pen ou Jordan Bardella à la prochaine élection présidentielle française si la gauche ne réagit pas à temps.
Ce qu’il faut bien appeler « le péril fasciste » ne renvoie pas d’abord à un coup de force autocratique ou à une dictature militaire, mais à l’hégémonisation de secteurs importants de la population qui, séduits par les discours de l’extrême droite, sont — par peur et aveuglement, par manque d’options de rechange sociales et politiques adéquates, etc. — prêts à lui faire confiance, ne serait-ce que momentanément.
C’est ce que, en ces temps de turbulences inquiétantes, il ne faut jamais perdre de vue. Avant qu’une société soit soumise à cette fusion inédite d’embrigadement massif et de terreur généralisée (ce qu’on appelle fascisme historique), il y a toute une période incertaine, mais décisive, où l’on a encore la possibilité — comme nous le montre ce qui s’est passé à Minneapolis — d’agir et de résister, de freiner cette dérive, voire d’y mettre un holà. Quelque part, rien n’est définitivement joué, aux États-Unis comme, d’ailleurs, ici, au Québec.
On ne le dira jamais assez : le Québec — ne serait-ce que par la proximité géographique avec son puissant voisin états-unien — n’est aucunement immunisé contre un tel danger. Et si l’indéniable glissade vers la droite qu’il connaît déjà est sans commune mesure avec ce qui se passe aux États-Unis, il reste que les lois récentes et les projets de loi de la Coalition avenir Québec sur les syndicats, la constitution, la laïcité, tout comme l’aval donné par tant de partis à l’industrie de l’armement ou aux discours anti-immigrants, ne présagent rien de bon et ne peuvent que donner froid dans le dos.
En fait, le grand danger pour beaucoup d’entre nous, c’est soit d’en minimiser la portée, soit, à l’inverse, de considérer que tout est déjà joué et qu’il n’y a plus rien à faire. Ainsi, parce que ce processus est bien réel, nous pouvons animés d’indignation en surévaluer les traits, ou, au contraire, parce qu’il reste un processus en cours, le trouver anodin. Et nous enfermer dans tous les cas dans la passivité, alors qu’il reste inachevé et pourrait être inversé ou pour le moins contenu. À la seule condition qu’à gauche et dans les secteurs progressistes, nous en prenions les moyens — et, surtout, que nous puissions croire aux forces que nous représentons lorsque nous nous coalisons autour de mêmes objectifs.
Et là, toutes les voix comptent : celles, bien sûr, des journalistes, des chroniqueurs et des influenceurs ; mais aussi et plus particulièrement celles des mouvements sociaux (féministes, écologistes, autochtones, etc.), des organisations sociales et populaires, des syndicats et des partis de gauche, qui, à leur manière, peuvent tout changer.
Car c’est en osant faire front ensemble, en osant tricoter de nouveaux liens plus serrés entre les uns et les autres, qu’on se rassurera, puis, en goûtant à la force d’être ensemble, qu’on osera prendre les moyens adéquats pour faire bouger les choses et contrecarrer le cours si inquiétant que le Québec tout entier pourrait être tenté de prendre.
N’est-ce pas ce qu’il faut se rappeler, se dire ensemble, pour ne pas être emporté par la vague ?


3 month_ago
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