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Accuser sans convaincre reste une méthode gouvernementale, mais demander des justificatifs devient apparemment une attaque personnelle.
Macron accuse l’ultragauche, la justice nuance
Tout commence le 18 octobre. Au lendemain des violences survenues pendant les manifestations, Emmanuel Macron prononce une allocution solennelle et désigne des « factieux issus de groupuscules d’ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants ».
Le 19 octobre, la procureure de Paris, Laure Beccuau, refroidit cette belle mécanique accusatoire. Interrogée sur l’appartenance politique des personnes interpellées, elle répond : « Ce n’est absolument pas ce que je peux confirmer en l’état de mes informations. »
La magistrate parle alors des premières investigations parisiennes. Son constat ne permet donc pas d’écarter toute participation de militants radicaux, mais il contredit la certitude affichée par l’exécutif.
Le 20 octobre, Sébastien Lecornu promet devant les députés de produire des preuves. Le lendemain, les accusations d’un « schéma insurrectionnel » continuent d’alimenter les interventions gouvernementales.
Des renseignements accusés d’avoir reçu des consignes
Entre-temps, une enquête publiée le 19 octobre rapporte le témoignage anonyme d’un commissaire du renseignement territorial. Selon lui, des consignes auraient été données pour attribuer à La France insoumise la responsabilité du mouvement.
Le ministère de l’Intérieur dément. Devant Hugo Travers, Macron balaie également l’accusation : « Non, non, ça c’est n’importe quoi. » Il critique ensuite le recours au secret des sources et dénonce « l’heure des soupçons permanents ».
Pour justifier ses accusations, le président évoque les personnes poursuivies et les traces laissées lors des violences. Il affirme disposer de confirmations, sans détailler publiquement les éléments permettant d’attribuer une responsabilité générale à l’ultragauche ou à LFI.
Cette distinction mérite pourtant mieux qu’un haussement d’épaules présidentiel. Des militants violents peuvent participer à des dégradations sans que leur parti politique soit automatiquement responsable de l’ensemble des événements.
« Ne me caricaturez pas ! » : la liberté de manifester selon Macron
L’entretien s’achève sur une question autrement plus personnelle. Hugo Travers demande au chef de l’État s’il descendrait manifester s’il avait aujourd’hui 17 ans.
Macron juge la réponse difficile, évoque des choix « très intimes », puis explique qu’on peut être en désaccord sans descendre dans la rue. Lorsque le journaliste insiste, le président s’agace : « Pardon, ne me caricaturez pas ! »
La formule résonne curieusement après ses déclarations du 18 octobre, lorsqu’il accusait ceux qui appelaient à manifester et à créer le désordre de vouloir « abîmer la République et voler le débat ».
Pendant ce temps, Matignon avait même préparé une éventuelle suspension de plusieurs réseaux sociaux pour le 24 octobre. La mesure n’a finalement pas été appliquée.
Le président affirme respecter le désaccord. Quant aux moyens de l’exprimer, il semble avoir une préférence assez nette pour ceux qui ne perturbent pas son agenda.


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