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«Narva est et restera une ville estonienne» : la Russie accusée de pousser un narratif séparatiste sur les réseaux sociaux

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Des comptes Telegram pro-russes évoquent l’idée d’une «République populaire de Narva», du nom de la troisième ville d’Estonie, avec un drapeau, un blason propre, des frontières redessinées et même un hymne.

La petite musique montait doucement sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Lundi 16 mars, le ministre estonien des Affaires étrangères a posté un message sur X pour clarifier la situation : «Narva est et restera toujours une ville estonienne». «Ces petites tentatives de semer la confusion et d’affaiblir la cohésion sociale sont élémentaires et n’ont rien de nouveau», a-t-il dénoncé.

Sans la nommer, Margus Tsahkna semble évoquer l’idée d’une «République populaire de Narva», narratif poussé ces derniers jours par des comptes Telegram prorusses. Un drapeau, un blason propre, des frontières redessinées : sur les réseaux sociaux, ces éléments partagés qui ne sont pas sans rappeler la proclamation des soi-disant «républiques populaires» dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine visent la troisième ville d’Estonie, à majorité russophone, située à l’extrême nord-est du pays, à la frontière avec la Russie.

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«Compatriotes de l’étranger»

À Narva, plus de 90% de la population parle russe. L’industrialisation intense de la région, après la Seconde Guerre mondiale, avait en effet attiré une forte population venue d’Union soviétique. Quand l’Estonie a regagné son indépendance, en 1991, une grande partie de cette population russophone est restée vivre sur place. Située à l’extrême est de l’Estonie, la ville marque la frontière orientale de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Moscou surveille de très près ces populations russophones, ayant mobilisé à de nombreuses reprises la rhétorique de la protection de ses «compatriotes de l’étranger» couplée à celle de son «étranger proche» pour dénoncer ce qu’elle présente comme une «marginalisation des russophones dans les États baltes et justifier son influence sur l’espace post-soviétique», explique Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS et responsable de l’Observatoire géopolitique de l’espace post-soviétique, dans une note de l’IRIS publiée le 18 mars 2026. «Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, ce paysage frontalier s’est chargé d’une signification nouvelle. Narva est devenue l’un des points d’observation privilégiés des tensions entre la Russie et l’Occident», poursuit la note. La commune est d’ailleurs un point névralgique des scénarios stratégiques occidentaux concernant une confrontation entre la Russie et l’OTAN.

Des hymnes et des cartes tronquées

Dans ce contexte, l’idée de la «République de Narva» est apparue sur les réseaux sociaux au cours du mois de mars 2026. Ces contenus, diffusés principalement sous forme de mêmes et dont la publication s’effectue principalement sur Telegram avant d’être relayée sur VK et TikTok, ressemblent à s’y méprendre aux narratifs des «républiques populaires» du Donbass. Publiés sur des canaux de discussions pro-russes à la diffusion plutôt limitée («Un canal revendique même explicitement la dimension provocatrice de l’initiative, affirmant vouloir épater et attirer l’attention médiatique», pointe l’IRIS), ils donnent à voir des drapeaux vert, noir et blanc, dont les couleurs sont inversées selon les versions, des insignes militaires imaginaires, des blasons, et même un hymne. Des cartes diffusées sur les canaux de discussion présentent Narva comme un territoire séparé du reste de l’Estonie, d’autres visuels la présentent comme isolée de toute liaison avec les Occidentaux. L’objectif est clair : «créer dans l’espace informationnel l’image d’un territoire qui serait distinct de l’Estonie et qui pourrait, à terme, revendiquer une forme d’indépendance», pointait le géopolitologue Louis Duclos sur son compte X le 11 mars dernier.

«Ce type de narration est particulièrement préoccupant car il rappelle une méthode déjà utilisée par Moscou. Avant l’annexion de la Crimée  ou la guerre dans le Donbass, la Russie avait d’abord encouragé l’apparition de républiques populaires sur le plan médiatique et politique, afin de créer un prétexte d’intervention au nom de la protection de populations russophones», alertait encore le spécialiste. En résumé, si cette république populaire de Narva n’a aucune existence concrète, elle participe à «créer un séparatisme artificiel pour fragiliser un État voisin, exactement ce que la Russie a déjà fait en Ukraine», et c’est «un classique de la guerre hybride», pointe Louis Duclos.

«Pour les autorités estoniennes, le phénomène reste néanmoins limité. Le Estonian Internal Security Service (KAPO) considère qu’il s’agit avant tout d’une opération informationnelle simple et peu coûteuse destinée à provoquer et à tester les réactions de la société estonienne», nuance néanmoins Lukas Aubin.

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