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Nazi un jour, nazi toujours ?

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Une opinion de Christophe Boeraeve, avocat au barreau de Bruxelles (Law Right), spécialisé en droit fiscal et en protection des données

Il s'appelle Vlaams Belang. En juin 2024, il a réuni 22,66 % des voix et 31 sièges au Parlement flamand, ainsi que 13,77 % à la Chambre.

Le titre de ce texte est brutal. Il est injuste s'il sert à traiter de nazis des millions d'électeurs, ou tout citoyen qui s'inquiète de l'immigration. Il devient une question légitime s'il oblige à examiner ce que les changements de nom ont réellement effacé, et ce qu'ils ont seulement rendu présentable.

Une famille hétérogène

Je suis juriste, pas historien. Mon métier m'a appris une chose : une qualification mal posée ruine un dossier. Le nazisme n'est pas un synonyme d'autoritarisme. C'est un régime précis, avec son parti unique, son racisme biologique, son antisémitisme exterminateur et son génocide industriel. L'extrême droite d'aujourd'hui forme une famille hétérogène, où la science politique distingue une droite radicale qui joue le jeu électoral tout en attaquant le pluralisme et l'indépendance des juges, une droite extrême qui rejette la démocratie elle-même, et un populisme qui oppose un peuple pur à des élites corrompues.

Normalisation de l'extrême droite : "Les gens qui ont changé d'avis ne l'admettront que si cela ne compromet pas leur propre position sociale"

Confondre ces catégories produit de la mauvaise histoire. Refuser toute comparaison au motif que les camps ne sont pas revenus produit de l'aveuglement. On ne reconnaît pas un processus autoritaire à son seul stade terminal.

La question n'est donc pas de savoir si ces partis sont le NSDAP de 1933. Ils ne le sont pas. Elle est de savoir ce qui a traversé l'après-guerre, et sous quelle forme cela revient.

Trois généalogies, trois réponses

En Italie, la filiation est la plus lisible. Le Movimento Sociale Italiano est fondé en 1946 par d'anciens cadres du régime fasciste, devient Alleanza Nazionale, et Fratelli d'Italia en hérite des hommes, d'une culture politique et de la flamme tricolore de son logo. Le congrès de Fiuggi, en 1995, a marqué une rupture réelle. Elle n'a pas été totale. Fratelli d'Italia a réuni 28,75 % aux européennes de 2024.

En France, il n'y a même pas de généalogie à reconstituer. Le Rassemblement national est le Front national rebaptisé en 2018. Marine Le Pen a exclu son père, changé le vocabulaire, rajeuni les candidats. Ces transformations sont réelles. Mais la dédiabolisation est d'abord une stratégie de respectabilité. Le parti a obtenu 31,37 % aux européennes de 2024, puis 125 sièges aux législatives.

Une rupture ne se décrète pas dans une campagne de communication : elle se démontre, en reconnaissant le passé sans le minimiser, en abandonnant les symboles équivoques, en acceptant les contre-pouvoirs lorsqu'ils contrarient la majorité.

En Allemagne, l'Alternative für Deutschland n'hérite d'aucun parti nazi. Elle naît en 2013 d'une opposition à l'euro. La qualifier de parti nazi serait faux. Mais une partie de ses cadres mène une bataille contre la mémoire construite après 1945. Björn Höcke a été condamné pour avoir employé un slogan de la SA. Le 26 février 2026, le tribunal administratif de Cologne a interdit provisoirement de classer l'AfD comme extrémiste avérée, tout en retenant un soupçon sérieux. Avec 20,8 % aux fédérales de 2025 et 43,8 % en Saxe-Anhalt le 6 septembre dernier, cette bataille n'est plus marginale.

Des réseaux, des biographies, des symboles, des mémoires

Chez nous, la continuité du Vlaams Blok vers le Vlaams Belang est certaine. Celle qui relierait le parti au Vlaams Nationaal Verbond, mouvement fasciste flamand qui collabora avec l'occupant, est bien plus complexe. Elle passe par des réseaux, des biographies, des symboles, des mémoires. Pas par une identité juridique ininterrompue. Une tradition politique n'est pas une culpabilité héréditaire.

J'ai siégé six ans à la Chambre contentieuse de l'Autorité de protection des données. J'y ai vu des dossiers où tout se jouait sur la qualité de la preuve, jamais sur la force de l'accusation. Je ne connais pas de meilleur antidote à l'anathème.

La comparaison intérieure est instructive. En Wallonie, où le rexisme et la collaboration ont aussi existé, Chez Nous n'a obtenu que 2,83 % et aucun siège au Parlement wallon. La mémoire seule n'explique donc pas un succès électoral.

"Quand on veut tuer, tous les moyens sont bons pour échapper au dialogue"

Ce qui relie ces partis aux traditions fascistes n'est ni un programme génocidaire, ni la revendication du parti unique. C'est plus discret. Le récit d'une nation humiliée par les élites et les étrangers, qu'un mouvement promet de restaurer. La hiérarchie des appartenances, qui n'ôte la citoyenneté à personne mais installe l'idée que certains citoyens sont plus légitimes que d'autres. Le peuple présenté comme une volonté homogène, dont les juges, la presse et les institutions européennes deviennent les obstacles illégitimes. La réécriture du passé, qui fait de la repentance une maladie nationale. Et la normalisation par imitation, quand les partis traditionnels empruntent le vocabulaire de l'extrême droite pour lui reprendre ses électeurs, et que ceux-ci préfèrent l'original à la copie.

Un électeur de ces partis n'est pas fasciste pour autant. Insécurité économique, logement, déclassement, abandon territorial, méfiance envers les institutions : ces inquiétudes sont réelles, même quand les réponses proposées sont discriminatoires. Les mépriser est paresseux. Les absoudre de toute conséquence l'est également.

La preuve plutôt que l'anathème

L'histoire n'est pas écrite. Le FPÖ est arrivé en tête en Autriche avec 28,8 %, Chega est devenu la deuxième force du parlement portugais avec 60 députés, et les trois groupes situés à la droite du PPE réunissent aujourd'hui 196 des 719 sièges du Parlement européen. Mais les Démocrates de Suède sont retombés à 17,48 % et 62 mandats, le PVV a perdu onze sièges aux Pays-Bas, et le 12 avril dernier le Fidesz de Viktor Orbán a été battu par TISZA, 53,18 % contre 38,61 %. Les institutions comptent. Les coalitions comptent. La crédibilité des partis démocratiques compte.

Pris à la lettre, le titre est donc faux. Une personne change. Un parti peut rompre avec son passé. Mais une rupture ne se décrète pas dans une campagne de communication : elle se démontre, en reconnaissant le passé sans le minimiser, en abandonnant les symboles équivoques, en acceptant les contre-pouvoirs lorsqu'ils contrarient la majorité.

Les facteurs historiques, identitaires et économiques qui expliquent les résultats de l'élection en Saxe-Anhalt

Le passé ne revient pas nécessairement en uniforme. Il peut revenir en costume, avec un compte TikTok, des candidats souriants et un programme relu par un juriste. Ce ne sont pas les vêtements qu'il faut examiner, mais la grammaire : qui appartient vraiment à la nation, qui mérite les mêmes droits, quels contre-pouvoirs doivent être neutralisés.

"Nazi un jour, Nazi toujours ?" ne doit pas être une condamnation héréditaire. Ce doit être une exigence de preuve, adressée à ceux qui affirment avoir rompu. Car une démocratie ne meurt pas seulement sous les bottes. Elle peut aussi s'habituer, élection après élection, à marcher dans leur direction.


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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